040505

Réponse aux insultes d'un féministe

par François Brooks

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Martin Dufresne lutte en faveur de la cause des femmes mais il lutte aussi contre... la cause des hommes.

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Bonjour M. Martin Dufresne

Quelqu'un a pensé qu'il serait peut-être opportun que je sois informé sur vos propos à mon endroit dans votre texte intitulé « Faut-il saper le féminisme québécois au nom de la "condition masculine" »[1]. Il a eu la délicatesse de me faire parvenir ce que vous n'avez pas eu le courage de faire.

La liberté de penser est un droit sacré défendu par Voltaire à qui nous sommes tous deux redevables. Chacun a droit à ses opinions. La vôtre est claire et s'alimente d'injures à mon endroit. Voltaire était cependant plus raffiné dans ses propos mais vous ne l'avez probablement jamais lu et ceci vous excuse d'en bricoler une référence à Sisyphe [2] dont votre site porte le nom. (Je vous recommande le Traité sur la Tolérance, de Voltaire édité chez Folio #3870. Il n'est jamais trop tard pour corriger des références erronées).

Vous êtes donc d'opinion que je suis un mauvais querelleur, un réactionnaire de droite, un 'vieux jeu', (j'avais oublié cette expression dont on se servait pour injurier nos parents il y a de cela... 35 ans), un revanchard et peut-être même supporteur du meurtrier Marc Lépine. Et c'est vous qui félicitez Le Courrier de St-Hyacinthe d'avoir dénoncé un discours haineux (!?!).

Je suppose qu'avant de me les refiler, ces injures ont dû d'abord vous être adressées par le passé, et, n'ayant su comment vous en défaire, vous n'avez rien trouvé de mieux que de passer le relais. Peut-être n'en croyez-vous pas un mot mais vous me les servez uniquement pour que ma réponse vous inspire pour vous en délivrer lorsque ceux-ci vous seront servis à nouveau. Si c'est le cas, je vous propose deux alternatives :

1- Si vous aimez mettre de l'huile sur le feu, laissez moi vous aider.

Vous trouverez ici un condensé de L'art d'avoir toujours raison de Schopenhauer.

2- Dans le cas contraire, vous serez probablement davantage intéressé par mes Stratagèmes pacificateurs. Ceux-ci vous aideront à gagner des gens à votre cause qui, même si elle était louable, avec votre approche actuelle, ne fait qu'irriter vos adversaires et peut-être même certaines féministes.

Je suis fort aise que mes propos vous aient fait rigoler. C'est dommage que les vôtres n'aient pas eu le même effet sur moi. Mais peut-être ai-je tort de vous prendre au sérieux.

Dommage que vous n'ayez pas d'arguments plus solides que l'injure, le parti pris et le lieu commun ; je suis toujours disposé à changer d'avis lorsqu'on me démontre le bien fondé d'un raisonnement.

À moins que vous ne considériez que vos opinions doivent suffire à ceux qui vous lisent, je vous invite à donner une chance à vos lecteurs de se faire une opinion par eux mêmes en leur permettant l'accès au texte qui a suscité votre réaction injurieuse à mon endroit. Vous seriez donc le bienvenu de publier ce lien dans votre texte « Faut-il saper le féminisme québécois au nom de la "condition masculine" » [1].

Mais il se peut que je me trompe à votre sujet et que la liberté de parole que vous semblez défendre ici, ne vous soit valable que pour ceux qui partagent vos opinions.

Cependant, si vous êtes prêt à affirmer comme Voltaire :

"Vous proférez, Monsieur, des sottises énormes,

Mais jusques à la mort, je me battrais pour qu'on

Vous les laissât tenir. Attendez-moi sous l'orme !" [3]

j'accueillerai votre critique sur mes propos avec joie et je m'engage à me ranger à votre avis pour peu que celui-ci me démontre les failles de mon raisonnement. (Attention : Pour donner des forces à vos arguments, éviter les injures personnelles, celles-ci ne démontrent que votre faiblesse. En effet, une personne solide ne ressent pas le besoin de s'attaquer à la personne qui est son adversaire, ses arguments seuls lui suffisent. L'injure est l'arme du faible, c'est bien connu.)

Je vous laisse sur cette question : À quoi peut-on distinguer une opinion d'un fait?

Je vous adresse mes salutations distinguées.

François Brooks

www.philo5.com

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Suite à cette lettre ouverte j'ai reçu de nombreux courriels de sympathisants. Voici la réponse que je leur ai adressé :

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 Bonjour

Merci pour votre courriel que j'ai lu attentivement et avec grand intérêt. Vous êtes nombreux à m'avoir manifesté de l'animosité pour M. Martin Dufresne, ou tout au moins, à me prévenir que je perdais mon temps avec lui. Vous avez peut-être raison.

