040509

Cote philosophique

par François Brooks

Je vois les médias comme un immense marché philosophique où chacun essaie de promouvoir les idées de son saint patron, son maître à penser. Il y en a pour tout le monde :

 

Machiavel, très populaire chez la gente journalistique qui couvre les guerres en général et, ces temps-ci, l'Irak en particulier ; Montesquieu et Jean-Jacques Rousseau pour les affaires juridiques et sociales ; Descartes pour l'organisation méthodique et scientifique ; Platon pour la « foule sentimentale qui a soif d'idéal » comme le chantait si bien Souchon ; Aristippe l'insurpassable, toujours en train de nous inviter à jouir sans réserve de nos sens dans une volupté et un érotisme omniprésents ; Xénophane, Augustin, Scot Érigène, Anselme de Canterbury, Thomas d'Aquin, Pascal, Spinoza, Leibniz et Kant nous présentant tous le « même » Dieu apprêté selon la saveur préférée de la station locale ; Darwin et Dawkins, l'un pour la sélection naturelle biologique, l'autre pour celle de l'esprit ; Kierkegaard et Sartre-Beauvoir revendiquant pour la liberté personnelle toujours en danger ; Marx pour l'économie, grand régulateur de tous nos échanges sociaux ; Locke et Berkeley, l'un matérialiste et l'autre spiritualiste ; et bien sûr, Voltaire par-dessus tout, pour nous rappeler que notre survie à tous dépend de notre tolérance puisque la sacro-sainte liberté d'expression inaliénable de chacun dans nos sociétés démocratiques nous révèle sans cesse que les autres ne partagent pas notre façon de voir les choses.

 

Dans cette immense pétaudière médiatique où nous sommes ballottés d'une idée à l'autre et où chacun surenchère sur la valeur de sa philosophie qu'il prétend originale et juste, j'aimerais instituer un palmarès philosophique. Chaque semaine, il nous faudrait une analyse qui rende compte de la popularité de chaque philosophie, compte tenu de l'audimat. Chaque production médiatique se verrait attribuer une appartenance relative selon le (ou les) philosophe(s) étendard(s) auquel l'esprit de cette diffusion se rattache. On pourrait ensuite, comme pour les cotes en bourse, établir une cote philosophique périodique pour se repérer.

 

Chaque émission radio ou TV, chaque journal, film etc. se verrait attribuer son inspiration philosophique :

 

*     Téléjournal : Machiavel

*     Téléroman : Sartre-Beauvoir

*     La Presse : Machiavel(8), Descartes(5), Sartre-Beauvoir(7), Marx (4)

*     Film Star War : Platon

*     Etc.

 

 Selon que l'on voudrait rendre un culte à Platon, Épicure, Machiavel, Berkeley ou Wittgenstein, nous pourrions choisir l'émission qui nous intéresse en fonction de sa « philocote ».

 

Ne serait-il pas utile de connaître la tendance et l'impact des médias qui sans cesse font sur nous des pressions philosophiques tout comme le NASDAQ fait la pluie et le beau temps sur la valeur de l'argent dans notre portefeuille. Cette « philocote » ne serait-elle pas un outil précieux pour nous assister dans notre ‘liberté' de penser par nous-mêmes?

Ã