par
Sans doute un effet de ma
propre démarche personnelle, ces temps-ci, partout où je pose le regard, je
dénote un désir de se « thérapiser » des années de tyrannie
catholique sur les esprits occidentaux.
C'est peut-être
Comment
se libérer du catholicisme? Philosophie française, religion italienne ou
libéralisme féministe? À vous de choisir. Mais peut-on se libérer sans
s'enchaîner à autre chose, ne serait-ce qu'à son propre désir de se libérer? Sartre nous dit
que la liberté est un état de fait, une déclaration fondamentale, une sorte de
constitution de l'être humain sans laquelle on ne pourrait se définir comme
tel. C'est ce qui lui faisait dire : « Le peuple français n'a jamais été aussi libre que sous l'occupation
allemande ». S'inspirant sans doute du Discours de la servitude volontaire de
Pour
se libérer du catholicisme, il faudrait peut-être penser à autre chose, me
direz-vous, mais la liberté n'est pas quelque chose qu'on fuit, c'est quelque
chose qu'on embrasse volontairement. Pour Sartre il est impossible de ne pas
être libre. Chez lui, liberté rime avec volonté ; ce que cette dernière
s'acharne à faire est l'expression même de notre liberté. Peut-on sortir du catholicisme
comme on sort d'un bar ou comme on sort de chez-soi? Qui peut sortir de
chez-soi sans jamais vouloir y revenir?
Sartre
et l'Église, avec leur nuance propre, sont d'accord pour reconnaître que le
catholicisme n'a jamais empêché personne d'exercer sa liberté. La liberté
constitue d'ailleurs pour cette religion une valeur fondamentale. Comment une
personne pourrait-elle être responsable de ses péchés si on ne lui
reconnaissait pas d'emblée la liberté qui en est la condition fondamentale? Il
y avait d'ailleurs à cet effet une fabuleuse controverse du temps de Luther et Calvin
entre ceux qui croyaient à la prédestination et ceux qui défendaient le libre
arbitre toujours cher à l'Église catholique. Soit dit en passant, nos crises
anti-catholicisme ne datent pas d'hier. On se demande d'ailleurs ce qui fait la
force de cette religion si vivace malgré tant de siècles de critiques
éprouvantes. Ballardini tente admirablement de lever le voile sur ce mystère.
Mais
que veulent donc tous ces gens qui s'attaquent à l'Église en prétendant vouloir
se libérer de la tyrannie qu'elle exerce sur eux s'ils sont libres? Où est le
tyran? Est-ce vraiment l'Église ou bien l'idée qu'ils s'en font? Pourquoi s'acharnent-ils
tant à se libérer d'une idée qui les tyrannise? J'en viendrais à croire qu'ils
la chérissent cette idée puisqu'ils lui donnent autant de place. On chérit son
bourreau parce qu'il consacre la validité de l'expression de notre liberté. Le
bourreau a la même valeur que celle que nous accordons à notre liberté ;
c'est lui qui la sacralise tout comme le blasphémateur consacre la validité
d'une foi qu'il rejette. C'est ma constitution de victime qui crée le bourreau
nous dit
Je
peux sans doute sortir du catholicisme s'il est hors de moi, mais comment le
sortir de moi s'il m'habite. Freud nous dit
qu'il faut amener à la conscience tous nos mécanismes mentaux et le mouvement
psychothérapeutique qui l'a suivi nous a encouragé à vociférer autant de rage que
possible pour exorciser nos fantômes intérieurs. Je ne suis pas sûr que ceci
aille dans le sens recherché. Ne serait-ce pas aussi une excellente façon de
perpétuer leur existence? Seul le croyant peut blasphémer ; le blasphème
est une modalité de la foi.
Pour
l'heure nous en sommes encore à la catharsis. C'est peut être une étape
importante de la libération mais est-ce le meilleur moyen de s'en sortir? Entre
le refoulement et la catharsis, y aurait-il une autre voie? Quelle synthèse
pourrait bien nous inspirer Hegel? Comment
faire la paix avec son bourreau? Comment se sortir du catholicisme? Pourrait-on
trouver un moyen de cohabiter en paix, une synthèse unificatrice?

[1] « Criss de
tabarnak! » J. Comme pour rappeler
l'oppresseur à la tâche ou convoquer une malédiction dont on s'ennuie, il n'est
pas rare qu'on entende encore aujourd'hui au Québec des jurons ecclésiastiques.
N'est-il pas curieux que cette coutume soit encore en vogue alors qu'il y a
longtemps que l'Église n'exerce plus ici aucun pouvoir coercitif moral ni
temporel. Ceci en dit long sur notre attachement à notre bourreau d'antan...
Pourtant, ces jurons font l'effet de pétards mouillés puisqu'ils ne
scandalisent plus personne, d'autant moins qu'ils sortent parfois de la bouche
des jeunes générations qui n'ont jamais connu la coercition religieuse. Leur
athéisme rend le blasphème impossible.