Réaction de Michel Brunelle
suite au texte
L'Antisyndicalisme de La
Presse
Échange courriels entre Michel Brunelle et François Brooks
* * *
2003-09-16
Monsieur Brooks
Mon nom est Michel Brunelle. En effectuant une recherche sur la toile, je suis tombé sur un texte de votre main, adressé à un certain Robert Dinelle, et intitulé l'antisyndicalisme de La Presse.
J'y lis que vous soupçonnez ce journal de m'avoir inventé (!) pour mieux exercer ce que vous appelez la manipulation de l'information.
Hé non, je ne suis pas une réalité inventée. J'existe, et mes opinions aussi, fondées sur les observations que j'ai pu faire au cours de ma vie. J'ai lu vos répliques aux textes, dont le mien, qui vous interpellaient dans ce journal. Essentiellement, vous y soutenez que l'image qu'on se fait des cols bleus de Montréal est une pure invention des médias (comme moi, je suppose...) et ne correspond en rien à la réalité.
Je suis au regret de vous dire que c'est loin d'être convaincant. Et d'ajouter que votre cas est de ceux qu'on doit classer parmi les désespérés. Quand on en est rendu ainsi au pur déni des faits, il n'y a rien qui puisse nous atteindre. Ainsi sont les croyants.
Dans mon message, que vous qualifiez de moralisateur, je vous suggérais qu'au lieu d'accuser les médias et le reste de la société de médire de vous (les cols bleus), vous devriez plutôt essayer de procéder à un examen de conscience, et vous demander si, de l'intérieur, vous ne pourriez pas faire quelque chose pour améliorer votre image collective. Et j'ai ajouté : « une fois n'est pas coutume ». Je ne croyais malheureusement pas si bien dire.
Votre réaction aura été l'exact contraire d'un examen de conscience. Tout a été remis en question, sauf vous. Vous avez redoublé vos accusations paranoïaques, blâmant la société entière de comploter contre vous, notamment par la création de toutes pièces de lecteurs fictifs chargés d'écrire contre vous dans cet organe du Grand Satan capitaliste qu'est La Presse. Franchement.
Tout vous semble préférable à une remise en question de vos dogmes, même le ridicule. Vous ne convaincrez ainsi que d'autres fondamentalistes. Quant au reste du monde, vous lui rendez votre cause odieuse. Ce n'est pas la servir.
Étonné de compter parmi les nombreuses réalités dont vous niez l'existence, je vous salue tout de même, du fond de mon néant.
Michel Brunelle
---------------------------------------------------
2003-09-17
Bonjour M. Brunelle
Merci de votre réaction, (deux ans plus tard) mais elle n'ajoute pas grand chose au débat sinon que vous continuez toujours sur le même ton moralisateur. Pire, vous devenez maintenant insultant : Voilà que je suis « un cas désespéré... un paranoïaque... dogmatique ridicule ». Dois-je vous rappeler que les injures sont les armes des faibles ? De plus, qui parle de « Grand Satan capitaliste » ? Je n'ai jamais utilisé ces termes pour désigner le journal La Presse. Vous déformez mes paroles. Tant pis pour votre crédibilité...
Face au seul fait nouveau que votre courriel apporte : votre existence, soyez assuré que je vais corriger mon erreur et mentionner votre « réelle existence » à M. Robert Dinelle et mon oncle Pierre à qui je fais suivre ce courriel tout de go. Je sais que c'est dérangeant de se faire dire qu'on n'est pas réel — tant de philosophes ont cogité si abondamment sur l'être. Je voulais justement provoquer les « anonymes » à me prendre en défaut. Mais jusqu'ici, ma thèse n'est qu'à demi infirmée. En effet, je n'ai jamais eu de réaction d'un certain Maurice Bourassa.
Vous me prouvez votre existence et le bien fondé de vos opinions sur cette seule affirmation : « J'existe, et mes opinions aussi, fondées sur les observations que j'ai pu faire au cours de ma vie. ». Bravo ! Vous avez la faculté d'observer, ceci prouve votre existence. Descartes avait prouvé son existence d'une façon similaire par son cogito. Mais pourriez-vous étoffer votre existence ? Occupez-vous un poste pertinent à l'objet du débat ? Quelle est votre expérience du travail manuel ? Que connaissez-vous de la Ville de Montréal en rapport avec ses cols bleus qui ne vienne pas des médias qui vous abreuvent ? Quand vous affirmez que la Ville de Montréal n'a pas la moindre difficulté à recruter tous les cols bleus dont elle a besoin, sur quoi vous basez-vous ? Votre bon sens ? Votre opinion ?... René Descartes disait que la chose la mieux répartie au monde est le bon sens... En effet, personne ne se plaint d'en manquer. Avez-vous déjà entendu quelqu'un dire : « C'est dommage, je manque de bon sens. J'aimerais bien en avoir davantage. » Bon, c'est reconnu, comme tout le monde vous êtes plein de bon sens. Maintenant, pourriez-vous sortir un peu de votre « opinionisme » et nous les étoffer un peu, ces opinions, avec des faits S.V.P. ?
Que pensez-vous de ce typographe dont je parle (un fait) et qui a été floué (pour ne pas dire escroqué) par La Presse ? Ce pauvre homme a-t-il seulement retenu votre attention ? Pourquoi pensez-vous que La Presse cherche à dénigrer les cols bleus seulement à certains moments qui coïncident avec nos négociations syndicales (un fait) ? Si nous sommes si méchants que ça (un fait démontré par La Presse, n'est-ce pas ?), pourquoi ne le sommes-nous pas tout le temps ? Et si nous le sommes tout le temps, pourquoi La Presse n'en parle-t-elle pas tout le temps ? Pourquoi les autres journaux (comme Le Devoir, le Journal de Montréal ou le Journal Métro) ne dénoncent-ils pas aussi constamment ces méchancetés ? Que connaissez-vous des médias ? Vous lisez La Presse ? Vous est-il déjà arrivé de vous intéresser à la « construction » d'une nouvelle? Avez-vous lu Pierre Berthiaume, Le journal piégé ou l'art de trafiquer l'information, (vlb éditeur © 1981) ? (Allez-vous insulter aussi ce professeur en communication de l'Université d'Ottawa en le traitant de paranoïaque comme moi ?)
De quel déni des faits m'accusez-vous ? Rien dans les faits que je dénonce ne retient votre attention. À aucun moment dans votre argumentation vous n'amenez quoi que ce soit de concret. Que des jugements rattachés à rien de factuel, aucune nuance, vous me condamnez en bloc. Qui de vous ou de moi dénie les faits ? Votre « existence » n'est en rien différente de cent autres opinions qu'a reçu le journal La Presse après sa propagande anti-cols bleus ? Ils n'ont eu que l'embarras du choix dans cette foule « crinquée » contre nous. Voilà bien l'anonymat que je dénonce. N'oubliez pas le pouvoir de la victime... Il devient ensuite facile de nous défendre : selon les valeurs actuelles de notre société, un agresseur a toujours tort.
Les cols bleus ne sont ni meilleurs ni pires que n'importe quelle autre catégorie de travailleurs. La loi du 80-20 joue pour eux comme partout ailleurs. Dans un groupe donné on trouve généralement 80% de travailleurs raisonnablement productifs et 20% d'extrêmes : 10% de fainéants et 10% de zélés. Ne porter son regard que sur la petite proportion de fainéants ne discrédite pas tout le groupe mais plutôt l'observateur (et dans le cas qui nous occupe ici, La Presse). En effet, puisque, cette loi du 80-20 s'applique aussi aux lecteurs du journal, les 80% de lecteurs capables de nuancer leur lecture vont savoir que le journal qu'ils lisent essaie de les embobiner pour un enjeu politique sur lequel on ne les a pas suffisamment informés pour que leur jugement soit véritablement objectif. Dans ce 80-20, où vous situez-vous M. Michel Brunelle ? Jusqu'ici, vous me semblez faire partie du 20% facilement manipulable prêt à jeter la première pierre... à M. Lapierre (excusez le jeu de mot). Soit dit en passant, M. Jean Lapierre a pris sa retraite fier d'être devenu le héros fabriqué en partie par une presse calomniatrice. On pense jouir d'un libre arbitre mais il y a des mécanismes qui agissent tout seul et pas toujours dans le sens que l'on voudrait, n'est-ce pas ? Vous auriez voulu que M. Lapierre soit discrédité par la propagande de La Presse, c'est exactement le contraire qui s'est produit. Il est très respecté et consulté dans les milieux syndicaux. Il sert maintenant d'exemple à la relève. Combien de travailleurs, sous leur haine du personnage, ne cachent-ils pas leur dépit de ne pas l'avoir comme défenseur de leurs droits auprès de leur employeur ? Et nos salaires, pourquoi les dénoncez-vous ? Par jalousie ? Pourquoi faudrait-il niveler toujours par le bas ? Pourquoi le tour de force de Jean Lapierre d'obtenir des conditions décentes de travail pour des employés manuels faisant un sale travail vous indispose-t-il ?
