040414

Déterminisme et impunité

par François Brooks

S'il est un système philosophique séduisant, c'est bien le déterminisme. En effet, c'est reposant de penser qu'il existe une mécanique universelle qui se passe de la volonté humaine et du libre arbitre. Plus besoin de combattre nos pulsions personnelles puisqu'elles sont naturelles. Tous mes agissements sont excusables puisqu'ils sont inscrits dans la nature et que le Grand Maître de l'Univers a tout prévu, réglé, orchestré. Je ne suis qu'un pion sur l'échiquier de la vie et Dieu décide de tous mes mouvements, même les plus répréhensibles, puisque dans son omniscience, un mal apparent et ponctuel n'est qu'une étape passagère vers un but ultime irréprochable.

Cette philosophie à l'état embryonnaire dans les oracles de l'Antiquité, fut ensuite partagée par les stoïciens, calvinistes, jansénistes et spinosistes. Elle n'a cessé de séduire selon les époques, tantôt à la sauce religieuse, tantôt à la sauce scientifique rationnelle. Mais elle a aussi provoqué chaque fois une levée de boucliers des penseurs qui craignaient que cette façon de voir les choses n'amène une débâcle d'immoralités. En effet, si le déterminisme excuse tout comportement par une explication rationnelle objective des événements, les tenants du libre arbitre perdaient leur emprise sur la volonté humaine.

Dans une lettre à son ami Oldenburg, Spinoza dissout son inquiétude en expliquant que celui qui devient enragé par la morsure d'un chien doit être excusé mais qu'on n'en sera pas moins excusé de l'étrangler suite à ses méfaits. Ainsi donc, la débâcle d'immoralités s'en trouve stoppée par la crainte d'éventuels retours néfastes.

Loin d'annoncer l'impunité devant tout acte, le déterminisme tente plutôt d'expliquer que les comportements humains sont une suite de causes et d'effets qui s'équilibrent.

Mais est-ce suffisant?

Dans son délicieux roman intitulé Candide ou l'optimisme, Voltaire pousse le raisonnement à ses limites. Candide traverse la vie en passant par les plus horribles tragédies tout en essayant de donner raison à son maître Panglos qui lui a enseigné tout jeune que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles [1].

[1] Voltaire conclut le roman en valorisant la frugalité, la famille et le travail plus que toute autre chose : « Vous devez avoir, dit Candide au Turc, une vaste et magnifique terre? — Je n'ai que vingt arpents, répondit le Turc ; je les cultive avec mes enfants ; le travail éloigne de nous trois grands maux : l'ennui, le vice et le besoin. ».

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