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Nous sommes actuellement dans une phase sociale de liberté
où chaque défaut jadis énuméré dans la liste des péchés catholiques est
maintenant promu comme « qualité ». La haine est transformée en
« affirmation de soi », l’impureté en « pulsion naturelle »,
l’infidélité en « amour », l’arnaque marchande en « économie
triomphante », l’athéisme en « vérité scientifique », l’égoïsme
en « croissance personnelle », l’égocentrisme en
« autonomie », la médisance en « nouvelle », etc. Pour que
les penchants à la faiblesse humaine soient vus comme des qualités, il s’est
agi de les décrire sous leurs aspects bénéfiques. Chaque travers de notre
humanité étant bien sûr une médaille à deux faces, le courant féministe, aidé
d’un psychologisme complaisant, a tôt fait de s’angéliser en refusant
d’admettre ses côtés sombres. Les hommes se doivent désormais de quitter leurs
caractéristiques mâles pour embrasser cet angélisme émasculé.
Ce cycle, dans lequel nous sommes, a historiquement été
brisé d’une guerre qui, déchaînant l’aspect pervers de la permissivité, donnait
libre cours à toute licence meurtrière et monstruosités diverses. Il s’en
suivait alors, comme à l’après 2e Guerre mondiale, une période où on
ressortait les bondieuseries et les bonnes intentions obligatoires pour
quelques décennies. Mais où est donc cette guerre régulatrice des comportements
humains oscillants entre le bien, gage de paisible stabilité, et le mal,
précurseur de grands bouleversements? Cette guerre serait-ce le féminisme même?
Et à ce titre, le 11 septembre 2001 peut-il s’inscrire dans ce cycle que l’on
ne pourra comprendre clairement qu’après en être sortis?
Hormis les bouleversements sociaux que le féminisme nous impose actuellement, si on regarde les comportements de chacun sans égard à l’appartenance sexuelle de son auteur, tout me porte à penser qu’une chose majeure est en train de se produire : la disparition de la sexualisation de l’individu et des comportement sociaux traditionnels s’y rattachant. L’égalité fait que ni l’homme ni la femme n’est plus le gardien de la moralité traditionnelle propre à son sexe. Jadis, l’homme rappelait la femme à ses devoirs de femme en tant que femme. Par exemple, ses devoirs de moralité envers l’éducation de ses enfants. De même, la femme rappelait à l’homme ses devoirs d’homme en tant qu’homme. C’est elle, par exemple qui le mettait en garde contre sa mollesse et son manque de volonté.
Qu’est-ce à dire? Nous sommes peut-être entrés dans une
phase d’indifférenciation, de non appartenance, de dépolarisation où tout est
bon. Et, parallèlement, tout est mal aussi puisque sans repères, chacun y va de
son propre éditorial sanctionnant ses pulsions personnelles et démontrant par une
logique « béton » les torts des autres. Sans repères, sans phare,
comment savoir la valeur de ce que nous faisons? Avec soi-même comme
autoréférence, comment vivre ensemble?
Dans un tel contexte, on ne s’interroge plus, on
soliloque. L’interaction avec l’autre ne consiste plus à un échange où on
s’intéresse à ce qu’il a à dire, où on le confronte et où nous recherchons la
vérité dans un ordre donné, mais cet autre est transformé en spectateur de
notre jugement inaliénable, attendant à notre tour que cet interlocuteur se
transforme en spectateur complaisant de nos propres jugements. Je parle, tu
m’écoutes, et tu dois me « comprendre », pour qu’ensuite, à ton tour,
tu me parles de tes divagations diverses que je me devrai d’accepter comme
opinions légitimes. Et la connivence générale nous enferme dans une solitude
vertigineuse. Parce que, celui qui est assis devant son téléviseur est seul
avec une machine à image… Seuls, sommes-nous, devant toutes ces machines à
spectacles auxquelles nous nous soumettons et en lesquelles nous nous transformons.
Comment sortir de cette coquille dans laquelle notre époque nous a insérés? Aurons-nous besoin d’une guerre? Bienheureux ceux qui hurlent à qui veut l’entendre que la guerre est une chose immonde dont il faut nous écarter à tout prix, mais cette guerre ne s’installe-t-elle pas d’elle-même quand nous nous laissons aller chacun selon nos pulsions « légitimes » sans considération pour notre bien-être commun? Et quel est-il ce bien-être commun? Qui a autorité pour le définir? À quelle autorité accepterions-nous de nous soumettre sinon à celle de la guerre et des cataclysmes?
À tant nous avertir d’arrêter de polluer, et chacun pour
soi, à tant faire la sourde oreille devant ces prophètes de malheur, l’écologie
ne va-t-elle pas un jour nous présenter sa facture autoritaire? Si nous sommes
dans un Titanic, où en sommes-nous véritablement? Avons-nous déjà frappé le
iceberg? Alors fermons les yeux et jouissons au mieux avant de périr. Sinon, il
est peut-être encore temps de faire quelque chose… Mais qui peut nous dire si
nous avons franchi le point de non-retour? Personne ne peut le dire, surtout
pas moi. Il faut croire, avoir la foi que nous n’avons pas encore frappé le
iceberg. Il faut croire, je dis bien croire, que les inconvénients auxquels
nous nous soumettrons vont contribuer à écarter le cataclysme, la colère des
dieux, comme auraient dit les anciens sages. Seule la foi peut sauver disait le
prêtre ringard à qui personne ne prête plus attention. Mais voilà, cette foi
collective en un avenir meilleur et notre engagement collectif, dur, difficile,
nous imposant des sacrifices, nous ne saurions nous y soumettre. Dans ce monde
doucereux du chacun pour soi, quel illuminé serait-il assez bête pour
entreprendre tout seul, par son ascèse personnelle, de sauver le monde alors
que l’ambiance générale est au pillage des ressources naturelles? Si
l’écologiste doit mourir comme tout le monde autant qu’il prenne sa part de
douceur avant les grands cataclysmes annoncés.
Je me trompe peut-être du tout au tout. Peut-être
sommes-nous simplement entrés dans une phase normale du dévelo