050321

Nous devrons nous adapter

par François Brooks

Dernièrement, j'ai vu sur la chaîne MétéoMédia un micro-reportage qui donnerait « l'heure juste » sur l'environnement. On annonçait que nous aurons très bientôt dépassé le point de non retour climatique [1]. Pour avoir un impact significatif sur le freinage du réchauffement de la planète, il faudrait que nous procédions à une diminution de la production des gaz à effet de serre dix fois supérieure à l'engagement de Kyoto, lequel nous avons déjà beaucoup de réticence à respecter. L'approche de cette capsule-vidéo se voulait réaliste : « Nous devrons nous adapter ». Il faudra construire nos maisons en tenant compte de facteurs environnementaux extrêmes : écarts de température rapides et plus fréquents, ouragans et tornades plus nombreux et plus puissants, pluies abondantes ou sécheresses inattendues, imprévisibles perturbations climatiques, etc. Bref, Gaïa va s'enrhumer ; elle va donc éternuer plus souvent.

D'autre part, certains me portent à penser que l'alarmisme écologique est discutable et qu'il pourrait davantage être l'effet d'une sorte de « Théorie des complots » que de prévisions réalistes. Par exemple, Bjørn Lomborg démontre dans son livre L'écologiste sceptique, statistiques à l'appui, que l'état de la planète s'améliore considérablement. Qui croire?

La filière écologique s'est transformée énormément dans les pays occidentaux depuis 50 ans. Par exemple, les automobiles polluent moins mais leur multiplication contribue à l'effet de serre. Est-ce dommageable? Comment savoir? Et si ça l'est, comment, par exemple, arrêter la Chine ou l'Inde qui vont bientôt pouvoir mettre massivement à la disposition de leurs populations notre style de vie occidental très prisé, et qui produit une pollution galopante?

Certains pensent qu'il faudrait davantage de lois coercitives et, surtout, ajouter une « taxe au recyclage » dans le prix d'achat de tout produit en fonction d'un « facteur de pollution » déterminé selon l'article acheté, et conséquemment, développer une véritable industrie du recyclage à l'échelle planétaire. Mais ceci pose d'énormes problèmes. Notre charte universelle des droits et libertés contient un frein écologique immense : le droit à la propriété privée et à la libre circulation des biens. L'idéologie sociale, culturelle, politique et philosophique actuelle favorise l'économisme, la consommation et l'individualisme.

Sommes-nous face à un problème insoluble? Comment changer les mentalités des gens de telle sorte que l'accumulation de biens de consommation et la propriété privée ne soit pas en haut de la liste de leurs priorités dans la vie? Chacun est contre la pollution mais qui voudrait, volontairement et librement, abandonner l'attachement qu'il cultive avec les biens de consommation? Comment espérer quelque changement que ce soit alors que la publicité nous rappelle à tout moment que notre salut est dans l'achat? Notre façon même de nommer la chose fait obstacle : biens de consommation. Ces biens concourent-ils véritablement à notre bien-être? Et comment se détacher de ces « nuisances » auxquelles nous nous identifions avec tant d'acharnement? Comment se détacher de soi-même?

D'un côté, je crains que les enjeux soient trop immenses pour que nos actions parcellaires et incertaines soient efficaces, et de l'autre, je suis rassuré par Bjørn Lomborg qui nous dit qu'il est inutile de s'alarmer. Comment savoir si Gaïa est malade ou en santé? Une chose est certaine, si nous avons exagéré elle va nous rappeler à l'ordre à la manière dure. J'espère seulement ne pas être dans le champ direct de son prochain éternuement. Sinon, nous pouvons dormir tranquille.

[1] Le Journal le Monde et l'AFP aussi s'inquiètent. Le 24 Janvier 2005 on pouvait y lire :

« Le point de non-retour dans le réchauffement de la planète, produisant des sécheresses, des mauvaises récoltes et des pénuries d'eau, pourrait être atteint beaucoup plus tôt que prévu et même à l'horizon de dix ans, prévient un rapport rédigé par des centres de réflexion britannique et américain, selon l'Independent.

Ce rapport, intitulé « relever le défi du climat », est destiné aux dirigeants du monde entier, et sa publication coïncide avec le début de la présidence de la Grande-Bretagne du G8. Tony Blair a fait de la lutte contre le réchauffement climatique une des priorités de sa présidence.

En moins de dix ans, le point de non-retour peut être atteint, avertit le rapport, rédigé par l'Institute for Public Policy Research britannique (Institut de recherche sur les politiques publiques), le Centre for American Progress et l'Australia Institute ».

[2] Bjørn Lomborg, L'écologiste sceptique, Publié aux éditions Le Cherche Midi, © 2004. Pollution atmosphérique, épuisement des ressources naturelles, déforestation : la planète court-elle à sa perte? Non, répond Bjørn Lomborg. À rebours des discours écologistes alarmistes, ce scientifique danois, statisticien et ancien membre de Greenpeace, clame haut et fort que la planète va mieux. Chiffres à l'appui, il démontre avec précision que, globalement, la qualité de l'air est meilleure et que les habitants des pays en voie de développement meurent moins de faim aujourd'hui qu'hier. Mais attention, affirmer que les choses vont mieux ne veut pas forcément dire qu'elles vont bien...

Événement mondial, L'écologiste sceptique est un ouvrage iconoclaste et exemplaire pour qui veut connaître le véritable état de la planète, à l'heure où la controverse fait rage au sein d'une partie de la communauté scientifique.

Bjørn Lomborg est professeur associé de statistiques dans le département de sciences politiques de l'université d'Aarhus au Danemark et directeur de l'Institut danois d'évaluation de l'environnement. Traduit dans de nombreux pays, son livre a fait l'objet de différents débats et films. (diffusés en France sur Arte)


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