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Éducation et instruction

par François Brooks

Comme la plupart des gens du Québec, j'étais amené à confondre éducation et instruction. Nous avons un Ministère de l'Éducation mais, celui-ci, à mon sens porte mal son nom. On devrait plutôt l'appeler Ministère de l'Instruction Publique puisque celui-ci s'occupe bel et bien de dispenser l'instruction et non d'éduquer. Durant mon voyage à Taïwan, ceci m'est devenu d'une évidence frappante.

 

S'il y a une chose qui m'a frappé dans ce voyage, c'est bien le niveau d'éducation des gens, autant enfants qu'adultes. Non seulement j'ai été reçu partout par la famille de Yao-Hua comme si j'en faisais partie, mais jusque dans le moindre regard des passants, j'ai senti de la considération. Que de saluts courtois qui me font regretter de ne pas être né là-bas plutôt que dans mon Québec de sauvages sans éducation où l'instruction est pourtant gratuite! Bien sûr, en tant que caucasien je jouis du prestige de l'étranger et j'attire la curiosité dans les regards mais ce n'est pas ce fait qui donne davantage d'éducation aux Taïwanais. Taïwan n'est pas un pays communiste ou socialiste, loin de là ; si ça se trouve, la libre entreprise est davantage florissante là-bas qu'ici. Et pour cause : les impôts, les taxes et autres tracasseries administratives sont réduits au minimum. Ainsi, chacun peut bénéficier du produit de son travail et la motivation s'en trouve augmentée.

 

Au Québec, l'instruction est gratuite. La valeur de celle-ci, comme tout autre produit de consommation, étant soumise aux lois de l'offre et de la demande, il y a donc 40% de décrochage au secondaire et 60% au niveau CEGEP. On paie peu pour l'instruction, donc, on lui accorde peu de valeur en désertant les institutions qui la dispensent. À Taïwan, l'instruction est fortement contingentée et, aux niveaux supérieurs, elle peut coûter cher. Aussi, l'éducation donnée aux enfants dès le plus jeune âge dans le milieu familial les amène à considérer l'instruction avec beaucoup de respect. De plus, les enseignants jouissent de toute la reconnaissance qui leur permet de travailler avec motivation. Le statut social de l'enseignant est tellement élevé que si j'habitais à Taïwan, j'aurais sans doute considéré sérieusement cette profession dans mon choix de carrière.

 

Au Québec, les enfants sont rois ; alors, leur éducation laisse à désirer. On pense servir leur bien en évitant de les soumettre à toute contrainte. N'est-il pas reconnu que les parents cherchent le plus souvent à éviter à leurs enfants de « souffrir de ce qu'ils ont souffert » pensant les mettre à l'abri des aléas de la vie? J'ai souvent entendu des enseignants me raconter de navrantes anecdotes à propos de parents venus les menacer en représailles contre des mesures disciplinaires adoptées pour forcer certains élèves à coopérer en classe. C'est comme si on demandait aux enseignants d'instruire en leur interdisant d'éduquer. Combien de jeunes adultes, arrivés à l'âge de 20 ans, ne savent même pas se présenter ou parler correctement au téléphone? N'a-t-on pas des démonstrations quotidiennes de gens qui ne savent même pas aborder un étranger convenablement sur la rue? L'instruction leur a pourtant été donnée gratuitement, ou presque, mais comment la faire passer correctement sans l'éducation qui est la base nécessaire pour amener l'étudiant à adopter l'attitude convenable pour accueillir celle-ci? C'est comme essayer de remplir un réservoir troué avec de l'essence gratuite.

 

Bien sûr, dans ce domaine, Taïwan n'est pas parfait. Les gens sont, en général, bien éduqués mais ils manquent parfois d'instruction. Cependant, tout disposés qu'ils sont à apprendre, dès que davantage de ressources leur seront disponibles, ils sauront les mettre à profit. Et ça ne saurait tarder. Par contre, je ne vois pas comment l'obstacle québécois de l'indiscipline peut se surmonter. L'instruction, ça peut toujours s'acquérir plus tard ; mais peut-on rééduquer un enfant gâté?

 

Les psy-machins des trois dernières décades ont tôt fait de nous convaincre et de nous culpabiliser face à d'éventuels traumatismes subis par des enfants en bas âge. Si bien que pour éviter toute faute, nous avons pris l'habitude de les surprotéger. Ces mêmes psy-machins peuvent-ils maintenant répondre à ma question? : Comment rééduquer des enfants gâtés?

 

Mon ami Dan citait souvent son auteur favori qui disait :

Si tu n'aimes pas tes enfants, fais leur la vie facile.

 

Qui aime le mieux son enfant? Celui qui lui fait la vie dure en l'aidant à surmonter les obstacles ou le parent mielleux qui élève son enfant dans la ouate pour ne jamais avoir à supporter ses récriminations?