050626

Le retour du Dr. Knock

par François Brooks

Personne ne sortira d'ici vivant! C'est bien connu. Mais en attendant de sortir de la vie allons-nous occuper notre temps à multiplier nos angoisse de mourir en consultant tous les médecins possibles pour tâcher de détecter nos bobos avant qu'ils ne soient plus traitables? Quel est la valeur d'une vie qui occupe la majeure partie de son temps à dépister des maladies qui ne se manifestent pas?

 

Les Dr. Nicolas Postel-Vinay et Pierre Corvol dénoncent « Le retour du Dr. Knock ». Ce livre est une réflexion sur l'exercice actuel de la médecine à propos du risque cardiovasculaire. D'un côté les maladies cardiovasculaires sont la première cause de décès dans les pays développés et les traitements existants (diagnostic, médication et suivi) sont d'une efficacité hors pair. Mais d'un autre côté, ce sont des maladies silencieuses si bien que le dépistage en est tellement invasif qu'on est en droit de se demander, avec les auteurs : vaut-il mieux être un malade qui s'ignore ou un anxieux en bonne santé? Les auteurs partent en effet de ce paradoxe unique : c'est en effet parce qu'on disposait, par hasard, d'un instrument, le tensiomètre, qu'on a identifié les maladies cardiovasculaires dont personne ne se plaignait jusqu'alors. Le traitement des maladies cardiovasculaire marque le triomphe de la médecine totalement instrumentalisée et donc efficace, mais aussi totalement déshumanisée. Les auteurs nous donnent tous les éléments de réflexion sur ce dilemme auquel sont confrontés malades et médecins.[1]

 

Il y a dans ce type de médecine une application de la Théorie des complots : puisque notre corps va mourir un jour ou l'autre d'une dégradation quelconque, il est donc le siège d'une forme de conspiration mortelle que nous portons en nous. Il faut donc rester constamment à l'affût du moindre signe qui pourrait témoigner de la particularité de ce qui se trame contre nous. La médecine possède tous les instruments pour débusquer ce complot à condition que nous nous prêtions de bonne grâce à toutes ses prescriptions. Cette médecine tient la vie comme valeur ultime et refuse de reconnaître la mort dans le déroulement naturel de la vie ; le vieux rêve de l'immortalité court toujours. « Philosopher, c'est apprendre à mourir » nous disait Socrate. Peut-être aurions-nous alors besoin d'un philosophe là où nous pensons que c'est au médecin d'intervenir...

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