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La philosophie de
Ieschoua de Nazareth entraîna de nombreux disciples et foules à le suivre. Il
s'attira la sympathie par son enseignement poétique qui touchait le cœur des
gens. Sa bonté naturelle, sa compassion et l'intégrité qu'il démontrait
contrastaient avec les trois pouvoirs en place à l'époque. Le premier étant la
rigidité administrative des occupants romains chargés de maintenir l'ordre. Le
second, les lois dures appliquées par les prêtres juifs dont la morale se
basait sur la crainte d'être puni. Et le troisième, la royauté, pouvoir
provincial basé sur une lignée de noblesse familiale riche et influente alors
que Ieschoua gagnait en popularité malgré ses origines modestes.
Il n'avait rien à
reprocher à l'envahisseur romain sinon qu'ils vénéraient plusieurs dieux, et
pour cela, il leur disait qu'ils ne pourraient pas aller au paradis après leur
mort. Mais ceux-ci s'en foutaient pas mal puisqu'à cette époque stoïcienne, ils
ne se sentaient pas lésés de ne pas y croire. Par contre, Ieschoua confrontait
les prêtres juifs qu'il accusait d'hypocrisie parce qu'ils n'observaient pas
leurs propres lois : les lois hébraïques qu'ils enseignaient au peuple. De
plus, il agaçait le roi Hérode et sa famille dont il dénonçait la faible vertu.
Comment un roi peut-il être respecté quand il se vautre dans la luxure que l'on
dénonce ouvertement? Finalement, les Romains ont dû intervenir à cause des
désordres que ses positions créaient dans la population. Notre Fils de l'Homme
enseignait peut-être le pacifisme mais il n'avait pas son pareil pour provoquer
les trois pouvoirs en place.
Les foules
enthousiastes reconnaissaient en lui volontiers des pouvoirs magiques, et ceci
contribua à augmenter sa popularité. Il s'est construit un tel mythe autour de
sa personne, que nombreux étaient les gens qui cherchaient à le confronter, autant
dans son discours que dans ses prétendus miracles. Maniant la parole avec
grâce, finesse, poésie et humanité, il parvenait toujours à se sortir des
pièges qu'on lui tendait, sauf lorsqu'il s'arrogeait l'autorité divine que les
prêtres lui contestaient en l'accusant de blasphémer. Il refusait souvent de
confirmer être l'auteur de miracles et catégoriquement d'en produire sur
demande. Pourtant, il voulait que les gens attribuent cette « magie »
à Dieu, avec qui il s'identifiait ouvertement, et il en jouait pour gagner des
adeptes.
Ceci eut la
fâcheuse conséquence de diviser son auditoire. En effet, ceux qui avaient
bénéficié de ses bienfaits étaient vus comme « bénis de Dieu », et
les autres comme « rejetés » ou « indignes de la bonté de
Dieu ». Cette partie de la foule voyait ainsi une contradiction et de
l'injustice dans son enseignement qui prétendait à l'amour et au pardon de Dieu
pour tous. Comment Dieu pouvait il être un Père d'amour infiniment bon sans
accorder ses bienfaits équitablement à tous?
Quoi qu'il en
soit, son message de paix, d'amour et de pardon fut si puissant qu'il a
continué à être honoré depuis maintenant vingt siècles. En effet, en se
laissant crucifier, il instituait le pouvoir de la victime. Avant lui, la
notion de victime n'existait pas. Le châtiment était la Justice de Dieu. Après
lui, quiconque est puni devient une victime qui subit un sort injuste. Pis
encore, chaque infortuné s'autorise, à revendiquer pour qu'on le libère de son
infortune puisque chacun a droit au pardon en vertu de la bonté infinie de Dieu
le Père. Si rien n'est impossible à Dieu, son amour ne devra-t-il pas
s'exprimer à tous par des bontés?
Ieschoua enseigne
l'amour de Dieu, le pardon et la non violence. Il applique ces principes à sa
vie intégralement en donnant l'exemple d'une grande générosité. Parallèlement,
il provoque les autorités en place de telle sorte qu'on le crucifie. Vu ainsi,
Ieschoua est un raté provocateur qui a été justement châtié. Mais si on lui
accorde l'immunité divine, c'est non seulement un innocent qu'on a crucifié,
mais on a commis l'irréparable erreur de ne pas avoir reconnu Dieu en personne
et son autorité. C'est dans le supplice infligé qu'il prend tout son pouvoir.
Et chaque fois que l'on blesse un innocent, c'est son histoire que l'on répète.
Mais peut-on
véritablement prétendre que le pardon de Dieu nous innocente? En fait, Dieu
nous reconnaît coupables, mais il suspend l'exécution du châtiment pour ne pas
nous donner le pouvoir de la victime. Ce pouvoir, il se le garde pour lui tout
seul. Voilà son génie! Toujours coupables, jamais châtiés. Avec un Dieu comme
celui-là, nous n'avons aucun autre pouvoir que celui d'aimer, jamais celui de
nous venger, puisque nous sommes toujours pardonnés. Si une victime réclame
vengeance, elle met alors le doigt dans un engrenage qui, à son tour, lui
refusera le pardon de ses erreurs à venir.
Pour que cette
logique fonctionne, Ieschoua doit nécessairement
démontrer sa nature divine. D'où miracles sur miracles, couronnés de la résurrection
de son corps, ultime preuve de son autorité divine. Cette logique est si
parfaite que la vérité devient secondaire. La nécessité crée la
« vérité ». Comme Martin Scorsese nous le fait remarquer dans son
film La dernière tentation du Christ,
à la limite, le mythe de Jésus est si puissant, qu'il peut parfaitement se
passer de Ieschoua lui-même, et que, s'il était vraiment Dieu et capable de se
sauver de la croix, c'est par pure soif de notoriété individuelle qu'il a
choisi d'incarner personnellement le rôle du Christ et qu'il s'est laissé
mourir sur la croix. À cette époque de notre histoire, le mythe du Christ se devait de naître. La personne physique que
l'Histoire (en marche) choisirait pour l'incarner était secondaire.
Il importe donc
assez peu que Ieschoua ait été parfait ou non. Ce qui importe c'est que notre
foi en sa nature divine valide tout le processus de la chrétienté visant à
mettre un frein à la violence, à la vengeance et aux châtiments. Désormais, il
importe d'éviter à tout prix de mettre l'autre dans une position de victime. Ce
serait lui donner un pouvoir divin : celui de nous pardonner ou de nous
châtier, le pouvoir de la victime.
[1] Je distingue ici le Christ, Ieschoua et Jésus.
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Le Christ est le Messie annoncé par les prophètes dans l'Ancien Testament. Fils de Dieu, il sauve l'humanité. |
Ieschoua est la personne physique historique, ayant vécu à Nazareth. Il est mort crucifié à Jérusalem. |
Jésus est le personnage créé par le mythe entourant toute cette histoire, celui qui mobilise (ou non) notre foi. |
(Selon Claude Tresmontant, Ieschoua serait le véritable nom de Jésus.)