par Raël (Claude Vorilhon)[1], (notes en bas de page :
La spiritualité
Le seul privilège qu'il y a d'être vivant, c'est d'être conscient.[2] Et quand on est conscient,
on ne peut qu'être émerveillé de sa propre conscience et qu'être heureux de
vivre.
Raël
Nous sommes UN
Nous sommes UN[3] et c'est
une très belle chose de ressentir cette fluidité lorsque nous sommes en méditation.
Ressentir un véritable état de méditation ne demande pas des années d'études,
car c'est instantané. Ce qui demande des années d'entraînement, c'est de rester
dans l'état de sentir cette unité en soi. Et c'est important de le ressentir,
parce qu'on ne peut pas se sentir UN avec les autres si on ne se sent pas UN
avec soi-même. Comment ne pas nous sentir séparé des autres, si cette division
existe à l'intérieur de nous-mêmes, si par exemple nous ressentons que nous
sommes bien dans notre esprit mais sale dans notre corps[4].
C'est seulement après avoir réussi l'union en nous-mêmes que nous pouvons
espérer atteindre l'étape suivante : être UN avec les autres. Être UN avec
nous-mêmes signifie être UN avec l'Univers, avec l'Infini, avec tout, mais aussi
avec rien. Parce qu'il n'y a pas de différence entre tout et rien... C'est la
même chose. Il n'y a pas plus de distance entre vous et moi, qu'il n'y en a
entre les étoiles et moi. Il n'y a pas plus de distance entre vous et moi
qu'entre les atomes et moi parce que l'infini est UN. Lorsqu'on arrive à ce
stade de compréhension et de ressenti, alors nous atteignons la conscience.
Nous devenons de petits fragments de conscience individuelle qui, enfin,
prennent conscience qu'ils ont cette conscience, parce que la conscience elle
aussi est UNE. Il n'y a pas d'écart dans l'univers entre la conscience
individuelle et la conscience collective. On parle souvent de l'inconscience
collective. Mais il y a plus important que l'inconscience collective : Il
y a la conscience collective, qui n'est pas seulement planétaire mais également
universelle et infinie. La conscience collective est l'unité entre nous et tous
les autres, car il y a unité entre tout ce qui est conscient dans l'infini.
Ressentir l'infini[5]
Éprouver un sentiment d'unité entre tout ce qui existe dans l'univers, dans
l'infiniment grand et dans l'infiniment petit de la matière ainsi que dans
l'infini dans le temps, c'est ressentir l'infini. Et lorsque nous ressentons
cette unité et ce lien avec tout ce qui nous entoure, nous devenons conscients,
nous devenons capables de comprendre que nous sommes de petits fragments de
matière qui se sont assemblés pour donner l'être vivant que nous sommes. La
matière qui nous compose devient consciente d'elle-même. Je suis en vous et
vous êtes en moi[6]. Même si
je disparais demain, je vais rester en vous. Cette conscience que je vous ai
emmenée de l'Infini va continuer de vivre en vous et vous pouvez la transmettre
à d'autres. Peu importe ma présence ou non, cette pensée et cette attention
juste portées à la conscience ne dépendent pas de ma présence, car si vous êtes
vraiment dans la conscience, je serai présent éternellement en vous, ainsi que
chez vos descendants, comme vous-même le serez également. Car l'Infini et la
conscience de cette unité sont éternels, ils sont partout à la fois, dans
toutes les directions, ils existent et existeront toujours. En prendre
conscience c'est leur donner vie! Celui qui a conscience de l'infini est
illuminé et c'est ce qui fait de lui un être éveillé, un être heureux[7].
Ni les petits bonheurs superficiels : l'argent, une grande maison, une
belle voiture, ni les diplômes n'apportent réellement le bonheur. Le savoir et
l'avoir n'ont rien à voir avec l'éveil, mais l'ÊTRE oui, car il laisse l'infini
s'exprimer en lui. On ne peut pas « avoir » heureux, on ne peut pas
« savoir » heureux mais on peut « être » heureux.
L'« avoir » et le « savoir » passent mais la conscience de
celui qui « est » s'élève toujours. L'âge n'a aucune prise sur
l'intelligence de celui qui a décidé d'être conscient.