Tout ce que vous affirmez dans cette lettre moralisatrice et insultante relève d'une attitude « opinioniste » dogmatique et c'est moi que vous traitez de fondamentaliste ? Je ne vous ferai pas l'affront de vous demander de faire un examen de conscience ; ces termes font partie du jargon religieux catholique moralisateur que je n'utilise plus depuis longtemps. Il y a longtemps que je n'incite plus personne à la culpabilité. La seule chose que j'exige, c'est le respect de l'autre. Et cette exigence, je me l'impose d'abord à moi-même. C'est pourquoi je m'abstiens de penser quoi que ce soit de vous puisque je ne vous connais pas. À cet effet, j'aimerais attirer votre attention sur le fait qu'à aucun moment de mon argumentation, ici, je ne désire vous mettre personnellement en cause. Je ne peux rien dire sur vous, je ne vous connais pas. Se connaît-on jamais soi-même, comment pourrions-nous connaître quelqu'un d'autre ? Mais vos opinions, arguments et jugements, me le concéderez-vous, à moins que vous ne soyez vous-même dogmatique, ne sont-ils pas discutables ?
Ceci dit, si je retiens quelque chose de votre participation à ce débat, c'est moins votre opinion que la faiblesse de votre argumentation. Vous n'avez avancé jusqu'ici que des lieux communs sur la voie pavée par La Presse. C'est dommage, j'aurais véritablement mieux apprécié que vous ayez l'habileté de m'ouvrir les yeux que vous prétendez fermés. Je ne crois pas tout savoir sur le sujet et je suis prêt à réviser mon opinion si on m'apporte des faits convaincants. Tout le monde a droit à son opinion et au respect de celle-ci. Une opinion en vaut une autre et chacun peut toujours causer... Mais apportez-moi des faits convaincants, surprenez-moi et vous pourrez faire tourner mon discours. Je vous écoute.
En terminant, n'oubliez pas que je suis une personne et non pas tout un groupe. Alors si vous pensez me faire faire un « examen de conscience », c'est tout examiné. Je suis un des éléments les plus qualifiés et les plus productifs de mon département. Je peux apporter des faits pour le prouver : Mes supérieurs vous le confirmeront volontiers.
Je vous remercie de m'avoir fourni l'occasion de préciser ma pensée dans un débat auquel vous contribuez à donner de l'importance par votre opinion, quelle qu'elle soit.
Je vous adresse mes salutations distinguées.
François Brooks
www.philo5.com
---------------------------------------------------
2003-09-17
Bonjour M. Brooks.
Au risque de passer pour un imitateur de Schopenhauer, ou, pire, de sembler vouloir avoir toujours raison, je vais employer la méthode que vous dites sienne pour vous répondre. Veuillez ne pas vous en formaliser outre-mesure.
Ainsi.
Bonjour M. Brunelle
Merci de votre réaction, (deux ans plus tard)
Si je ne vous ai répondu qu'hier, c'est simplement que ce n'est qu'hier que j'ai pris connaissance de vos messages. Pas besoin de deux ans pour leur trouver une réplique...
mais elle n'ajoute pas grand chose au débat sinon que vous continuez toujours sur le même ton moralisateur. Pire, vous devenez maintenant insultant : Voilà que je suis « un cas désespéré... un paranoïaque... dogmatique ridicule ». Dois-je vous rappeler que les injures sont les armes des faibles ?
Avant de me le rappeler, souvenez-vous en vous même, qui avez traité les chauffeurs de taxi d'assassins. Je crois que la balance de la faiblesse penche largement de votre côté.
De plus, qui parle de « Grand Satan capitaliste »? Je n'ai jamais utilisé ces termes pour désigner le journal La Presse. Vous déformez mes paroles. Tant pis pour votre crédibilité...
Vous n'avez pas employé ces termes, mais vous avez écrit :
Celle d'une opinion basée sur la présentation d'une réalité journalistique qui est financée par une société publicitaire ? Quel est la valeur de ce monde qui, sans même s'en cacher ne vise que ses intérêts financiers ?
Comme on peut le constater, Michèle Ouimet gagne sa vie parce qu'un patron antisyndicaliste la paye pour écrire des articles contre les syndicats bien organisés.
Sans couilles et désinformée elle ne peut compter que sur la grosse diffusion que lui donne le journal propagandiste qu'elle représente pour faire passer les opinions de son boss.
Ce n'est pas tout le monde qui peut gagner sa vie sans avoir à prostituer sa liberté de penser à un boss.
Et pour cause, ces articles doivent représenter l'opinion des commanditaires qui payent ce journal sans lesquels il n'existerait pas.
J'ai eu ma preuve personnelle de la manipulation de l'information journalistique à laquelle ils se livrent et pour moi, ils n'ont plus aucune crédibilité.
Ces textes ne sont ancrés dans rien. On ne connaît rien de ces auteurs, ni leur métier ni où ils habitent ni courriel : des fantômes. Ils auraient aussi bien pu être écrits par Michèle Ouimet et/ou son boss eux-mêmes.
Si je voulais avoir un col bleu paresseux, incompétent déprimé et anti-syndicaliste, j'organiserais une propagande de presse pour le convaincre que son chef syndical est un bandit, je lui dirais qu'il ne mérite pas la moitié du salaire qu'il touche, je le ridiculiserais à la moindre occasion et je ne manquerais pas de faire un grand tapage à la moindre de ses bévues.
En substance, si ce n'est pas textuellement, vous reprenez la rhétorique paranoïaque du prolétaire persécuté par le capital qui contrôle les médias. Soit dit en passant, si ces mots vous déplaisent — c'est très compréhensible —, il ne faut toutefois pas y lire d'intention injurieuse. Ce n'est qu'un constat, qui me consterne, croyez-le. Pour ce qui est de la crédibilité, la vôtre ne s'en porterait que mieux si, dorénavant, vous vous attachiez davantage au fond qu'à la forme, au sens qu'à la lettre, dans votre lecture.
Face au seul fait nouveau que votre courriel apporte : votre existence, soyez assuré que je vais corriger mon erreur et mentionner votre « réelle existence » à M. Robert Dinelle et mon oncle Pierre à qui je fais suivre ce courriel tout de go. Je sais que c'est dérangeant de se faire dire qu'on n'est pas réel — tant de philosophes ont cogité si abondamment sur l'être. Je voulais justement provoquer les « anonymes » à me prendre en défaut. Mais jusqu'ici, ma thèse n'est qu'à demi infirmée. En effet, je n'ai jamais eu de réaction d'un certain Maurice Bourassa.
Cette déclaration serait anodine, voire hors d'ordre, si vous ne vous serviez pas de ce fait pour soutenir encore que ce M. Bourassa n'existe pas. Pas très perméable au doute, vous, pour quelqu'un qui cite Descartes à tout bout de champ. Il ne vous est jamais venu à l'esprit que ce monsieur avait très peu de chance de tomber sur votre site ? Par ailleurs, vous êtes-vous demandé si vous-même n'étiez pas juste une invention de La Presse, puisque le texte qu'ils ont publié de vous — après l'avoir horriblement travesti — servait leurs intérêts antisyndicaux ? (Parenthèse : les journalistes de La Presse sont membres du Syndicat de l'information, CSN)
Vous me prouvez votre existence et le bien fondé de vos opinions sur cette seule affirmation : « J'existe, et mes opinions aussi, fondées sur les observations que j'ai pu faire au cours de ma vie. »
Je ne prétends pas par là prouver le bien-fondé de mes opinions. Juste ironiser un peu, d'une part, et poser, d'autre part, que mes opinions ne me sont dictées par personne, et ne s'alignent sur aucune allégeance solidaire, elles.
Bravo ! Vous avez la faculté d'observer, ceci prouve votre existence. Descartes avait prouvé son existence d'une façon similaire par son cogito. Mais pourriez-vous étoffer votre existence ? Occupez-vous un poste pertinent à l'objet du débat ?
Voilà le fameux sophisme de l'initié qui seul peut comprendre. Pas besoin d'être boucher, Monsieur, pour savoir quand la viande est pourrie, ou d'avoir élevé des enfants pour reconnaître une couche pleine de merde. Je me prononce en ma qualité de citoyen de Montréal, ce qui me donne tous les droits de le faire.
Quelle est votre expérience du travail manuel ? Que connaissez-vous de la Ville de Montréal en rapport avec ses cols bleus qui ne vienne pas des médias qui vous abreuvent ?
Toujours le sophisme cité plus haut. Ce que je sais des cols bleus de Montréal est basé sur un peu d'observation personnelle, et beaucoup d'information médiatique. Mais ne vous y trompez pas : comprenez que moi, quand la télévision me montre des cols bleus en train de défoncer une porte de l'Hôtel de Ville, je ne crois pas à un coup monté par les médias. Je suis persuadé — manipulé que je suis — qu'il s'agit bien de cols bleus en train de défoncer une porte de l'Hôtel de Ville. À partir de là, je n'ai pas besoin qu'on me dise quoi en penser — ou ne pas en penser.
Quand vous affirmez que La Ville de Montréal n'a pas la moindre difficulté à recruter tous les cols bleus dont elle a besoin, sur quoi vous basez-vous ? Votre bon sens ?
Oui. Affirmez-vous le contraire ?
