par
Illustration : Jan Theuninck [1]
(Léo Ferré, Il n'y a plus rien)
Je suis surpris
de constater à quel point le racisme prend place dans notre vie ordinaire et
s'installe sans tambour ni trompette. L'exemple le plus patent de racisme est,
bien sûr, la Shoah. Celui-ci a d'ailleurs pris tellement de place dans notre
conscience collective qu'il nous est bientôt impossible de le reconnaître au
moment où il germe. Comme une brindille d'arbre prend sa place indistinctement
parmi les herbes folles, le racisme ordinaire nous devient bientôt familier et
nous vivons avec comme si cette attitude était légitime.
Où est le blanc
dans tout ça? Toujours bourreau? N'est-il jamais ostracisé? Bien sûr, avec sa
« supériorité » divine et scientifique, c'est lui qui avait parti le
bal. D'abord en se déclarant peuple
choisi dans la Bible, et ensuite, avec les scientifiques naturalistes
du XIXe siècle qui ont voulu ordonner les êtres vivants à leur
convenance. Mais il semble aujourd'hui qu'il soit devenu victime de sa propre
médecine. Il est de bon ton de considérer le blanc comme la race à punir. Léo
Ferré s'était déjà levé contre cette injustice sociale qui met aux fers tout l'édifice sous prétexte que les bourgeois sont
dans l'égout, mais la vengeance est douce, il faut faire expier le blanc,
ce nouveau nègre dont il faut se méfier. Chaque époque a sa tête de Turc.
À commencer par
les actions féministes qui prennent leurs distances de cette race maudite, on
n'a jamais tant entendu récriminer une catégorie que celle de l'homme actuel.
Au Québec, 300 000
fausses victimes de violence conjugale ont été inventées pour appuyer cette
chasse aux sorcières. À moins que vous ne soyez dotés de quelques circonstances
atténuantes, comme l'infirmité, l'homosexualité ou une origine exotique, le
pays mettra en jeu sa sélection sociale comme pour s'opposer à la sélection
naturelle de Darwin.
Les plus forts seront les plus faibles ; on se croirait dans
l'Évangile ; on a décrété que les hommes blancs sont les plus forts, il
faut donc les combattre.
La contamination
raciste passe maintenant au Canada avec le dernier discours du Trône où
l'honorable Michaëlle Jean confirme la règle. C'est pourtant sous prétexte de
défendre les plus faibles que cette vénérable dame d'origine haïtienne crée une
nouvelle catégorie d'oubliés. Je la cite : « J'ai aussi été à l'écoute de Canadiennes et de Canadiens qui estiment
ne pas avoir souvent voix au chapitre. Des femmes victimes de violence. Des
familles nouvellement arrivées au Canada et qui veulent contribuer à la société
canadienne et à la prospérité collective du pays. »[2] Le nouveau peuple choisi du vox populi est maintenant femme ou immigré...
catégories dont fait partie, bien sur, la nouvelle gouverneure générale du
Canada. L'oublié sans voix est devenu homme et blanc. Même Élisabeth II n'avait
jamais démontré autant de manque de diplomatie envers les Canadiens français du
temps où ils la détestaient cordialement.
Comment peut-on
ne pas reconnaître que l'exclusion naît d'une vengeance à assouvir et que la
vengeance, loin d'être douce, est une forme de violence qui avilit celui qui
s'y livre? Comment ne peut-on pas voir que la discrimination positive aboutit
très exactement au renforcement de ce que l'on cherche à combattre? Le parisien
black qui s'écrie à tout propos « Tu es raciste » pense ériger une
palissade qui lui accorde l'immunité culturelle mais, ce faisant, il avive le
feu qu'il prétend combattre et exprime ainsi ouvertement son propre
racisme.
Mais comment
vivre ensemble? Comment se protéger des blessures des autres et de nos
propres blessures? Comment aimer lorsqu'on a été blessé? Ne peut-on aimer que
ceux qui partagent les mêmes blessures que nous?
Et ainsi va le
racisme ordinaire de la petite semaine que nous applaudissons tous sans vouloir
le reconnaître pour ce qu'il est : une brindille inoffensive qui bientôt
sera un arbre géant qui fera ombrage à nos qualités humaines et nous fera dire l'enfer,
c'est les autres sans avoir compris que c'est en toute liberté que nous
nous sommes mis nous-mêmes en enfer.