Les trois niveaux de la
conscience
Le premier niveau est
celui de l'imbécillité. L'imbécile est celui qui subit ses désirs et ses
frustrations sans aucun contrôle sur ses réactions émotionnelles. Il est
souvent agressif et parfois même violent. Il agit poussé par ses pulsions et se
désole ensuite des conséquences qu'il a déclenchées autour de lui, car la
plupart du temps ses paroles ou ses actes ont dépassé sa pensée[8].
Celui-là agit ainsi parce
qu'il souffre, il souffre de ne voir jamais (ou peu) ses désirs assouvis et
tant qu'il fera dépendre son bonheur de l'extérieur de lui-même, tant qu'il
attendra des autres qu'ils lui apportent les stimulations dont il a besoin pour
se valoriser et se donner l'impression d'être important, il restera dans cet
état de perpétuelle frustration. Nous devons éprouver de la compassion et
donner notre amour à ces personnes, car elles ne savent pas ce qu'elles font[9]
et c'est l'origine de leur souffrance.
Le second niveau est
celui de la voie du détachement total. C'est le refus des plaisirs, le refus de
se confronter aux réactions de notre corps, de notre cerveau et aux risques
d'insatisfaction qu'entraîne la gestion des différents plaisirs qu'offre la
vie. C'est une attitude de facilité car si nous ne cherchons aucun plaisir,
nous n'aurons forcément aucune frustration. Celui qui ne se confronte pas, n'a
pas de tentation... En s'abstenant, on ne prend pas de risque, donc on reste
serein... Il suffit de se convaincre que l'attitude obtenue est une preuve de
sagesse... C'est évidemment faux car la vraie sagesse s'obtient par l'expérience:
faire des erreurs, les corriger et continuer à avancer. Chaque erreur réparée
est une victoire et un pas de plus vers l'éveil. Ce second niveau est la voie de
l'abstinence, enseignée par la plupart des religions: le refus de jouir de nos
sens. Comme celui ou celle qui s'isole sur une montagne, dans un monastère tout
seul loin du monde, loin de toutes les tentations. Il est facile de rester
propre lorsqu'on ne se risque jamais à se salir. Cela peut-être très beau...
pendant ce temps la vie passe à côté de nous avec son cortège de joies et de
souffrances.
Enfin, il y a la voie
supérieure qui est celle de jouir de la vie avec conscience. C'est être capable
d'évoluer dans la société au milieu des imbéciles, des tentations, en gardant
le sourire et l'harmonie, en utilisant tous ses sens, toute sa musique
intérieure, toute sa capacité de jouir de soi-même et des autres, sans être
frustré si les autres ne nous apportent pas ce que nous espérions. C'est être
capable de faire du hockey sans devenir fanatique de sa ville. Être capable de
faire de la compétition et s'entraîner avec acharnement pour arriver le
premier, non pour dominer les autres, mais pour se dépasser soi-même. Être
amoureux et cependant détaché de la relation amoureuse, O équilibre subtil!
Être capable d'être dans le désir et dans le plaisir si épanouissant, mais en
même temps dans le détachement. C'est oser goûter aux plaisirs directs qui
s'offrent à nous parce que nous sommes totalement ouverts sur le monde, tout
l'univers étant destiné à nous faire plaisir, sans toutefois attendre que le
plaisir vienne de l'extérieur mais au contraire d'être capable de le stimuler à
l'intérieur de nous-mêmes. « Mon plaisir c'est moi qui le crée, je n'ai
pas de frustration si on me refuse un plaisir que j'aurais sollicité. » Le
plaisir qui vient de l'intérieur c'est notre imaginaire qui le déclenche, ce
plaisir là ne nous frustre jamais car nous le créons parfait et différent selon
notre volonté. Tout cet équilibre est délicat, mais qu'il est beau! Je sens les
fleurs, je respire leur parfum, mais si elles se détournent de moi je n'en suis
pas frustré ou malheureux. Être dans le détachement, c'est savoir que tous les
plaisirs de la Terre sont merveilleux, mais qu'ils ne sont pas
indispensables : ce sont des plaisirs, pas des besoins. La confusion
mentale consiste justement à considérer les plaisirs comme des besoins. En
fait, nous avons peu de besoins fondamentaux (manger, boire, dormir...)[10]
tout le reste ne sont que des envies.