Votre opinion... René Descartes disait que la chose la mieux répartie au monde est le bon sens... En effet, personne ne se plaint d'en manquer. Avez-vous déjà entendu quelqu'un dire : « C'est dommage, je manque de bon sens. J'aimerais bien en avoir davantage. » Bon, c'est reconnu, comme tout le monde vous êtes plein de bon sens. Maintenant, pourriez-vous sortir un peu de votre « opinionisme » et nous les étoffer un peu, ces opinions, avec des faits S.V.P. ?
Allez-y, Monsieur l'Initié. Prouvez-moi que la Ville a de la difficulté à recruter des cols bleus. Depuis quand, d'ailleurs, n'en a-t-elle recruté ? Combien d'élus sur combien d'aspirants ? Combien de temps sur les listes ?
Que pensez-vous de ce typographe dont je parle (un fait) et qui a été floué (pour ne pas dire escroqué) par La Presse ? Ce pauvre homme a-t-il seulement retenu votre attention ?
Je ne connais pas ce cas, les seules « informations » que j'en aie me parvenant de vous. Vous comprendrez aisément que, dans ces circonstances, je ne m'aventurerais pas à m'en faire une opinion... Je vous souligne, au passage, que la chose est quelque peu hors d'ordre dans notre discussion sur les cols bleus et le traitement que leur accordent les médias. Ah non, c'est vrai : l'antisyndicalisme, le complot... pardon d'avoir oublié...
Pourquoi pensez-vous que La Presse cherche à dénigrer les cols bleus seulement à certains moments qui coïncident avec nos négociations syndicales (un fait) ?
Parce que c'est à ce moment-là que les cols bleus se déchaînent (des faits). Vous n'aviez pas remarqué ?
Si nous sommes si méchants que ça (un fait démontré par La Presse, n'est-ce pas ?), pourquoi ne le sommes-nous pas tout le temps ?
Chacun a ses périodes de rémission.
Et si nous le sommes tout le temps, pourquoi La Presse n'en parle-t-elle pas tout le temps ?
Demandez-le leur. Ça ne prouve pas grand-chose.
Pourquoi les autres journaux (comme Le Devoir, le Journal de Montréal ou le Journal Métro) ne dénoncent-ils pas aussi constamment ces méchancetés ?
C'est vous qui l'affirmez. Tant cela serait-il vrai, comme je lis plusieurs journaux, et regarde plusieurs réseaux, mes informations sont diversifiées.
Que connaissez-vous des médias ? Vous lisez La Presse ? Vous est-il déjà arrivé de vous intéresser à la « construction » d'une nouvelle ? Avez-vous lu Pierre Berthiaume, Le journal piégé ou l'art de trafiquer l'information, (vlb éditeur ©1981) ? (Allez-vous insulter aussi ce professeur en communication de l'Université d'Ottawa en le traitant de paranoïaque comme moi ?)
Pourquoi pas ? Un pape ? Contrairement à vous, je suis insensible au name-dropping. Affirmerez-vous que sa thèse fait l'unanimité ? Faut-il l'avoir adoptée pour prétendre savoir lire ?
De quel déni des faits m'accusez-vous ?
Vous étiez prêt à nier mon existence, et continuez à nier, « faute de preuves contraires », celle de ce M. Bourassa. Par ailleurs, vous affirmez que ce que disent les journaux (les faits, pas les opinions) est faux, qu'ils inventent les histoires de cols bleus qu'ils publient. C'est déjà un beau bilan. C'est vous qui revenez constamment sur la crédibilité ?
Rien dans les faits que je dénonce ne retient votre attention. À aucun moment dans votre argumentation vous n'amenez quoi que ce soit de concret.
Vous voulez du concret. En route.
D'un côté, les médias qui me montrent des cols bleus, casqués et masqués, armés de bâtons de baseball, qui défoncent une porte de l'Hôtel de Ville (est-ce qu'on s'entend pour dire que ces images télévisées n'étaient pas truquées ?). D'un autre côté, votre plaidoyer (en substance) : Voyons donc ! Ce n'est qu'une simple porte ! En plus, ils l'ont payée avec leur propre argent, ces anges. Qu'ont tous ces antisyndicalistes à s'acharner sur ces pauvres victimes du système ?
Faut-il se taper la tâche de vous rappeler, Monsieur, qu'une porte est autre chose qu'un simple rectangle de bois ? Que la violer lorsqu'elle est close signifie bien davantage que l'avarie d'un objet inanimé ? Est-il donc nécessaire de porter à votre attention (détournée) que, derrière cette porte, s'exerçait la démocratie par le biais d'un conseil municipal élu — certes ouvert au public, en autant que celui-ci ne soit pas composé de gens casqués, masqués, armés et vociférant comme une bande d'enragés ? (Des faits)
Des cols bleus qui agressent une ministre jusque devant sa résidence privée (un fait). Des cols bleus qui envahissent violemment le congrès d'un parti politique (un fait). Des cols bleus qui séquestrent, intimident et molestent des contremaîtres (des faits). On appelle ça de la violence, et c'est condamnable dans toute société civilisée. Pas nécessaire de venir plaider l'évidence que ce ne sont pas tous les cols bleus qui agissent ainsi, cela ne m'échappe pas. Mais ces exemples sont représentatifs d'une culture qui ne se dément pas, et que je ne vous ai pas vu condamner, bien au contraire : « C'est rien qu'une porte... »
Je passe par-dessus les heures passées à la taverne aux frais des contribuables, sous l'œil de caméras cachées. Par dessus l'usage personnel de l'équipement municipal, prouvé lui aussi par des caméras. Après tout, ces vols à la collectivité n'étaient pas violents...
Votre réponse ? « Tout est une invention des médias. » Monsieur, ou vous êtes de mauvaise foi, ou vous êtes imbécile. Je crois qu'il faut rejeter la deuxième option.
Que des jugements rattachés à rien de factuel,
Pardon. Des faits, rien que des faits. Ouvrez-vous les yeux, à la fin !
aucune nuance, vous me condamnez en bloc.
Je ne vous condamne pas en tant que col bleu, je suis persuadé au contraire que vous, et bon nombre de vos collègues, êtes parfaitement consciencieux. Ce que je condamne, c'est le corporatisme qui, se mettant les gants de la so-so-so solidarité, défend les actes et avanies que j'ai énoncés, taxant tous ceux qui s'en offusquent d'antisydicalisme propre aux manipulés médiatiques. Pour ce qui est des nuances, je me répète, mais quand vous aurez fini de traiter les chauffeurs de taxi d'assassins, vous pourrez commencer à en étudier le concept.
Qui de vous ou de moi dénie les faits ?
Je ne les dénie pas, je les énumère.
Votre « existence » n'est en rien différente de cent autres opinions qu'a reçu le Journal La Presse après sa propagande anti-cols bleus ? Ils n'ont eu que l'embarras du choix dans cette foule « crinquée » contre nous.
Je n'ai jamais été « crinqué » contre vous, ni contre personne ou quoi que ce soit, par qui que ce soit. Je n'adhère à aucune ligne de parti ou de syndicat. Je suis un libre penseur, sujet aux erreurs bien sûr, mais libre. Je ne sais pas si on peut en dire autant de vous, qui véhiculez un discours très aligné. Mes opinions sur ce sujet sont issues de ma morale et de l'observation de tous les faits qui ont été portés à mon attention, suffisants à ce jour pour les justifier dix fois plutôt qu'une.
Voilà bien l'anonymat que je dénonce.
De quoi parlez-vous ? J'ai l'air de quelqu'un qui se cache ? J'ai signé ma lettre à La Presse, tout comme vous. Je vous écris de mon ordinateur à la maison. Voulez-vous avoir mon numéro d'assurance sociale en plus ? Mon adresse, peut-être ? Ainsi, M. Lapierre pourrait venir m'évangéliser, avec une poignée de missionnaires de 200 lbs...
N'oubliez pas le pouvoir de la victime... Il devient ensuite facile de nous défendre : selon les valeurs actuelles de notre société, un agresseur a toujours tort.
Là, j'avoue bien humblement ne pas saisir le rapport avec ce qui suit ou précède, ni où vous voulez en venir.
Les cols bleus ne sont ni meilleurs ni pires que n'importe quelle autre catégorie de travailleurs. La loi du 80/20 joue pour eux comme partout ailleurs. Dans un groupe donné on trouve généralement 80% de travailleurs raisonnablement productifs et 20% d'extrêmes : 10% de fainéants et 10% de zélés. Ne porter son regard que sur la petite proportion de fainéants ne discrédite pas tout le groupe mais plutôt l'observateur (et dans le cas qui nous occupe ici, La Presse).
Parfaitement d'accord sur la loi du 80-20. Mais cette proportion est peut-être un peu différente chez les cols bleus de Montréal, à cause de la culture de groupe dont j'ai fait état, et dont les frasques de M. Lapierre et cie (des faits, pas des inventions de La Presse) ne sont que le symptôme. Bravo aux valeureux qui exercent honorablement leur métier. Haro sur les autres, et sur ceux qui les défendent. Vos plaidoyers me forcent hélas à vous placer dans le groupe des défenseurs de ces « autres », même si, je le répète, je suis persuadé que vous ne faites pas partie de ces « autres ». Vous les défendez par, direz-vous, solidarité. Moi, j'appelle ça du corporatisme, et c'est ça que je condamne ici, et rien d'autre.
