000307
par François Brooks
Georges Suffert[1]
nous dit : « Ce qui m'a le plus stupéfait en le fabriquant
[son livre], c'est que ça ne pouvait pas tenir. Cette histoire de l'Église
ne tient pas. Dix fois, tout s'est effondré, mais vraiment tout s'est effondré.
Grégoire le Grand [2]
avait écrit :
-Voici que tout indigne et malade que je suis, j'ai reçu ce vieux
navire tout brisé, qui fait eau de toutes part. Et dans la grosse tempête qui
le secoue chaque jour, ses planches pourries ont des craquements de naufrage.
C'est de 590. Alors, quand on dit que maintenant ça ne va pas bien, ça n'allait pas mieux il y a quinze cents ans! »
Peut-on penser, à propos du christianisme que la force du « message » est si puissante qu'il s'impose à nouveau de lui-même, même après, et surtout après les pires calamités?
Cette religion risquerait-elle alors, de disparaître si tout se mettait à bien aller? N'est-ce pas dans le malheur que l'on a davantage besoin de Dieu et de ses lumières? Le déclin de la religion dans le monde occidental n'est-il pas dû au fait que nos vies sont maintenant relativement paisibles et heureuses?
Peut-on imaginer une ère utopique où tout irait si bien pour une époque si longue qu'on en viendrait à oublier Dieu? Dans le bonheur parfait, comme au paradis, Dieu se fait oublier puisqu'il est si présent que, comme l'air qu'on respire, il n'attire plus l'attention.
Si Dieu est devenu si absent de nos vies depuis trente ans au Québec, peut-on penser que c'est parce que nous avons vécu une période de bonheur, d'abondance, d'amour et de prospérité si grande que nous ne ressentons plus le besoin d'y penser?