Diversifions nos sources de
plaisir à l'infini, ne les limitons pas à une seule chose, à une seule
personne, à une seule passion, à un seul plaisir, goûtons-en le plus grand
nombre possible ainsi, si un de ceux-là nous abandonne, il nous
reste tous les autres, et même s'il n'en restait qu'un seul, nous pourrions
encore être heureux avec celui-là, et même sans lui.[11]
[En conclusion[12]]
[1] Extrait du plus récent
livre de Raël : Le Maitreya,
(chapitre : La spiritualité)
[2] Freud a, pour
ainsi dire, inventé la notion d'inconscient et a travaillé toute sa vie pour
nous faire croire que le bonheur (ou la guérison) consiste à éveiller notre conscience.
Raël nous le répète ici de la même façon que n'importe quel gourou Nouvel-Âge
l'a fait depuis 25 ans. Cette idée (ce mème) est
d'ailleurs l'une des plus populaire de la fin du XXe siècle.
[3] Pour les anciens grecs,
notamment chez Pythagore
et Xénophane,
la notion d'unité était déjà très connue et vénérée. Raël n'invente ici rien de
nouveau. Il reprend simplement à son compte ces notions sans citer ses sources.
Leibniz a
d'ailleurs poussé ce concept d'unité à un perfectionnement jamais dépassé
depuis avec sa notion de monade.
[4] La notion de souillure
corporelle est très présente dans la Bible. Je dirais même que ce livre
contient le premier code d'hygiène publique connu. Si à l'époque de Moïse ou
d'Abraham, l'hygiène représentait quelque chose de flou qu'on a cru bon de
sacraliser pour imposer une forme élémentaire se santé publique, depuis Pasteur
et le perfectionnement des microscope, on a une connaissance virale et
microbienne scientifique qui nous a éloigné des besoins de mystification
Biblique face à l'hygiène. La reprise de cette métaphore symbolique par Raël me
semble en discordance avec la généralité de ses messages qui se veulent
scientifiques.
[5] L'Infini est un des
nombreux attributs de Dieu. La bible et les philosophes du moyen âge, dont Nicolas de Cues, ont
longuement trituré cette notion. Bruno
a d'ailleurs brûlé sur le bûcher de l'inquisition pour avoir démontré la thèse
que reprend ici Raël. Chez les anciens Grecs, comme Zénon d'Élée,
on y trouvait une représentation géométrique qui alimentait d'intéressantes
réflexions. Plus près de nous, dans sa Théorie
de la science, Fichte nous
dit que notre Moi absolu est activité
infinie. Dans cette thèse, il met donc cet attribut divin à portée de l'humain.
La notion d'infinité est une des notions philosophiques les plus populaires.
Qu'ils soient naturalistes, spiritualistes ou athées les philosophes Anaxagore, Spinoza, Leibniz, Pascal et Feuerbach s'en
sont alimentés copieusement.
[6] Ici, Raël reprend
textuellement une expression du Nouveau Testament : En ce jour-là, vous connaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi, et que je suis en vous.
(Jean 14:20). (Extrait tiré de la
Bible de Louis Second de 1910). De nos jours, ceci n'attire plus l'attention de
personne, mais du temps du Christ, on l'aurait accusé de sacrilège et on
l'aurait crucifié pour s'être approprié des Saintes Écritures et s'être mis
dans le rôle de Dieu.
[7] La notion
d' « élu de Dieu » revient constamment dans la Bible pour
désigner le peuple d'Israel. Mais cette notion apparaît aussi abondamment dans
notre culture. Marx
y a décelé l'origine de la lutte des classes. Il a dénoncé
brillamment l'injustice sociale qui se créée lorsqu'on fait la promotion de
cette idéologie. Les Juifs en savent quelque chose. Cette prétention d'être
« choisis de Dieu » a attisé contre eux très fréquemment les
foudres des habitants de leurs pays d'asile à travers l'Histoire. (Voir le
texte « Si
vous étiez Juif... » où j'analyse les fondements même du racisme.)
[8] Raël se livre ici à un
glissement de sens dans lequel il exprime une opinion. Sa façon de définir
« imbécile » ne correspond nullement à la définition courante du
dictionnaire. Il définit ici ce qui est généralement reconnu comme un
« colérique » (ou atrabilaire, ou irascible, ou rageur). Il est
simplement en train de nous dire ici qu'il considère ces comportements comme un
manque d'intelligence. On pressent ici tout un système de valeur qui invite à
faire l'économie des nuances.
[9] Ceux qu ne savent pas ce
qu'ils font sont des inconscients. Le pardon que Raël
nous recommande ici de leur accorder est formulé avec les mêmes mots que le
Christ en croix : « Père,
pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font. ».(Luc 23 :34) Ce discours peut
sembler original à ceux qui n'ont jamais lu les évangiles, mais pour les plus
vieux qui ont assisté à la messe, on croirait entendre prêcher un prêtre qui a
oublié de mentionner l'origine de son inspiration.
