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Au paradis, on ne pense pas à Dieu

par François Brooks

Georges Suffert [1] nous dit : « Ce qui m'a le plus stupéfait en le fabriquant [son livre], c'est que ça ne pouvait pas tenir. Cette histoire de l'Église ne tient pas. Dix fois, tout s'est effondré, mais vraiment tout s'est effondré. Grégoire le Grand [2] avait écrit :

— Voici que tout indigne et malade que je suis, j'ai reçu ce vieux navire tout brisé, qui fait eau de toutes part. Et dans la grosse tempête qui le secoue chaque jour, ses planches pourries ont des craquements de naufrage.

C'est de 590. Alors, quand on dit que maintenant ça ne va pas bien, ça n'allait pas mieux il y a quinze cents ans ! »

Peut-on penser, à propos du christianisme que la force du « message » est si puissante qu'il s'impose à nouveau de lui-même, même après, et surtout après les pires calamités ?

Cette religion risquerait-elle alors, de disparaître si tout se mettait à bien aller ? N'est-ce pas dans le malheur que l'on a davantage besoin de la foi en Dieu et de ses lumières ? Le déclin de la religion dans le monde occidental n'est-il pas dû au fait que nos vies sont maintenant relativement paisibles et heureuses ?

Peut-on imaginer une ère utopique où tout irait si bien pour une époque si longue qu'on en viendrait à oublier Dieu ? Dans le bonheur parfait, comme on le suppose, au paradis, Dieu se fait oublier puisqu'il est si présent que, comme l'air qu'on respire, il n'attire plus l'attention.

Si Dieu est devenu si absent de nos vies depuis trente ans au Québec, peut-on penser que c'est parce que nous avons vécu une période de bonheur, d'abondance, d'amour et de prospérité si grande que nous ne ressentons plus le besoin d'y penser ?

[1] Georges Suffert, Tu es Pierre (une histoire de la chrétienté en un volume), Le Livre de Poche © 2001, présenté à l'émission de Bernard Pivot, Bouillon de culture, le 5 mars 2000.

[2] Saint Grégoire (1er, le Grand), (Rome, v. 540 – 604) pape de 590 à 604, docteur de l'Église.

Philo5...
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