par
Personne
ne sortira d'ici vivant! C'est bien connu. Mais en attendant de sortir de la vie
allons-nous occuper notre temps à multiplier nos angoisse de mourir en
consultant tous les médecins possibles pour tâcher de détecter nos bobos avant
qu'ils ne soient plus traitables? Quel est la valeur d'une vie qui occupe la
majeure partie de son temps à dépister des maladies qui ne se manifestent pas?
Les
Dr. Nicolas Postel-Vinay et Pierre Corvol dénoncent « Le retour du Dr. Knock ».
Ce livre est une réflexion sur l'exercice
actuel de la médecine à propos du risque cardiovasculaire. D'un côté les maladies
cardiovasculaires sont la première cause de décès dans les pays développés et
les traitements existants (diagnostic, médication et suivi) sont d'une
efficacité hors pair. Mais d'un autre côté, ce sont des maladies silencieuses
si bien que le dépistage en est tellement invasif qu'on est en droit de se
demander, avec les auteurs : vaut-il mieux être un malade qui s'ignore ou
un anxieux en bonne santé? Les auteurs partent en effet de
ce paradoxe unique : c'est en effet parce qu'on disposait, par hasard,
d'un instrument, le tensiomètre, qu'on a identifié les maladies
cardiovasculaires dont personne ne se plaignait jusqu'alors. Le traitement des maladies cardiovasculaire marque le triomphe de
la médecine totalement instrumentalisée et donc efficace, mais aussi totalement
déshumanisée. Les auteurs nous donnent tous les éléments de réflexion sur ce
dilemme auquel sont confrontés malades et médecins.[1]
Il y a dans ce type de médecine une application de la Théorie
des complots :
puisque notre corps va mourir un jour ou l'autre d'une dégradation quelconque,
il est donc le siège d'une forme de conspiration mortelle que nous portons en
nous. Il faut donc rester constamment à l'affût du moindre signe qui pourrait
témoigner de la particularité de ce qui se trame contre nous. La médecine
possède tous les instruments pour débusquer ce complot à condition que nous
nous prêtions de bonne grâce à toutes ses prescriptions. Cette médecine tient
la vie comme valeur ultime et refuse de reconnaître la mort dans le déroulement
naturel de la vie ; le vieux rêve de l'immortalité court toujours. « Philosopher, c'est apprendre à mourir »
nous disait Socrate.
Peut-être aurions-nous alors besoin d'un philosophe là où nous pensons que c'est
au médecin d'intervenir...
[1] Le texte en italique a été trouvé ici : http://www.alapage.com/-/Fiche/Livres/2738107591/?id=309771119747512&donnee_appel=ALASQ&fulltext=Knock&sv=X_L