En effet, puisque, cette loi du 80-20 s'applique aussi aux lecteurs du journal, les 80% de lecteurs capables de nuancer leur lecture vont savoir que le journal qu'ils lisent essaie de les embobiner pour un enjeu politique sur lequel on ne les a pas suffisamment informés pour que leur jugement soit véritablement objectif. Dans ce 80-20, où vous situez-vous M. Michel Brunelle ?
Je ne lis pas qu'un journal, je l'ai dit. J'estime avoir assez de jugement pour reconnaître un vendeur de salades, fût-il issu des médias ou des syndicats. Parlant de médias, si vous saviez le nombre et la dureté des critiques que je leur adresse, vous seriez peut-être jaloux. Ils sont mieux de se lever de bonne heure pour m'endormir — et vous aussi. Par ailleurs, vos informations, non issues des médias, et qui vous permettent de vous en passer, et d'ainsi échapper au lavage de cerveau, pour en arriver à une opinion si éclairée, d'où les tenez-vous ? Quelles sont vos sources, à part M. Berthiaume ? Ça m'intéresse de comparer leur objectivité à celle de l'ensemble des médias qui constituent l'essentiel de ma maigre source d'information.
Jusqu'ici, vous me semblez faire partie du 20% facilement manipulable prêt à jeter la première pierre... à M. Lapierre (excusez le jeu de mot).
Je vous retourne le compliment, Monsieur. Vous, qui vous manipule ?
Soit dit en passant, M. Jean Lapierre a pris sa retraite fier d'être devenu le héros fabriqué en partie par une presse calomniatrice.
Tiens, j'ai ma réponse. Vous aviez donc prévu ma question ? Fort. Les images que j'ai vues à la télévision ne sont pas des calomnies, mais des faits, que vous déniez encore, et dénierez toujours. Les paroles que j'ai entendu M. Lapierre prononcer devant les caméras sont bel et bien de lui, aussi. Prétendrez-vous qu'il les a prononcées pour satisfaire au complot médiatique ? Je vous cite une déclaration, de mémoire. M. Lapierre a prétendu que les événements de l'Hôtel de Ville avaient échappé à son contrôle et qu'il ne pouvait absolument pas les prévoir. Ben oui. Arriver avec un autobus plein de gros bonhommes survoltés avec des casques et masques de hockey, et des bâtons (pas de hockey, cette fois, de baseball), comment aurait-il pu s'imaginer un seul instant, l'innocent homme, que les règles de la plus stricte bienséance seraient le moindrement outrepassées ? Très crédible, ce M. Lapierre. Et aussi ceux qui lui donneraient le bon Dieu sans confession.
On pense jouir d'un libre arbitre mais il y a des mécanismes qui agissent tout seul et pas toujours dans le sens que l'on voudrait, n'est-ce pas ? Vous auriez voulu que M. Lapierre soit discrédité par la propagande de La Presse, c'est exactement le contraire qui s'est produit. Il est très respecté et consulté dans les milieux syndicaux.
Pas tous, loin s'en faut. Maintenant, la chose se comprend si on adopte la logique corporatiste voulant que tous les moyens soient bons pour arriver à ses fins. À ce chapitre, il excelle, force m'est de l'admettre. En fait, il n'y a que la mafia et les motards pour le surpasser. Félicitations.
Il sert maintenant d'exemple à la relève.
Ça va être beau...
Combien de travailleurs, sous leur haine du personnage, ne cachent-ils pas leur dépit de ne pas l'avoir comme défenseur de leurs droits auprès de leur employeur ?
Encore une fois, ce que vous dites, c'est que tous les moyens sont bons. Éloquente défense.
Et nos salaires, pourquoi les dénoncez-vous ? Par jalousie ? Pourquoi faudrait-il niveler toujours par le bas ?
Je ne dénonce pas vos salaires. Je les mets en évidence pour dénoncer ceux qui, tout en les recevant, trouvent le moyen de poser en victimes et de se lamenter. C'était d'ailleurs là le leitmotiv de ma lettre au journal, je vous le rappelle. Vous m'accusez de déformer vos paroles, dont je n'avais que reproduit l'esprit, tandis que vous, vous travestissez ma pensée.
Pourquoi le tour de force de Jean Lapierre d'obtenir des conditions décentes de travail pour des employés manuels faisant un sale travail vous indispose-t-il ?
Décentes !!? Euphémisme d'anthologie ! Tour de force, obtenir quelque chose de la Ville de Montréal !!? En prenant toute la population en otage — quand ce n'est pas des individus ? C'est à la portée du premier bandit venu.
Tout ce que vous affirmez dans cette lettre moralisatrice et insultante relève d'une attitude « opinioniste » dogmatique et c'est moi que vous traitez de fondamentaliste ?
Oui, car ce que vous dites de moi, il appert que je le pense de vous. Ça va pas ben...
Je ne vous ferai pas l'affront de vous demander de faire un examen de conscience ; ces termes font partie du jargon religieux catholique moralisateur que je n'utilise plus depuis longtemps. Il y a longtemps que je n'incite plus personne à la culpabilité.
D'accord pour changer de terme. Je vous invite donc — en vain — à une autocritique. Pas dans un but de culpabilisation, mais d'amélioration, sinon de vous, du moins de votre discours, et, partant, de votre groupe.
La seule chose que j'exige, c'est le respect de l'autre. Et cette exigence, je me l'impose d'abord à moi-même.
J'aimerais bien vous croire. Mais j'ai toujours ce mot d'assassins à la mémoire. Il entame durement la crédibilité de cette belle profession de foi.
C'est pourquoi je m'abstiens de penser quoi que ce soit de vous (...)
Ça ne paraît pas trop trop...
(...) puisque je ne vous connais pas.
À cet effet, j'aimerais attirer votre attention sur le fait qu'à aucun moment de mon argumentation, ici, je ne désire vous mettre personnellement en cause. Je ne peux rien dire sur vous, je ne vous connais pas. Se connaît-on jamais soi-même, comment pourrions-nous connaître quelqu'un d'autre ? Mais vos opinions, arguments et jugements, me le concéderez-vous, à moins que vous ne soyez vous-même dogmatique, ne sont-ils pas discutables ?
Toutes les opinions sont discutables, les vôtres aussi, et c'est pour ça que nous sommes là, n'est ce pas ?
Ceci dit, si je retiens quelque chose de votre participation à ce débat, c'est moins votre opinion que la faiblesse de votre argumentation.
J'en pense autant et davantage de la vôtre.
Vous n'avez avancé jusqu'ici que des lieux communs sur la voie pavée par La Presse.
Ces « lieux communs » valent bien votre ligne de parti. J'ai déjà expliqué ma démarche, vous pouvez relire.
C'est dommage, j'aurais véritablement mieux apprécié que vous ayez l'habileté de m'ouvrir les yeux que vous prétendez fermés.
Je ne fais pas de miracles.
Je ne crois pas tout savoir sur le sujet et je suis prêt à réviser mon opinion si on m'apporte des faits convaincants. Tout le monde a droit à son opinion et au respect de celle-ci. Une opinion en vaut une autre et chacun peut toujours causer... Mais apportez-moi des faits convaincants, surprenez-moi et vous pourrez faire tourner mon discours. Je vous écoute.
Vous m'avez lu. J'attends à mon tour.
En terminant, n'oubliez pas que je suis une personne et non pas tout un groupe. Alors si vous pensez me faire faire un « examen de conscience », c'est tout examiné. Je suis un des éléments les plus qualifiés et les plus productifs de mon département. Je peux apporter des faits pour le prouver : Mes supérieurs vous le confirmeront volontiers.
Superflu. Mais là n'est pas la question. Je ne me permettrais pas de dénoncer votre travail, Monsieur, jusqu'à ce que j'aie eu la preuve improbable que vous le mériteriez. Ce que je dénonce, c'est votre défense corporatiste des actes répréhensibles de bon nombre de vos collègues, vos lamentations de travailleur exploité et mal compris, votre apologie inconditionnelle de Jean Lapierre, et le blâme que vous faites aux médias pour avoir porté ces faits à ma connaissance.
Je vous remercie de m'avoir fourni l'occasion de préciser ma pensée dans un débat auquel vous contribuez à donner de l'importance par votre opinion, quelle qu'elle soit.
Merci à vous, tout le plaisir était pour moi.
Je vous adresse mes salutations distinguées.
Et moi les miennes, ainsi qu'à vos oncle et ami à qui, je n'en doute pas un instant, vous convoierez cet échange.
Michel Brunelle
---------------------------------------------------
2003-09-18
Bonjour M. Brunelle
Merci d'avoir répondu à ma réplique avec une telle célérité. Vous y mettez du cœur, ça m'émeut.
Vous écrivez très bien, sans faute. Votre pensée m'apparaît clairement. Vous êtes agréable à lire.