Les injures et le mépris ciblé d'une personne cache, personne n'est dupe, le désir qu'on s'occupe d'elle. En lui renvoyant le même mépris qu'elle projette, on joue son jeu et elle va revenir à la charge tant et aussi longtemps que l'on va se laisser prendre à son piège. Je refuse de me laisser dominer par le mépris de qui que ce soit. Descartes disait que le bon sens est la chose la mieux partagée au monde parce que personne ne se plaint d'en manquer. M. Dufresne doit donc croire honnêtement en son for intérieur que ses raisonnements sont bien fondés. Je ne peux donc lui donner raison en emboîtant le pas et en lui retournant son mépris. Si je suis libre, je dois accepter de l'écouter et le questionner sur ses raisons. Mais c'est à lui de m'en démontrer la cohérence. S'il est un être souffrant et incohérent, c'est de notre pitié qu'il a besoin, pas de notre mépris. Où est ma liberté si je me laisse aller à ma pulsion qui me commande de renvoyer les mêmes coups, les mêmes injures, le même mépris qui me parviennent?

Je comprends votre réaction envers lui mais s'il est représentatif d'un féminisme dur qui s'est aveuglé lui-même, est-ce en nous aveuglant dans une position dure et fermée que l'on va changer les choses? Je pense que l'honnêteté intellectuelle doit primer. J'ai peut être tort, mais c'est ma manière, et elle a en tout cas le mérite de refuser de blesser qui que ce soit.

Une dernière chose mais peut-être la plus importante. Est-ce qu'une féministe a déjà pris la peine de le remettre à sa place? Cette question est de toute première importance, voilà pourquoi : Si j'avais un être méprisant comme lui à mes côtés pour combattre, j'aurais peur que son comportement nuise à ma cause. Il me semble donc évident que M. Martin Dufresne sert la cause masculiste. En effet, ses raisonnements absurdes et haineux sont une démonstration évidente de l'impasse où nous mène le féminisme outrancier envers les hommes. À ce seul titre, M. Martin Dufresne nous est très précieux. Loin de le mépriser, j'estime qu'il sert notre cause.

Amicales salutations

François Brooks

www.philo5.com

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Fort à propos, une sympathisante masculiste m'a ensuite adressé la note suivante qui a suscité chez-moi une nouvelle réflexion :

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Bonjour

Les groupes féministes pensent la même chose de moi que vous pour Martin Dufresne. C'est quand même étonnant. Elles me disent que je fais pitié, que je méprise ma race, que je suis une « butch » inavouée, que je dois être mal baisée etc... alors que je ne fais que prendre la part de certains hommes.

Bonne journée

Francine A.

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Chère Francine

Je suis étonné que vous fassiez un tel rapprochement entre ce que je dis de M. Dufresne et les insultes dont les groupes féministes vous abreuvent. Il me semble avoir fait attention pour éviter de faire mousser les insultes et le mépris qu'il suscite autour de moi. Toutefois, si je le considère comme un adversaire qui, par ses incohérences et sa haine, aide la cause masculiste, j'estime que vous, contrairement à lui, ne nuisez pas à notre cause, bien au contraire. Une femme peut-elle avoir tort d'aimer les hommes et de reconnaître que leur rôle de père est nécessaire à notre équilibre social? De même qu'un homme pourrait-il avoir tort d'aimer les femmes et de vouloir favoriser leur épanouissement nécessaire à l'harmonie des familles?

Je dois vous avouer mon malaise lorsque des hommes se servent de l'orientation sexuelle lesbienne de certaines féministes pour se défendre ou les accuser. Je sens le même malaise quand les féministes vous reprochent d'être « mal baisée », ce qui me semble une projection évidente. J'ai pour mon dire que ce qui se passe dans la chambre à coucher des gens ne regarde qu'eux, entre adultes consentants. Lorsque ça déborde sur la place publique, c'est un signe de la frustration personnelle de celui d'où provient l'injure et non de celui ou celle sur qui elle est projetée.

J'essaie de ne « prendre la part » ni des hommes ni des femmes. Je pense que la stupidité n'a pas de sexe ni de nation et qu'elle est susceptible de s'infiltrer partout où on n'y fait pas attention. Je pourrais moi-même défendre une féministe si ses propos sont imbus d'humanité et de cohérence même si je ne partageais pas son opinion et qu'elle faisait l'objet d'attaques vicieuses ; non pas pour lui donner raison, mais pour ne pas faire partie de ceux qui ont tort. Il faut savoir distinguer l'honnête militant qui, sans blesser personne cherche à faire valoir ses idées, du combattant blessé qui reconnaît dans tous ses adversaires un agresseur vicieux à abattre. La victoire seule ne suffit pas. L'histoire du Christ en est une belle illustration : il est effectivement mort mais ses idées ont mieux survécu que celles de tous ses bourreaux. Ne comptez pas sur moi pour fabriquer un nouveau Christ ou une nouvelle victime, et surtout pas M. Martin Dufresne.

