par François Brooks
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Scott connaît l'art de la poterie qu'il pratique aux USA. Il est venu étudier les méthodes d'un maître potier japonais d'expérience. Il s'avère que cette intention en cachait une autre : celle de montrer la supériorité de sa méthode sur la technique enseignée par le vieux maître. Était-il disposé à apprendre? [1]
Pour apprendre, il faut d'abord se mettre à la disposition du maître en mettant de côté nos propres connaissances pour accueillir les siennes. Il ne s'agit pas de les renier ni de les oublier mais simplement les mettre en veilleuse, du moins temporairement, le temps de comprendre et d'intégrer le message du conseiller. Le bouddhisme zen l'illustre avec la métaphore de la tasse de thé trop pleine qu'il faut d'abord vider.
Nan-in, un maître japonais vivant à l'ère Meiji (1868-1912) recevait un professeur d'université venu s'informer sur le Zen. Nan-in servait le thé. Il remplit la tasse de son visiteur, et continuait néanmoins à verser. Le professeur regardait sa tasse déborder, et ne put se contenir plus longtemps : « Elle est pleine, et ne peut en contenir davantage! »
Alors Nan-in dit : « Comme cette tasse, vous êtes plein de vos propres opinions et spéculations. Comment puis-je vous montrer ce qu'est le Zen si vous ne videz pas d'abord votre tasse? » [2]
Quand l'ego est si plein de lui-même qu'il lui est impossible d'accueillir l'enseignement, comment pourrait-il profiter de la consultation?
Que ce soit pour une consultation juridique, architecturale, médicale ou philosophique, une consultation n'est possible que dans la mesure où on reconnaît l'autorité du conseiller. On peut bien sûr remettre en question cette autorité ou la questionner, mais comment alors en tirer profit si on se concentre sur l'idée qu'il faut lui résister? Comme la philosophie est un domaine hautement polémique il est parfois difficile de mettre notre opinion de côté pour s'ouvrir à la consultation. Mais c'est la seule condition qui la rende possible ; sinon elle n'est que bavardage sans valeur. Freud l'avait explicité ainsi : « L'analyse ne se laisse pas employer comme une arme de polémique ; elle suppose le consentement de la personne dont on veut faire l'analyse et, entre l'analyste et l'analysé, des rapports de supérieur à subordonné. [3]» On connaît tous l'histoire du beau-frère futé qui disait à qui voulait l'entendre avoir diagnostiqué la névrose de son psychanalyste dès la première consultation. S'étant donné le rôle du conseiller, il n'a alors pu bénéficier lui-même de la consultation parce qu'il s'acharnait à démontrer que son cordonnier était mal chaussé. Si votre chirurgien est fumeur, est-ce que ceci le rend incompétent à opérer votre tumeur au poumon? De même que l'architecte peut être mal logé, pour peu que vous lui décriviez vos besoins, il n'en a pas moins les connaissances pour dessiner la maison de vos rêves.
La contrainte financière est au cœur du processus consultatif. Pour être estimée, une chose doit coûter. Gurdjieff en avait donné l'explication ainsi «...j'ai vraiment trop peu de temps pour le sacrifier aux autres, sans même être sûr que cela leur fera du bien, j'apprécie beaucoup mon temps, parce que j'en ai besoin pour mon propre travail, parce que je ne peux pas, et, comme je l'ai déjà dit, parce que je ne veux pas le dépenser en vain. Et il y a une dernière raison : il faut qu'une chose coûte pour qu'elle soit estimée. » [4] Il explique plus loin que l'attitude envers l'argent est très révélatrice de ce que les gens sont. Le comportement qu'ils adoptent face aux honoraires indique immédiatement s'ils sont en mesure de bénéficier des services rendus : « Rien ne montre mieux les gens que leur attitude envers l'argent. Ils sont prêts à gaspiller tant et plus pour leurs fantaisies personnelles, mais ils n'ont aucune appréciation du travail d'un autre. » [5]
[1] Extrait du film Kamataki de Claude Gagnon, (Filmoption International © 2006).
[2] A Collection of Zen & Pre-Zen Writings, New York, Anchor Books, Doubleday & Company, traduction française, Le Zen en chair et en os, Paris, Albin Michel, 1993. Extrait du texte de Françoise Bonatrel, Existence et vacuité selon Sartre et le bouddhisme zen publié sur le site Un zen occidental (Page consultée le 16 avril 2009)
[3] Freud, Contribution à l'histoire du mouvement psychanalytique in Cinq leçons sur la psychanalyse (1909), Petite Bibliothèque Payot # 84, p. 130.
[4] Ouspenski, Fragment d'un enseignement inconnu, Éditions Stock © 1949, page 30.
Philo5...
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