À voir la vivacité avec laquelle vous défendez votre opinion, je comprends que vous vous soyez piqué que j'aie pu prétendre que vous n'existiez que dans l'imaginaire d'une Presse moralisatrice vendue aux intérêts de ceux qui y achètent leur espace publicitaire. Vous avez une verve admirable, très vivante et, bien que vous m'en mettiez en garde, vous manipulez vous-même le sophisme avec une habileté qui suscite mon admiration. Vous êtes très combatif : pas une phrase, ou presque, que vous n'ayez pris sur la défensive. Vous vous êtes acharné méthodiquement, à me tailler en pièces. Je sens que vous avez lu L'art d'avoir toujours raison de Schopenhauer ou sinon, ne perdez pas votre temps à le faire, il n'a rien à vous apprendre. Je suis flatté que vous me prodiguiez tant d'énergie.
Je dois reconnaître que je vous avais d'abord sous-estimé. On gagne à croiser le fer verbal avec vous. Vous vous défendez très bien. Quoique je me demande un peu ce que vous auriez pu m'opposer si je n'avais pas moi-même commis la bévue de généraliser sur les chauffeurs de taxis « assassins » (Elle vous a servi celle-là hein ! Est-ce qu'une bévue « renotée » trois fois vaut trois bévues ?). Soit dit en passant, si vous étiez cycliste comme moi et que l'un d'eux vous avait rentré dedans avec son taxi, sans compter tous les autres que je suis parvenu à esquiver, vous ne les auriez probablement pas en odeur de sainteté non plus. Ceci dit, nous sommes tous les deux capables de la faiblesse d'insulter. Ça nous rapproche et ça vous rend plus humain à mes yeux. Mais user de cet argument à outrance, au contraire de me disqualifier, ne fait que montrer la pauvreté de votre répartie sur ce point. Je dois cependant reconnaître que vous avez, dans ce courriel, rajusté votre tir vous rendant ainsi à mes yeux un adversaire rhétorique beaucoup plus estimable : Vous ne m'avez plus insulté qu'une seule fois en réitérant votre insulte de « paranoïaque » mais précisant que ce n'est pas une insulte mais un fait. (Double insulte. Comme manipulation du sophisme, je n'ai rien à vous apprendre)
Oui, je fais ce que vous dénoncez comme du « Name dropping ». Je suis habité par mes lectures, mes rencontres et mes expériences. Je n'en ai pas honte. Je n'ai pas la prétention d'être original. Tout ce que je dis m'a été appris. Je suis un bête perroquet et je le sais. À cet effet, si le « Name Dropping » vous menace, je n'ai rien de mieux à vous conseiller que de vous instruire. Et pourquoi ne pas commencer par connaître, ne serait-ce que sommairement, les 90 philosophes qui constituent la base de notre pensée occidentale ? Voici un lien qui vous les rendra facilement accessible : Les philosophes.
Le terme de « Name dropping » est utilisé généralement par deux catégories de personnes : 1. Ceux qui connaissent peu les auteurs et qui ont peur de se sentir coincés dans leur ignorance et 2. Ceux qui pensent connaître et invalident la connaissance des autres en prétendant connaître « véritablement » les auteurs que les autres citent. Exercice de poudre aux yeux qui consiste à noyer le poisson de la connaissance. Pour ma part, je ne fais partie de ni l'une ni l'autre de ces catégories. Quand on me nomme un auteur que je devrais connaître, j'ai plaisir à avouer mon ignorance et à m'instruire. Aussi, si je connais l'auteur qu'on me cite, je reconnais volontiers que la connaissance que j'en ai ne peut être que limitée et biaisée par l'interprétation de mes lectures. (Chaque lecteur est, quand il lit, le propre lecteur de soi-même. L'ouvrage de l'écrivain n'est qu'une espèce d'instrument optique qu'il offre au lecteur afin de lui permettre de discerner ce que sans ce livre, il n'eut peut être pas vu en soi même. Marcel Proust)
Oui, je suis solidaire du groupe qui, faut-il le rappeler, bien avant de devoir se battre pour des conditions décentes de travail, est avant tout au service d'une population et est fier de l'être.
Mais après ce débat qu'y avons-nous gagné ? Dans un premier temps, j'essaie de démontrer que notre salaire tant décrié est largement mérité. Vous n'êtes pas convaincu. Comment expliquer dans une lettre l'odeur des détritus l'atmosphère des égouts, les -30˚ l'hiver, les conditions dangereuses et tout le reste ? L'expérience du travail manuel ça ne s'explique pas, ça se vit. (Sans être boucher, vous savez reconnaître la viande pourrie... mais, au contraire de nous, vous n'y avez jamais goûté.) Je comprends que vous ne puissiez comprendre. Je perds mon temps et vous le vôtre. Nous vivons dans deux mondes et notre dialogue est un dialogue de sourds. J'ai une formation classique et une articulation intellectuelle semblable à la vôtre. Mais du côté manuel, nos mondes se séparent. Et, loin de manifester de l'intérêt pour celui-ci, vous réclamez le privilège de pouvoir juger sans connaître. C'est bien ce que j'appelle de « l'opinionisme ». Vous avez droit à votre opinion. Je la comprends et je la respecte.
Dans un deuxième temps, La Presse publie mon texte qu'ils adaptent en vue de présenter leur optique à leurs lecteurs et « chauffer la salle » en période de négociation. (Ont-ils modifié votre texte à vous ? Pas besoin : Vous êtes tombé dans le panneau et vous écrivez exactement ce qu'ils veulent publier.) Ensuite, je dénonce l'imposture. Et quatrièmement, vous défendez la position du journal qui nourrit vos opinions comme si on s'attaquait à vous personnellement. Journal, me semble-t-il avec lequel vous n'entretenez aucun rapport sinon que vous prenez ce qu'il publie comme argent comptant. J'ai un ami ambulancier, M. Claude Giguère qui me disait dernièrement pourquoi il n'achetait plus aucun journal depuis longtemps. Lors d'un accident ou sur une scène de drame, il est le premier à constater, à voir et à vivre personnellement ce qui se passe véritablement. Ce qu'il lisait était si différent de la réalité qu'il sait maintenant à quoi sert véritablement un journal : un instrument de régulation sociale. Du sensationnel, de la démagogie, de la morale, des bons sentiments et de « l'opinionisme », tout ceci concourant à promouvoir des valeurs de consommation comme s'il ne pouvait y avoir rien d'autre d'important dans la vie. Non pas la paranoïa que vous y voyez, mais le simple ronron d'une société bien rodée où les intérêts sont déjà distribués et où chacun doit garder sa place et son statut. J'y vois les mêmes éléments en place que l'ancien clergé catholique qui a pourtant été si dénoncé dans les 40 dernières années. Un nouveau clergé a émergé avec les mêmes travers que le précédent. Il règne et vous vous agenouillez, vous répétez ses litanies après vous en être approprié... priez, priez... (Permettez le jeu de mots, ça allège un peu ce lourd sujet.)
Vous dénoncez ma solidarité à un groupe auquel j'appartiens et que je connais de l'intérieur. C'est ma vérité. Vous pensez, que votre position est la seule valable, et je vous comprends très bien. Au moment de l'affaire des portes de l'Hôtel de Ville, je n'étais pas encore col bleu et, tout comme vous, je n'avais pas eu le son de cloche adverse. C'est pourquoi je pensais exactement pareil comme vous : C'est pas beau de briser des portes, non c'est pas beau ! Si vous saviez toutes les entraves que la Ville met — pas par mauvaise volonté mais simplement parce que c'est une machine bête et aveugle — au simple exercice du bon service au citoyen, vous comprendriez. Parce que les tracasseries administratives que le citoyen rencontre quand il a affaire à la Ville, nous, les cols bleus, devons « dealer » avec au jour le jour. Les portes brisées revêtent aussi cet aspect symbolique : ouvrir la communication, se faire entendre. La sur-réaction à cet événement montre bien la peur et l'incompréhension. Ceux qui ne savent que manipuler le verbe doivent-ils craindre ceux qui peuvent briser et réparer la matière ? Qui du monde matériel ou spirituel doit l'emporter ? Je pense qu'il faut la collaboration. Je vous énumérerais bien une foultitude de points où la Ville est en défaut par rapport à ses cols bleus mais, maître de la sophistique que vous êtes, vous les reprendriez un par un pour les débouter par des opinions alimentées au ressort de votre position défensive, arguant que, puisque ces faits que je vous avancerais ne sont pas publié dans votre bible journalistique, ils sont invalides. Donc, à quoi bon...
Les faits « concrets » que vous me relatez datent de si longtemps... Je m'étonne que vous ayez la naïveté de les remettre à l'ordre du jour. Ces événements sont terminés, jugés, réparés, expiés. En les relatant encore, vous ne faites que démontrer l'effet galvaniseur tenace que les médias ont eu sur vous. En libre penseur que vous vous prétendez, j'aurais cru que vous auriez eu quelque chose de nouveau à avancer pour nous caler. Et, en quelque sorte, si vous n'avez rien d'autre que ces événements vétustes à relater, j'en conclus que tout va bien. Mais soyez attentif, lisez bien La Presse et, avec la négociation actuelle qui tourne en rond et les moyens de pression qui risquent d'apparaître, vous y trouverez sûrement des « faits » relatés à la manière qui vous conviendra pour conforter l'opinion que vous vous êtes déjà fait à notre sujet.
