accueilLes philosophesLes vrais penseursPenser par soi-mêmeDes philosophes vivantsTextes F. B.

 Philo5

Site animé par François Brooks

Essais personnels

On a coutume de croire que nos pensées nous sont propres, qu'elles nous appartiennent, qu'elles doivent rester libres de toute censure, privées et inaliénables. Pourtant, tout le langage symbolique et les signes qui l'accompagnent nous proviennent de conventions sociales sans lesquelles elles n'auraient aucun sens. Quel serait l'utilité d'une langue connue d'une seule personne? Chinois, français ou afrikaans, le langage nous vient des autres, de la culture dans laquelle on baigne. Quand nous nous l'approprions, nous perdons de vue le fait que nous sommes habités par cette culture, que ce sont les autres qui s'introduisent en nous par leurs signes, leurs symboles. Pour se distinguer nous personnalisons notre langage, souvent sans nous en rendre compte. En effet, de l'intérieur de nous-mêmes, comment pouvons-nous savoir ce que les autres voient, sentent et perçoivent de nous? Nous avons donc besoin d'un outil pour s'extirper de soi-même et se regarder comme dans un miroir ; faire que notre rapport à nous-même soit celui du rapport avec quelqu'un d'autre. Ainsi dédoublé, on dispose d'un instrument pour se regarder soi-même penser.

 L'essai personnel est un style d'écriture inauguré par Montaigne. Après avoir lu les auteurs classiques, philosophes et autres écrits importants à son époque, il s'est donné un moyen de voir sa propre pensée pour mieux la réfléchir, la comparer, la conforter, l'invalider ; bref, pour l'essayer, la tester. Ainsi pouvait-il mieux voir comment ses propres sentiments pouvaient s'accorder à sa pensée. Lire Montaigne dans le seul but de se donner une fenêtre sur sa personne et son époque serait déjà très profitable mais nous priverait de l'essentiel. C'est l'exemple d'un outil unique conçu pour s'extirper de soi-même qu'il nous invite à suivre, un outil philosophique d'une fantastique utilité puisqu'il nous permet de naître à nous-mêmes.

L'écriture et la lecture philosophique de soi-même se distingue des autres littératures en ce sens qu'elle ne poursuit pas les buts coutumiers de la communication écrite. C'est souvent à s'y tromper mais on ne cherche en rien à convaincre les autres, les informer, les divertir ni les confronter. Comme l'autre est soi-même, c'est un miroir qui nous parle et nous montre notre apparence sociale comme le miroir au mur nous présente ce que les autres verront lorsque nous serons sortis de la maison.

L'écriture de soi-même est un exercice difficile mais il est maintenant facilité comme jamais par l'ordinateur qui s'approprie mieux qu'aucun autre outil notre mémoire personnelle et collective. La relecture de soi est une tâche sévère et implacable. C'est l'exercice philosophique le plus difficile, j'entends, non pas pour s'admirer comme Narcisse mais pour connaître celui que les autres connaissent, que l'on appelle « je », et avec lequel nous ne serons jamais en rapport autrement que de l'être.

Mes textes sont donc à lire d'une manière différente des autres textes puisqu'ils sont un outil personnel que l'on peut difficilement comprendre autrement qu'en pratiquant soi-même ce genre d'écriture et de relecture. Si je vous les propose, c'est dans le seul but de vous inciter à créer vous-même votre propre miroir philosophique littéraire, vos propres essais personnels, comme une photographie de votre pensée.

F. B.

Philo5...
                    ... à quelle source choisissez-vous d'alimenter votre esprit?