010404
par François Brooks
Qui ramassera l'animal mort écrasé? Le col bleu. Qui accepte de ramasser ce dont vous voulez vous débarrasser, ordures ou vieilleries? Le col bleu. Qui répare la chaussée pour que vous y rouliez confortablement? Le col bleu. Qui éclaire les rues sombres pour vous éviter d'être attaqué la nuit? Le col bleu. Qui travaille avec les rats dans les égouts pour que vous puissiez chier l'esprit en paix? Encore le col bleu. Qui nettoie la crotte de chien laissée sur le trottoir et que vous contournez avec soin? Toujours le col bleu.
Le col bleu fait le travail du trou de cul qui est la porte d'évacuation de toutes les saletés du corps. Voilà pourquoi on le méprise parfois. On l'associe à ce qui nous répugne le plus : les déjections, la sale chaussée, les rues sombres.
La ville est-elle propre, carrossable et bien éclairée? On l'oublie vite pensant que c'est son état naturel. Erreur! Il n'y a pas un coin de la ville dont la propreté ne soit pas la cause des cols bleus. Il n'y a qu'à voir l'état des rues ou des parcs après une fête populaire. Mille papiers et déchets traînent partout. Repassez le surlendemain ; rien n'y paraît plus ; tout a été ramassé par magie sans qu'on ait eu même à y penser.
Loin d'être le fainéant méprisable dépeint généralement par ceux qui le méconnaissent, le col bleu est un héros de la petite semaine qui a le courage d'accomplir les plus basses besognes dans les conditions les plus pénibles. Il n'a pas la nausée facile ; il a le cœur à la bonne place. Vraiment, nous pouvons être fiers d'être col bleu. Peu de gens auraient notre courage. La main sale du confrère que je serre parfois, loin de me répugner, je l'aime ; elle représente pour moi toute la dignité d'un être humain qui travaille et qui, pour gagner sa vie, n'a pas peur de se salir les mains.