Quand la contamination journalistique vous mène à ne plus faire la différence entre un criminel de métier et un syndicaliste qui prend des moyens de pression dérangeants pour se faire entendre, on a réussi à vaincre votre discernement pour l'asservir à d'autres intérêts. Vous avez bien tort d'avoir peur des cols bleus. Jamais un col bleu ne s'est attaqué à un citoyen, bien au contraire. On se bat quotidiennement pour vous donner un meilleur service malgré les embûches érigées par l'administration. Vous devriez voir les miracles accomplis dans nos ateliers de réparation de luminaires avec le matériel de broche à foin fourni par l'administration. Depuis deux ans que nous sommes sans contrat de travail, avez-vous senti quelque diminution de service ? Êtes-vous seulement citoyen montréalais ? Vous avez peur de vous dévoiler, vous vous cachez en arrière d'un nom que portent plusieurs de vos homonymes et vous soutenez une position propagée par une presse bien pensante qui vous donne des informations trouées comme un gruyère. Ils vous ont bien eu. À cet effet, si vous ne pouvez pas lire le livre que je vous ai indiqué, (il n'a pas été réimprimé) allez au moins voir le film Bowling for Colombine. Ça vous ouvrira peut-être d'autres perspectives sur les médias et la peur avec laquelle ils tentent de nous faire carburer. Peur essentielle à leur domination. Et ils vous ont fait croire que ce sont nous les cols bleus qui sont dangereux !? Eux aussi sont victime de la peur qu'ils propagent. Si vous ne l'avez déjà fait, juste par curiosité, je vous recommande d'aller y voir au journal La Presse rue St-Jacques. Ils sont barricadés derrière des vitres anti-balles. C'est là que j'ai rencontré ce sympathique typographe à la retraite qui faisait du piquetage sur le trottoir pour réclamer son dû et dont ni vous ni votre entourage n'a entendu parler parce que La Presse ne publie pas ce qui dérange sa conscience.
J'en conclus qu'il m'est bien difficile de me faire comprendre de vous monsieur qui ne me présentez que la porte fermée de votre esprit déjà rempli de vos opinions suffisantes, prêt à contrecarrer tout ce qui ne cadre pas avec votre manière de voir les cols bleus. Vous vous plaisez à nous détester ? Hé bien, jouissez-donc de la manière dont vous voulez. Mais quoique vous en pensiez, le col bleu sera à votre service. Que vous vous plaisiez à le noircir ou à l'estimer, je compte sur le 80% de montréalais dont le jugement moins obnubilé sait que c'est grâce à nous que la ville est entretenue convenablement. Après tout, vous êtes cent fois moins réel pour moi que cette dame de Côte des Neiges qui m'a félicité ce soir d'avoir réparé le luminaire devant chez-elle si rapidement. Loin d'avoir peur de moi, loin se s'être laissée monter la tête par les médias, j'ai pu voir dans ses yeux l'estime que je mérite et qui suffit à me motiver de continuer à donner du bon service aux citoyens. « I'm surprised you came here so fast. I just called yesterday. Thank you very much sir for the service. Keep on doing good work. » m'a-t-elle dit. Une dame d'un âge respectable, sans doute juive, non contaminée par La Presse.
Si le cœur vous en dit, malgré votre peur, je vous invite à sortir de votre caverne de Platon pour venir visiter nos installations. Mais j'ai bien peur qu'il soit trop tard pour vous. Le travail de réorganisation mentale que ça exigerait de votre part est sans doute au-dessus de vos forces. Et puis après tout, notre échange ne représente pour vous peut-être qu'un exercice rhétorique qui, en soi, est parfaitement valable. Il se peut aussi que, vu votre étrangeté avec le travail manuel, cette visite ne vous apporte rien non plus, incapable que vous seriez d'évaluer la piètre qualité de nos installations.
À nouveau, je vous remercie de m'avoir permis de préciser ma pensée.
Recevez, M. Michel Brunelle, mes plus cordiales salutations.
P.S. : À part votre propension pour « l'opinionisme », si vous avez quelque curiosité intellectuelle, peut-être seriez-vous intéressé à vous initier à une toute nouvelle philosophie qui explique d'une façon troublante comment se propagent les idées. Voici un texte de présentation de celle-ci : « Mèmes ». Vous y trouverez aussi un lien vers le texte du Dr. Susan Blackmore : « L'évolution des machines mémétiques ».
François Brooks
www.philo5.com
---------------------------------------------------
2003-09-18
Bonjour M. Brooks
Permettez-moi de d'abord m'offusquer de me faire dire que je me « cache » derrière... mon nom ! Voilà la plus loufoque déclaration — étrangement insultante — qui m'ait été donné d'entendre. Devrais-je me sentir coupable de ne pas porter un nom aussi rare que François Brooks ? C'est quoi l'estie de problème ? Souhaitez-vous qu'on prenne rendez-vous dans quelque taverne (vos collègues pourront nous fournir quelques bonnes adresses) afin que cessent les accusations déplacées d'anonymat que vous persistez à m'adresser ? Cela aurait pour avantage supplémentaire de vous démontrer qu'il est superflu de m'encourager à ne pas avoir peur de vous.
Bon, je me calme.
Merci pour les compliments dont vous émaillez votre introduction. Je vous les retourne volontiers.
Quand j'ai parlé de name-dropping, je voulais signifier que je ne me reconnais aucun maître à penser — pas même La Presse, malgré votre avis. J'estime qu'une idée sensée dans la bouche d'un sot reste une idée sensée, et qu'une sottise dans la bouche d'un sage reste une sottise. Alors peu m'importe qui a dit quoi, je ne m'intéresse qu'au contenu.
Encore une fois, M. Brooks, je ne m'attaque pas à votre salaire, que je qualifierais toutefois de « bon » plutôt que de « décent ». Pas de quoi se rouler à terre pour telle nuance. Je ne m'attaque pas non plus à la valeur de votre métier, sa noblesse, je ne nie pas ses vicissitudes, et reconnais d'entrée de jeu que la plupart de vos collègues l'effectuent correctement. Je vous répète que ce que je dénonce, c'est le fait de vous plaindre de ces conditions, c'est à dire la tâche, le salaire, la sécurité d'emploi, l'ensemble, quoi. Un deal fort équitable, selon moi, qui ne justifie pas de crier à l'injustice, à l'esclavage, et de poser des actes criminels sous ce prétexte.
Je ne sais plus sous quel ton vous dire que je suis assez grand pour me faire une opinion par moi-même. Ce n'est pas de ma faute si elle vous semble identique à celle de La Presse. Laissez-moi vous dire qu'ils seraient enchantés, et surtout surpris, d'entendre quelqu'un dire que je pense exactement comme ils souhaitent, eux qui reçoivent de ma part une moyenne d'une critique acerbe par mois ! Il y a aussi les autres médias, écrits ou électroniques. Vous n'en parlez pas beaucoup. Pourtant, ce matin, ils parlaient tous de vous. Serait-ce que le complot antisyndicaliste se généralise ? J'avoue que la coïncidence est forte. Au moment même où vous me reprochez de n'avoir que de vieilles histoires à raconter... Il est vrai que je m'étais mordu les pouces d'avoir oublié l'intimidation des sous-traitants, geste beaucoup plus récent que ceux que j'avais évoqués.
Mais je déplore de vous voir dire que le fait que ces événements soient passés devrait nous les faire oublier, voire diminuerait leur gravité. Ne voyez-vous pas, M. Brooks, que vous seriez prêt à avancer n'importe quoi plutôt que d'admettre un tort de la part de la « section 301 » ? Les faits que j'évoque — des faits, M. Brooks, faut-il insister, qui n'en demeurent pas moins des faits du fait qu'ils aient été rendus publics par La Presse, et tous les autres médias — ces faits, donc, ces actes violents et parfois criminels, vous voudriez les ramener à de simples et légitimes moyens de pression. Un crime est un crime, et si des circonstances peuvent l'expliquer, rien ne peut le justifier. Vous n'en êtes tout de même pas à défendre votre vie ou votre patrie.
Vous dites que jamais un col bleu ne s'est attaqué à un citoyen. D'agression physique, je n'en ai aucune à l'esprit (va falloir en parler à La Presse...) Mais, pas plus tard qu'hier matin même, bon nombre de vos collègues, dans un geste qualifié de spontané par votre président (faut le faire), ont écœuré des dizaines de milliers de citoyens dont les droits à se rendre à leurs affaires ont été subordonnés aux « droits » de vos amis de réquisitionner des véhicules publics, sur leur temps de travail, pour manifester leur mécontentement devant l'horrible perspective de ne recevoir qu'une augmentation de 11%, un gigantesque écart de 4,90$ par semaine par rapport à leur demande initiale. Vous souhaitez rallier ces personnes innocentes à votre cause ? Puis-je vous suggérer de remettre en question vos méthodes ? C'est pour vous, savez...