Selon une information provenant d'un correspondant américain, M. Martin Dufresne aurait déclaré il y a quelques années sur des forums de discussion qu'il aurait été abusé physiquement et possiblement sexuellement par son beau-père, étant enfant. Avons-nous affaire à un féministe ou à une personne blessée qui aurait besoin d'aide pour guérir une période de sa vie qui a laissé des traces qui lui sont très personnelles? (Où était son véritable père au moment de ces agressions? Sa mère s'en état-elle débarrassé? Dans ce cas, l'idéologie féministe ne lui aurait-elle pas nui? Est-il possible que dans sa position d'enfant maltraité par son beau-père il n'ait pas eu le discernement de distinguer celui qui le maltraitait de la cause de son malheur : l'idéologie féministe qui traite les hommes en amour comme du « jeter après usage » et qui a éloigné son père dont il aurait eu bien besoin? Bien sûr, je peux me tromper sur toute la ligne ; toutes ces questions ne sont que spéculation... mais je me demande si son véritable père a eu toutes les chances de jouer son rôle sans entrave féministe?)

Le jour où vous vous mettrez à insulter les femmes en bloc comme le fait Martin Dufresne pour les hommes, je vous mettrai dans le même sac que lui. Pour le moment, je ne vois vraiment pas pourquoi j'aurais « pitié de vous ». Ces féministes ont d'abord jugé bon de projeter sur vous des saletés pour ensuite dire que vous faisiez pitié. Votre situation est très différente de celle de M. Dufresne.

Je reconnais que votre position particulière fait de vous une cible de choix pour les féministes tout comme un homme féministe est une cible toute désignée pour les masculistes. Mais ne pourrions-nous pas mettre en évidence toute la noblesse de la pensée féministe-masculiste justement en respectant un honnête débat qui pourrait aussi bien se tenir entre une femme masculiste et un homme féministe? ... Et peut-être même toute la stupidité de faire d'un problème qui concerne tout un chacun, une bête histoire de guerre des sexes. C'est pourquoi j'en appelle à la philosophie comme chien de garde pour nous ramener lors de nos égarements. Nous avons besoin des philosophes pour nous enrichir des ressources de la dialectique et de leur sagesse séculaire. Tout combattant, féministe ou masculiste, doit, s'il veut gagner la bataille, commencer par reconnaître la respectabilité de son adversaire du simple fait que, dépendant de l'issu du combat, celui-ci détient peut-être le pouvoir divin de l'anéantir. La féministe du film « Cube », aurait bien eu besoin de la force du macho au moment opportun pour survivre. Qui l'a véritablement tuée?, l'homme qui a lâché sa main ou sa propre haine pour l'homme sur qui elle projetait tous ses clichés féministes? Cet homme aurait bien eu besoin d'un peu d'amour pour lui donner l'énergie nécessaire à la tirer d'affaire. Commencer un combat par le mépris est une étourderie que La Fontaine avait illustrée dans « Le lièvre et la tortue ». Les sumo japonais nous donnent une leçon éloquente : deux lutteurs obèses et disgracieux font appel à toutes les ressources de leur raffinement pour déséquilibrer un adversaire qu'ils commencent d'abord par saluer respectueusement. Ce salut de départ n'est pas qu'un protocole vide de sens ; il permet au perdant de conserver tout son honneur et au besoin, l'aide de celui qui le domine.

Je salue les femmes et les hommes qui décident de s'élever au dessus des chamailleries sexistes pour essayer d'installer dans leur vie l'amour et l'harmonie et qui, comme vous Francine, ont dû essuyer des injures qui ne salissent que ceux qui les adressent. Mais si nous devons débattre n'oublions pas que nous devrons ensuite vivre ensemble, quelle que soit l'issue du débat.

Amicales salutations à vous Francine.

François Brooks

www.philo5.com

[1] Mis en ligne sur ce lien : http://sisyphe.org/breve.php3?id_breve=138. Page consultée le 5 mai 2004.

[2] Page consultée le 5 mai 2004 : http://sisyphe.org/rubrique.php3?id_rubrique=3.

[3] Georges Brassens évoquant Voltaire dans sa chanson « Ceux qui ne pensent pas comme nous sont des cons »

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