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La science cherche Dieu[1]

par François Brooks

Pourquoi Dieu ne disparaîtra jamais?

Science et vie No. 1055 d'août 2005

Les neurosciences sont sur la piste d'une « molécule de la foi ». La propension à voir le monde comme habité par le divin (la « religiosité ») dépend effectivement du taux de sérotonine. [...] Ainsi donc, un taux élevé de sérotonine dans le cerveau ac­croîtrait le degré de religiosité! [...] Et la dimension troublante du résul­tat obtenu par les chercheurs sué­dois apparaît dès lors pleinement lors­qu'on apprend que, parmi les 25 as­pects de la personnalité des volontaires évalués par le TCI (Temperament and Character Inventory) [Inventaire du tempérament et du caractère], la re­ligiosité se révéla être... le seul et unique paramètre corrélé avec la densité des récepteurs 5HT1A! La conséquence de cette découverte peut sembler sacrilège. Car pour Jacqueline Borg, une conclusion s'im­pose désormais : « Le système de pro­duction de la sérotonine pourrait bien être vu comme l'une des phases biolo­giques de la croyance religieuse, même si le résultat de l'étude doit encore être précisé avec des travaux menés sur un panel de volontaires plus large ». Dieu serait-il une substance chimique?

 

Plus loin dans l'article, on apprend que notre cerveau serait programmé pour croire. La stimulation électromagnétique des lobes temporaux [...] déclencherait la sensation d'avoir à ses côtés une présence invisible. Ici, on pratique une approche du cerveau où chaque partie est comme une composante d'un appareil électronique. À l'aide d'une technique d'imagerie appelée tomographie à émission de positons, (TEP) on a localisé une zone moins irriguée dans une partie du cerveau que l'on peut observer pendant qu'un sujet volontaire (moine bouddhiste) médite. Cette zone est reconnue comme permettant à l'individu de distinguer son corps de l'environnement. Aurait-on découvert le module « Dieu »?

 

Dans la troisième partie de l'article, on fait appel à la psychologie cognitive. C'est parce que le surnaturel heurte notre intuition que nous sommes conduits à y adhérer. Comme notre perception intuitive du réel est innée, sa transgres­sion par les croyances religieuses pro­voque une réaction émotionnelle forte. Autrement dit, le seul fait de les évo­quer contredit à ce point notre enten­dement que nous sommes conduits à leur attribuer un pouvoir explicatif su­périeur. Au final, c'est tout naturellement que nous sommes donc enclins à croire en Dieu. Dieu serait-il un programme de l'ordinateur neuronique qui nous sert de cerveau?

 

Le deuxième article démontre, comme tout le monde le sait depuis Abraham, que la foi est un remède miracle contre l'anxiété. Comme la peur de la mort existera toujours, Dieu ne peut donc pas disparaître.

 

Le troisième article se veut historique. Il dépeint l'ascension de l'idée de Dieu depuis l'origine des temps connus. On projette sur quelques artefacts archéologiques une interprétation religieuse et on dresse un bref tableau de l'explosion des religions. On y apprend que 85% des humains pratiqueraient une religion. Le christianisme serait en tête avec 35% suivi de l'Islam avec 20%, de l'Hindouisme avec 14% et du bouddhisme avec 6%.

 

Le dernier article semble une extension de la troisième partie du premier article. On appuie sur la démonstration  que la religion serait séduisante cognitivement parce qu'elle bouscule notre perception du monde. L'humain étant un être principalement émotif, il aime être impressionné. Il se retrouve donc plus facilement excité dans un environnement « incroyable ». Au bout du compte, l'émotion est plus forte et plus convaincante que la logique et la raison.

 

En conclusion, le Dieu des scientifiques possède les attributs suivants : Il est moléculaire, modulaire, psychologique, historique et émotionnel. Il a la faculté de guérir (anxiolytique), il est nécessaire et excitant. Fascinant jeu que celui de la foi et de la science qui se renvoient la balle depuis Platon et Aristote. Avec ce numéro de Science et Vie la foi aura-t-elle gagné des points? N'est-ce pas étonnant d'observer ces scientifiques qui, avec leurs moyens actuels, se sont livré aux mêmes investigations que Saint Augustin voila 1600 ans : la recherche de Dieu. Mais il me reste une question. Pourquoi la science qui a toujours voulu se passer de Dieu, se met-elle soudain à sa recherche? Dieu serait-il en train de redevenir nécessaire?

 

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[1] Sujet traité au « 67e Philo sans fumée ».