Et ne venez pas me rabâcher votre phobie de La Presse. Surmontez un instant votre aversion des médias, et apercevez-vous que tous les quotidiens ont ce matin tous traité cette affaire en première page (sauf le Journal de Montréal, page 4, lui) et que toutes les chaînes radio et télé en ont fait leurs manchettes. Ce n'est quand même pas en allant lire l'excellent livre de M. Berthiaume que j'aurais été mis au courant de ces faits... Pour finir sur ce point, semblerait, aux dernières nouvelles (fausses encore ?) que le Conseil des services essentiels se soit joint au complot, lui qui a condamné sans ambigüité les gestes que j'évoque. Décidément...
Pour finir ce soir, je constate que vous présumez de beaucoup de choses à mon sujet. Outre vos évaluations peu flatteuses de mes capacités à l'objectivité, que je ne relèverai pas puisqu'elles ne concernent que votre opinion, ainsi que vos prétentions à vouloir m'instruire, pédantes, vous semblez certain que je ne connais rien du travail manuel. Il est vrai que je n'ai pas encore décliné mon métier, alors que le vôtre m'est forcément connu, d'où peut-être votre persistante et sans doute désagréable impression d'anonymat. Si je m'abstiens d'éclairer votre lanterne, c'est parce que ce serait légitimer le sophisme voulant que seulement les initiés peuvent avoir une opinion éclairée, sophisme dont le grave corollaire serait de laisser l'exclusivité du droit à l'opinion, sur toutes les questions, à ceux que ces questions concernent directement, muselant ainsi tous les éventuels observateurs neutres. Très néfaste pour l'objectivité, et pour la justice. Faut-il qu'un juge ait été violeur ou victime de viol pour pouvoir se prononcer dans un procès sur un tel crime ? Allons.
Par ailleurs, votre évidente curiosité au sujet de mon occupation me place dans la délicieuse situation de pouvoir jouer aux devinettes. Je résiste toujours fort mal à cette tentation. J'irai donc par petits morceaux, comme pour un puzzle. Je commencerai par vous dire que j'ai exercé une foule de métiers, dont certains manuels, oui. J'ajouterai, deuxième indice, que je suis aujourd'hui autant à votre service que vous l'êtes au mien. (Car, je vous l'avais dit, mais vous me reposez la question : je suis citoyen de Montréal).
Au plaisir, M. Brooks
Michel Brunelle
---------------------------------------------------
2003-09-19
Bonjour M. Brunelle
Misère ! Que vous avez la peau sensible ! Une petite allusion au fait que non seulement vous avez, (est-ce votre faute ou la mienne ou celle de qui que ce soit ?) un nom caché dans la foule et vous sortez tout de suite de vos gonds. Vous ne supporteriez pas d'être col bleu en temps de négociations vous. Cette allusion était une simple invitation à me parler un peu de vous, peut-être un peu maladroite, je le reconnais, mais je ne visais sûrement pas à vous insulter. Je vous l'ai déjà dit, pour moi, l'injure est l'arme du faible. Il m'importe de vous donner le plus de force possible à mes yeux pour pouvoir à mon tour « m'enfler la tête » d'avoir combattu avec un valeureux adversaire.
Parlant de tête enflé, vous avez tort de refuser d'apprendre quelque chose d'une « tête enflée » comme la mienne. Sur ce point, il y a longtemps que je ne me formalise plus. J'adore les têtes enflées : J'ai appris beaucoup de choses auprès d'elles. Des choses valables, je veux dire, pas à m'en méfier ni à les mépriser... En arrière d'une tête enflée se cache toujours une âme fragile qui a su trouver des armes ingénieuses pour se protéger. C'est utile de savoir se protéger, surtout si on a la peau sensible...
Bon. Pour revenir au sujet qui nous occupe, vous me faites un peu rire. Votre naïveté m'émeut (Excusez ma pédanterie, c'est vrai que je n'ai pas encore corrigé ce travers et, à mesure que je m'instruis, j'ai l'impression que mes chances de m'améliorer diminuent. Faudrait que je trouve un moyen de régler ça, un bon jour.) Je ne vous apprends probablement rien en vous disant qu'en temps de négociations, que ce soit avec les cols bleus, les policiers, les pompiers, ou encore, n'importe quel employé travaillant dans la fonction publique, comme les infirmières (les pauvres !), il y a toujours de nombreux enjeux politiques sur la table. Les salaires sont un enjeu important mais parfois, pas le plus décisif. Je reconnais que l'écart rapporté par les médias entre le montant accordé actuellement et celui demandé par les cols bleus est très faible. À votre avis, c'est nous qui devrions céder sur ce point. Mais pourquoi, vous répondrais-je, ne serait-ce pas à la Ville de céder ? Nos opinions face à la nouvelle présentée par les organes de presse divergent et c'est très compréhensible. La vôtre est influencée par une morale chantée par les médias qui vous alimentent et la mienne par ma position professionnelle.
Mais en fait, la question des salaires est présentement réglée depuis quelque temps (Je l'ai appris de mon délégué syndical qui nous l'a déclaré en réunion spéciale la nuit dernière. Il occupe une position importante dans la structure syndicale). Et ça on ne vous l'a pas dit. Vous ne le savez pas parce que la stratégie syndicale actuelle est, pour se donner le maximum de chances dans la négociation, de couper ce type de communication avec les médias. La Ville peut donc déclarer ce qu'elle veut pour jeter le discrédit sur nous. N'avez-vous pas remarqué qu'aucun représentant élu de notre syndicat n'a été interviewé aux nouvelles ? Les chiffres rapportés par les médias sont de la poudre aux yeux. D'ailleurs, d'autres groupes, notamment les policiers ont obtenus davantage que le 11.7% qu'ils prétendent. Tout dépend de la manière dont on s'y prend pour faire le calcul.
Gardez à l'esprit que les négociations d'un contrat de travail comportent de nombreux enjeux et qu'elles deviendraient vite caduques si tout un chacun pouvait s'en emparer sur la place publique. De plus, un contrat qui se négocie évolue à mesure que le temps passe. Les enjeux politiques en cause aussi. N'oubliez pas que l'enjeu actuel véritable est la « défusion » que doit gérer un maire qui a été élu pour gérer la fusion municipale tout en ayant fait campagne contre les fusions. Vous me suivez ? Le maire actuel est dans l'eau chaude. Un règlement avec les cols bleus jetterait sur lui le discrédit. Il ralentit alors les négociations pour qu'à la fin du délai, ce soit l'arbitre nommé (prévu pour décembre) qui impose le contrat de travail. Ainsi, comme c'est son habitude, il aura évité de trancher dans un dossier qui l'embarrasse politiquement. (Il est plus rentable politiquement pour le maire actuel de « mâter » les cols bleus que de conclure une bonne entente avec eux.)
Je refuse d'utiliser les gros mots comme « paranoïa » que vous avancez trop facilement il me semble. J'y vois plutôt un rapport de force qui s'exerce. Les journalistes aiment bien les surenchères d'adjectifs catastrophiques. C'est leur marque de commerce. Pour le moment, ils « montent aux barricades » (un peu comme vous aimez vous-même le faire) pour dénoncer des moyens de pression parfaitement anodins. Tout un chacun aime bien ralentir le trafic pour attirer l'attention. Quand c'est un col bleu qui le fait, on l'accuse de prendre la population en otage, d'illégalité etc. quand c'est un Mohawk, c'est un autochtone qui fait valoir légitimement ses droits et quand c'est un suicidé dans le métro, c'est un pauvre type dépressif.
En politique, c'est Machiavel le maître. Pas Descartes et encore moins Schopenhauer. Suivez mon raisonnement, vous allez comprendre. La fonction publique dont nous faisons partie se bat contre un adversaire de taille : Celui-ci a le pouvoir de faire des lois qui anéantissent l'efficacité de tout moyen de pression légal. Il a aussi le droit, comme on l'a vu pour les infirmières, d'imposer des sanctions terribles. Comment voulez-vous qu'un groupe soumis à une telle pression se comporte comme un enfant de cœur sans se faire écraser ? Ce qui fait peur chez les cols bleus, c'est leur solidarité. Si les infirmières avaient été capables d'une solidarité semblable à la nôtre, le gouvernement n'aurait pas pu les écraser comme il l'a fait, la relève serait moins difficile à recruter, nous aurions de meilleurs services dans le hôpitaux et ainsi de suite... Faites confiance aux cols bleus. Si vous les voyez avec des 2x4 ou des battes de baseball, c'est pour impressionner, créer de la visibilité, faire peur et manipuler l'opinion, tout comme les médias savent le faire. Chacun sait que maintenant, s'ils s'en servaient véritablement, ça retournerait l'opinion contre eux. Ils ont appris de leurs erreurs passées et, quand une négociation est sur le point d'aboutir et qu'il ne manque que quelques détails à régler on se contente de faire beaucoup de bruit pour attirer l'attention, augmenter son importance et ainsi tenter de provoquer l'aboutissement. À cet effet, même la publication d'un texte comme le mien, il y a deux ans, peut être considéré comme un « move » positif. Quand on parle des cols bleus, ça rappelle à chacun qu'il ne faut pas nous oublier, ça focalise l'attention et ça nous donne de l'importance. Même ce présent échange entre vous et moi, aiderait la cause des cols bleus s'il pouvait être publié maintenant. Alors vos petites montées de lait que vous prenez pour de légitimes indignations sont en quelque sorte recyclés par la « machine à propagande » et détournés pour servir une cause que vous croyez combattre. Vous connaissez l'expression « Parlez de moi en bien ou en mal mais parlez de moi ». C'est ainsi que carbure le monde de la pub qui manipule nos esprits pour nous conduire gentiment à consommer. La politique fonctionne aussi en partie sur ce principe.
