050528

Votre échec de mâle

par François Brooks

À la suite de Charles Paquin avec son Homme whippet, vous avez choisi, monsieur Sauvé, de nous remettre la thèse qui démontre que l'homme québécois est un looser. Que doit on en penser? Nous savons que les féministes pensent qu'en chaque homme dort une bête violente. Est-ce à dire qu'on doive craindre que ce perdant se venge de ses défaites? Mais en ne regardant cet homme que sous cet aspect, ne doit-on pas craindre que cette projection ne le rende tel? N'aurions-nous pas davantage intérêt à projeter sur lui de nobles desseins? D'ailleurs, n'y a-t-il pas des Québécois qui peuvent servir de modèles? Cette vision triste et macabre de nos hommes est-elle bien réaliste?

La vision du souverainiste-looser est-elle valable? La contrepartie des non-souverainistes-winners ne fait-elle pas des gagnants de la majorité de ceux-ci? D'ailleurs, qui dit que la souveraineté aurait été la fin de nos soucis? La thèse opposée n'est-elle pas plus valable? (Je vous propose une thèse winner : L'indécision salutaire du Québec)

Et si, de par son histoire, l'homme québécois est un looser, la femme qui l'a accompagné ne doit-elle pas aussi partager cette caractéristique? Étant sa compagne la plus intime, n'est-on pas en mesure, tant qu'à faire, de théoriser sur sa responsabilité d'avoir échoué à donner confiance en lui-même à son homme? Et pour pousser l'argument encore un peu plus loin, qui dit qu'elle n'est pas psychologiquement responsable de l'effondrement de son compagnon par ses dénigrements incessants?

Si nous nous laissons aller à avaliser ces thèses pessimistes, réductrices et humiliantes des stéréotypes contre les hommes dont nous abreuvent certain(e)s journalistes féministes, qui, c'est bien connu, font leur pain quotidien à la farine des bassesses humaines d'une infime minorité de cas isolés, n'est-ce pas donner raison à l'oracle de malheur? Ne devrions-nous pas plutôt boycotter cette presse trompeuse puisque nous savons, de fait, que la criminalité est en constante décroissance et que, malgré l'incitation à la paranoïa journalistique, Montréal est une des villes les plus sécuritaires du monde, même pour une femme se promenant seule la nuit dans les rues. En tant que patrouilleur d'éclairage, j'en sais quelque chose : je travaille de nuit depuis douze ans.

Vous écrivez en page 304 de votre livre : « D'habiles discoureurs d'origine québécoise ont connu de prestigieuses carrières (Wilfrid Laurier, Pierre Elliott Trudeau, Jean Chrétien), car ils ont tendu la main aux Canadiens de toutes les provinces. Mais au Québec, les électeurs leur ont gardé une rancune viscérale. Bien entendu, chacun est libre d'épouser le concept des deux cultures, des deux peuples fondateurs, mais dans l'esprit des Québécois, quand un politicien franchit l'Outaouais, c'est généralement en tant qu'arriviste, de parvenu qui s'installe à demeure. »

Comment ne pas voir ici que c'est vous, uniquement vous et votre regard de journaliste défaitiste, qui transformez les Québécois en loosers? Vous prenez en exemple trois grands gagnants québécois honorables, et nous les transformez en de « vilains types » parce qu'ils ont réussi!?! Mais êtes-vous donc si looser que vous soyez incapable de reconnaître le succès dont vous prétendez pourtant que les modèles salutaires nous manquent? Cet esprit est ancré si profondément en vous que lorsque vous parlez de nos grands hommes québécois c'est pour les répudier sous prétexte qu'ils ont vu plus grand que leur petit Québec. On ne peut quand même pas prétendre que devenir premier ministre du Canada ne soit pas une plus grande réussite que se limiter à une seule province! Le french power à Ottawa, voilà une grande réussite québécoise! N'en déplaise à votre esprit chagrin.

Vous terminez votre triste essai sur ce paragraphe :

« Les hommes ne doivent pas se contenter de regarder le train. Trop d'hommes – des garçons, des ados, des jeunes adultes – traversent leur crise d'identité sans prendre conscience que c'est au plus profond d'eux-mêmes que repose une certaine idée de leur masculinité. Cette image de l'homme dépressif et malheureux, sur le point de se donner la mort, bref l'image du parfait loser, nous est imposée depuis deux siècles. Si elle s'est fixée dans notre inconscient collectif, il n'en tient qu'à nous de la remplacer par une image plus positive. »

Mais quel programme suggérez-vous, monsieur le journaliste, après nous avoir convaincu que nous somme tous des perdants de père en fils? Où allez-vous installer les ressorts du vœu pieux de ce dernier paragraphe? Donnez-nous votre recette gagnante. Consiste-t-elle à écrire chacun son manuel d'autoflagellation publique comme vous venez de faire? Pensez-vous qu'en cela, après avoir roulé dans les ornières de L'homme whippet de Charles Paquin, nous sommes maintenant plus avancés?

Philo5...
                    ... à quelle source choisissez-vous d'alimenter votre esprit?