[10] Raël ne dénombre que trois
besoins fondamentaux. J'en avais dénombré six ici : « Besoins
fondamentaux ». Mais je n'avais pas pensé au besoin de dormir. Très
judicieux! Henri Laborit en avait dénombré un autre : celui de copuler (se
reproduire).
[11] Les anciens Grecs Aristippe et Épicure soutenaient
le même discours. Aristippe pour les plaisirs sans limites, et Épicure les
plaisirs avec tempérance.
[12] Raël semble s'être forgé
une philosophie éclectique en prenant soin – ou de réinventer la roue, ou de
taire volontairement ses sources, ou un peu des deux. On peut s'interroger sur
les motivations personnelles de ce « prophète » moderne non bénévole.
Est-il un imposteur exploitant la crédulité des gens simples en quête de donner
un sens à leur vies? Mais que peut-on lui reprocher? Que je sache, il ne fait
de mal à personne. Aucune extorsion de fonds ; adhésion volontaire à son
mouvement ; personnage paisible et sympathique, d'apparence agréable et
disposant de quelques facilités médiatiques.
Mais en ces temps où les
grandes religions sont en perte de vitesse en France, il m'importe davantage de
comprendre pourquoi nous avons besoin de lui. Raël arrive à un moment où la
technologie a répondu à de nombreuses questions qui, par le passé, étaient
considérées comme des mystères ou des miracles. Il jouit de l'impunité que lui
procure la Charte des Droits et Liberté.
Il peut donc répandre sa Bonne Nouvelle sans autres obstacles que les
détracteurs jouissant des mêmes privilèges de liberté d'expression.
Le principal message de
Raël est qu'il n'y a rien de mystérieux dans l'existence. Il faut simplement
jouir de la vie et, pour appâter nos âmes, il nous donne une explication
nouvelle sur la possibilité d'être réincarné. Sa religion nous invite à y
souscrire. En fait, ceci nous indique que, comme de tout temps, nous avons
encore à faire face au sempiternel problème que nous pose la conscience de
notre mort éventuelle. À travers l'Histoire, c'est le principal problème que
l'humain a essayé de contourner par la foi religieuse. Mais est-ce que Raël est
in imposteur, oui ou non? Pour le savoir, il faudrait voir les extra-terrestres
qu'il prétend avoir rencontrés. Il a beau être d'une époque technologique
avancée mais, comble d'imprévoyance, quand il est allé, en soucoupe volante,
rencontrer Jésus, et les autres Jéhovah sur leur planète, il ne disposait
d'aucune caméra ou magnétophone qui aurait pu confirmer ses dires à son retour.
De plus ceux-ci ne semblent pas pressés de se faire connaître. Tout comme le
Royaume des Cieux du Christ était inaccessible aux vivants, les Élohim de Raël
semblent hors de notre portée pratique. Aussi, pour lui comme pour toute autre
religion, il semble que la FOI soit l'élément principal sur lequel il faut
tabler pour donner un sens à ses dires...
D'un point de vue
philosophique, le Raëlisme est une toute nouvelle religion en gestation.
Va-t-elle durer? Va-t-elle s'éteindre avec la mort de son fondateur comme s'est
éteint la religion de Rajneesh? Qui vivra verra. Je suppose que de tout temps,
les religions naissent et meurent comme les étoiles au firmament de nos besoins
métaphysiques. Aujourd'hui comme au temps de Jésus, nous traversons une époque
d'incertitude politique où nous sommes toujours friands de messies qui
apportent un sens à notre vie. Et Raël n'a rien à craindre. Aussi longtemps que
ses promesses – comme celles de Jésus à son époque – ne rencontrent pas la
nécessité d'aboutir, il peut compter sur l'espérance de ses fidèles :
– principal ciment des communautés religieuses – pour combler notre
béance existentielle. Avec le temps, l'articulation des théologies a donné aux
humains un ersatz à l'accomplissement des religions qui ne se produit jamais.
Il reste alors aux Raëliens à articuler leur propre théologie. Il y a 2000 ans,
les Juifs avaient peut-être déjà compris l'inutilité de la venue réelle d'un
messie... À quoi servirait la foi, si la promesse devait se réaliser?