080405

Dédramatisation

par Diane Bouffard
animatrice radiophonique[1]

Photo © Steve Corbeil

Bonsoir.

Je vais essayer de vous parler d'un thème triste avec humour. Je suis une optimiste. Je crois aux vertus de la dédramatisation, même si ce n'est pas toujours facile. Au moment d'une séparation, souvent suivie d'une reconstitution, notre meilleure arme est souvent la dédramatisation!

Je vais remercier Mme Lise Bilodeau de l'invitation qu'elle m'a faite à passer du temps avec vous ici ce soir. [...] Cela m'a fait plaisir vu que c'était Lise Bilodeau − une femme que j'aime beaucoup, et que j'admire − et son Action des Nouvelles Conjointes. Pas que j'en sois une moi-même. On va tout de suite mettre quelque chose au clair, et d'entrée de jeu, cela va m'amener à vous faire quelques confidences. Mes copines et moi, on en parle des fois... De belles femmes intelligentes et intéressantes dans la quarantaine, parfois un peu plus ou un peu moins, qui ont vécu leur vie d'homme − c'est ce qu'on a voulu, axant fort sur la carrière − qui ont leurs propres maisons, sortent elles-mêmes leurs propres vidanges, se sont « réalisées » professionnellement et en arrivent à un âge où, regardant leur passé et entrevoyant leur futur, seules à se bercer sur la galerie, ont commencé à se dire, ces dernières années, qu'il serait peut-être bien qu'elles commencent à s'y arrêter sérieusement, qu'elles étaient maintenant prêtes à songer à leur vie affective, à la mettre d'avantage à l'avant-plan et à s'y investir, à s'engager quoi... et à combler la chaise berçante laissée vide sur la galerie. Mais... vous savez quoi? De nouveaux conjoints, de futur époux à l'horizon, point!

Ah! Pas qu'il n'y ait pas d'hommes. Elles en sont entourées. Elles travaillent avec eux, les rencontrent au gym, au golf, elles les ont comme amis, chums de gars (chum de gars recherche chum de fille, y'en a plein...), comme amants, et on va pas s'en plaindre car, comme le bon vin, le fromage... et aussi, depuis quelques années − ce qu'on ne voyait pas avant − comme « fuck friends », mais, de nouveau conjoint, de futur époux, niet! Rien!

Évidemment, quand on rencontre un gars qui a dû laisser sa fortune derrière lui quelques fois, à qui des enfants ont été imposés quelques fois, qu'on les lui a enlevés quelques fois − lors de séparations instaurées par madame − et qu'on les leurs a éduqué à l'aliénation parentale derrière leur dos, (quand c'est pas ceux à qui on a dit carrément, avec la connivence d'avocats, « j'vas te mettre dans la rue!!! ») vous me direz, c'est presque mieux comme ça, qu'on ne trouve pas.

Évidemment c'est, en ce moment au Québec, plus d'une union contractée légalement sur deux qui se terminera par une séparation (imaginez si on ajoutait les unions de fait). On n'est plus « ben ben tough », on n'endure plus grand-chose, on ne dédramatise peut-être plus assez. Société de conso, on se consomme et on se jette après usage. Certains « dealent » mieux avec ça que d'autres. Moi, ça me tue.

Parce que l'être humain est social, nombre d'individus vont se réessayer à faire fonctionner une cellule familiale une deuxième ou une troisième fois avec moins de succès (les chiffres le prouvent, je le lisais la semaine dernière encore dans Les couples heureux d'Yvon Dallaire). De plus en plus de gens ont des enfants avec plusieurs conjoints. (Prenez mon ami de gars André − qui m'accompagne ici ce soir − et moi, à nous deux, on a quatre enfants de quatre couples différents dont aucun de nous deux.)

Vous savez ce que je me dis quand je regarde tout ça? Il va falloir prendre sur nous et essayer d'apprendre à se quitter avec élégance et respect sinon, la société qu'on se prépare va être triste.

Les enfants, aux premières loges, sur la ligne de front, sont les premiers témoins, les premières victimes, bien innocentes de cet état de fait. Assistant impuissants à un spectacle ignoble où leurs parents, qui se sont pourtant un jour « adorés », en viennent à se haïr, à se déchiqueter, et dans certains cas à se « mettre à mort » carrément sur la place publique : au tribunal, en plus.

On passe de nouveau conjoint à ex tellement vite, de nos jours, pourquoi le faire cruellement en plus? Sans compter qu'on ne sait jamais ce que l'avenir nous réserve. Des fois, dans le futur, l'ex devient ex-ex. Ça c'est vu... Vous me suivez?

Lise Bilodeau et Pierre Grimbert de l'ANCQ en savent beaucoup sur la question.

Comme le disait André Malraux déjà à l'époque de sa Condition humaine : « Les blessures du plus profond amour suffisent à faire une assez belle haine. » Heureusement qu'il y a la dédramatisation, c'est elle qui va nous sauver. J'vous l'dis...

Dans leur volume, à paraître dans quelques mois, et auquel j'ai eu en avance accès (écriture de la préface oblige), Lise et Pierre y révéleront les dessous. Oh! Ce ne sont pas les dessous affriolants des débuts passionnés, des préambules, de la séduction, mais les dessous miteux et peu séduisants d'histoires d'amour se terminant tristement avec la connivence d'un système juridique biaisé qui se devra de faire sa prise de conscience mais avec lequel on fait, présentement.

Si, en 2008, 95% des pensions alimentaires sont payées par des hommes et que, dans 80% des cas des gardes d'enfants octroyées, les hommes n'ont que des droits de visite, on est loin de l'égalité entre les sexes. Si on m'avait dit que l'obtention de droits pour les femmes allait nous amener là... L'égalité, ça n'était pas sensé responsabiliser les femmes et les rendre autonomes? L'égalité, ça devrait être la garde partagée dans tous les cas où c'est possible pour le bien des enfants et un partage équitable des frais. Me semble qu'on s'est battu pour des choses comme ça, l'égalité...

Nous vivons dans une société dans laquelle, annuellement, au Québec, se pratiquent 29 000 avortements mais dans laquelle les hommes ne peuvent avorter légalement de leur paternité. Ils doivent prendre leurs responsabilités, ils doivent assumer. On le leur impose. Ça donne quoi un père qu'on a forcé à l'être? Quelqu'un me parlait la semaine dernière de jeunes hommes qui, dans la vingtaine, se protègent par la... vasectomie!

La société dans laquelle nous vivons n'a jamais donné suite aux recommandations du magnifique Rapport Rondeau sur la santé et les besoins des hommes, sur la condition masculine. Je trouve ça grave, moi, anormal!!

Au cours des dernières semaines, un intervenant social qui avait eu à en faire la recherche dans le cadre de son travail me confiait qu'en ce moment, au Québec, un père avec jeunes enfants (il y en a plein de jeunes pères qui prennent soin des enfants, j'ai un frère qui s'occupe plus des siens que leur mère, les deux parents travaillant à temps plein. J'en vois plein dans mon quartier, ils entrent dans les restos, un kid sur l'épaule, un autre par la main, le dernier dans une petite valise), donc, un jeune père avec enfants, en besoin d'hébergement, en ce moment, partout à travers le Québec, ne peut bénéficier que de seize lits. Un père, deux ou trois enfants, c'est vite comblé seize lits!!! Les femmes? : 40 maisons!!! Vous trouvez ça égal, vous trouvez ça juste, vous??? Je ne trouve pas ça normal.

La société dans laquelle je vis m'inquiète parce qu'elle laisse aussi des hommes être faussement accusés de violence conjugale parce qu'un protocole d'intervention en la matière, le permet. Et si c'est elle, l'agresseure???

Dans cette société, les hommes se suicident de manière anormalement élevée, cela m'attriste.
Je pense à mon père que j'aime beaucoup, à mes cinq frères, certains s'étant mieux adaptés que d'autres à cette société. Je pense aux hommes qui m'ont éduquée. J'ai eu la chance de faire partie du premier groupe de femmes ayant eu accès à l'éducation secondaire au séminaire à l'adolescence. J'en garde de merveilleux souvenirs. Une vingtaine de femmes dans une école de trois cents gars : le pur bonheur!

Je pense à mon grand garçon de vingt-cinq ans dont je suis si fière : un jeune entrepreneur ambitieux et prospère avec une identité masculine forte dont j'ai laissé la garde à son père à l'époque, même si ce dernier n'était pas parfait et que ce fut difficile pour moi, parce que c'était mieux, le gros bon sens, que les circonstances l'indiquaient, que c'était l'époque de Père manquant, fils manqué de Guy Corneau que j'avais lu, et aussi parce que... je devais vivre ma vie d'homme...

Je ne l'ai jamais regretté. C'était la meilleure chose à faire. Aujourd'hui, les filles qu'il rencontre lui disent qu'il est l'homme de leur vie. Je compare autour avec les jeunes hommes éduqués par des mères seules... Ils font du gâteau le samedi soir... Ce n'est pas toutes les femmes qui aiment ça...

Et vous savez quoi? Son père et moi, on n'a pas engraissé le système juridique avec notre histoire d'amour qui a mal tourné. On s'est entendu à l'amiable, on a dédramatisé. Ça n'a pas toujours été facile mais on a décidé de placer notre fils au-dessus des conflits, on l'a pas regretté!

Ce n'est pas se marier et faire des bébés qui est difficile. Ces choses là, pas toujours mais souvent, on les fait un peu inconsciemment. C'est rester là pour les éduquer tous les deux, qu'on soit ensemble ou pas, quoi qu'il advienne, parce qu'on les a fait à deux et qu'ils ont besoin de nous les deux pour toutes sortes de raison. C'est pour ça qu'il faut apprendre l'art de la dédramatisation dans l'élégance et le respect, je suis sûre de ça, je n'ai aucun doute. Voilà notre défi!

Nouvelles conjointes, nouveaux conjoints, je vous remercie de m'avoir écoutée.

N'oubliez pas de vous chérir quoi qu'il advienne et d'honorer la chance que vous avez : celle qu'on vous envie en vous disant que c'est peut-être la dernière.

En terminant, je vous invite à syntoniser ma nouvelle émission Carte blanche à la Radio Satellite XM 172.

Merci. Bonne fin de soirée.

[1] Diane Bouffard est connu chez les sympathisants de la cause des hommes au Québec pour avoir animé l'émission radio For Homme en 2006 à Québec.

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