Je sens chez-vous un certain désir de cohérence, d'honnêteté et une recherche de vérité, quoique vous vous emportiez facilement. (Et ça m'amuse beaucoup. Si vous connaissez des manuels, vous savez comme ils aiment provoquer la colère des gens fragiles.) Mais la vérité est multiple et celle que nous sert les médias, sans sombrer dans la paranoïa, on peut tout au moins essayer de connaître l'autre son de cloche. Ils sont le 4e pouvoir et ce pouvoir a des buts qui divergent de certains groupes comme nous, employés de la Fonction Publique. Quand ils dénoncent les Hells Angels, j'applaudis. Mais quand ils les ont montrés, il y a plusieurs années déjà, se faire bénir leurs motos en début de saison à l'oratoire Saint-Joseph et donner des toutous aux enfants, je m'horrifie. Quand ils dénigrent nos dirigeants ou cassent du sucre sur le dos des cols bleus, ils m'indiffèrent jusqu'à ce que je rencontre un citoyen comme vous, prêt à m'arracher les yeux alors que je travaille dans de difficiles conditions (pour un salaire, disons le, raisonnable) pour lui prodiguer un service de qualité malgré les embûches que m'inventent mes supérieurs. Aux dernières négociations, j'ai essuyé personnellement une engueulade d'un citoyen fou pour la seule raison que j'étais le satanique col bleu fabriqué dans son esprit par les nouvelles qui l'abreuvaient. Pour rien. « ... T'é rien qu'un criss de col bleu fainéant comme toué autres... », me hurlait-il par la tête avec d'autres insanités au coin de Berri et Cherrier alors que, tout à son service, je me préparais à monter dans ma nacelle pour réparer le luminaire éteint. Quelle agressivité inutile ! Pensiez-vous que j'avais envie de le réparer ce luminaire ? Je l'ai tout de même réparé, ne serait-ce que pour lui prouver qu'il avait tort. Je n'allais quand même pas m'en aller et donner raison à ce fou « crinqué » par des médias aveugles. Quand est-ce, la dernière fois que vous avez vu un col bleu filmé par les médias travailler à -30˚ dans une nacelle à 35 pieds dans les airs seul à deux heures du matin ? C'est pourtant mon lot coutumier. Saviez-vous que tous les électriciens d'éclairage travaillent seuls dans leur camion-nacelle chaque nuit sur des tensions allant jusqu'à 347V sans autre support qu'un radio souvent intermittent comme moyen de communication en cas d'urgence ? Ça en étonne plusieurs qui souvent admirent notre courage lorsqu'ils le constatent en nous voyant. On a eu un mort électrocuté en service dans les parcs en 1994, M. Michel Cadieux. C'était un compagnon avec qui j'avais travaillé personnellement.
Pour ce qui est du ralentissement de trafic, qu'il soit causé par des cols bleus qui veulent attirer l'attention du public ou par moi-même lorsque, vingt fois par nuit, pour réparer un luminaire, j'obstrue la circulation, c'est toujours la même réaction : ils sortent de leurs gonds. Ils embarquent sur les trottoirs pour me contourner, me klaxonnent sans vergogne et m'injurient abondamment. Il y en a même qui sont allés jusqu'à éteindre mon moteur de camion pendant que j'étais dans ma nacelle en hauteur. (On peut tout se permettre contre une « vermine » dérangeante, surpayée et fainéante de col bleu.) Les gens pensent pouvoir toujours circuler sans embûches, la rue leur appartient, ils ont construit leur existence autour de l'automobile et ça me fait bien rigoler. Je vis à Montréal sans voiture depuis vingt-quatre ans et je n'ai jamais eu de difficulté à me rendre où que ce soit en quelque saison de l'année. Les rapports de circulation sont pour moi une bizarrerie qui s'apparente à un comportement d'extraterrestre. Je sertirais bien mes propos de jolies citations pour illustrer mon discours mais j'aurais peur de vous ennuyer. La littérature et la philosophie sont un hobby que j'aime comme un autre aimerait le sport qui m'ennuie. Je vous épargne donc mes pédanteries et j'espère avoir trouvé le moyen de me faire comprendre plus simplement. Permettez-moi seulement une référence à Cameron qui, pour faire son film Titanic, avait recueilli les propos des derniers survivants. Il disait avoir eu l'impression d'assister à un concert d'hallucinations tant les récits du naufrage divergeaient. Il n'y a pas une réalité. Il y en a des millions. Et les journalistes sont une parmi d'autres mais ils possèdent un formidable instrument d'amplification qui a le pouvoir d'écraser toutes les autres. « C'est vrai, puisque je l'ai vu à la TV » allez-vous me dire alors que le reportage qu'on vous a présenté a été minutieusement assemblé pour faire voir un angle précis et le texte composé expressément pour focaliser notre attention sur un point précis appuyé par de très courts clips donnant la parole quelques secondes seulement au personnage central de l'événement. La géniale émission Surprise sur prise ne nous a–t-elle pas démontré tous les mécanismes de construction d'une réalité qui soudain, à l'apparition du seul personnage de M. Béliveau donne au même événement un tout autre contexte ?
Je vous demande seulement de laisser une place pour le doute dans votre esprit lorsque vous entendez une nouvelle concernant les cols bleus... Le col bleu est un groupe de travailleurs qu'on aime bien détester quand on n'a d'eux que l'image qu'en rapporte les médias. Rappelez-vous mon ami ambulancier Claude Giguère. Avec les cols bleus, c'est pareil. Faites-vous ami avec un col bleu, demandez-lui son avis, trouvez d'autre points de vue que diable ! Il y a d'autres réalités que le point de vue tapageur des médias. Et, si vous êtes coincé dans le trafic à cause de nous, prenez votre mal en patience en pensant que le reste du temps, c'est nous qui travaillons à réparer et entretenir ces rues qui vous appartiennent et que vous prenez pour acquises. Les ralentissements de trafic créés par les cols bleus sont une goutte d'eau minuscule grossie un million de fois par les médias dans le lac de l'ensemble des causes qui créent toutes les congestions routières. En avez-vous seulement subi l'inconvénient vous-même hier ? Tout le tapage créé autour de cet incident nous fait bien rire parce que cette fois-ci, c'est nous qui nous servons des médias pour attirer l'attention sur le fait que notre négociation est importante et que des pressions sont nécessaires pour régler ce contrat de travail échu déjà depuis deux ans. Deux ans de patience avant d'entendre parler de nous, ne devriez-vous pas plutôt louer notre tolérance ?
Je voudrais bien croire que vous êtes un libre penseur mais je subis une impossibilité pratique. Dans mon monde chaque pensée, chaque action chaque événement est le produit de tant de facteurs en cause que j'ai perdu l'illusion que mon ego y soit véritablement pour quelque chose. Même quand je me positionne contre un avis, quel qu'il soit, je considère que c'est ce même avis qui me « polarise » et est fortement responsable de mon opinion. Je m'efforce de croire que je jouis d'un libre arbitre tout comme vous, mais je suis loin d'avoir vaincu le doute. Peut-être suis-je un aveugle qui refuse de croire que d'autres ont la faculté de la vue. Mais le point de vue d'un aveugle est aussi une réalité.
Je me sens flatté de toute l'énergie que vous engagez dans ce débat. Je pense que vous devez accorder beaucoup d'importance aux cols bleus pour vous impliquer autant. J'aimerais bien vous connaître un peu plus. Quel âge avez-vous, quelle est votre profession ? Sentez-vous à l'aise de ne pas me répondre. Après tout, si vous désirez taire ces détails sur votre personne, ça vous regarde. L'important actuellement, c'est de parler des cols bleus. J'espère que cette fois-ci vous commencez à entrevoir comment vous pouvez être manipulé même quand vous êtes convaincu d'agir selon votre propre arbitre. Il en va même de votre intégrité mentale. Tant que cette idée vous sera insupportable vous continuerez à vous débattre « comme un diable dans l'eau bénite » pour vous faire croire qu'il en est autrement. Et c'est bien ainsi, ça vous évitera de « capoter ». Ne dit-on pas que les idées que l'on combat le plus farouchement comportent simplement des vérités que l'on est incapable de regarder en face ?
Je vous adresse mes salutations les plus amicales M. Brunelle.
François Brooks
www.philo5.com
---------------------------------------------------
2003-09-19
Bonjour M. Brooks.
Je voudrais dissiper un possible malentendu. Je ne vous considère pas comme une tête enflée, et si mes propos vous ont laissé penser le contraire, c'est regrettable. Je suis tout autant que vous en faveur d'une perpétuelle acquisition de connaissances, ainsi que d'une collecte de la plus grande diversité d'opinions possible, sur quelque sujet que ce soit. Le fait que je ne partage pas la vôtre sur le sujet qui nous occupe vous conduit à mettre périodiquement en doute ma capacité à me faire librement une idée. Qui ne pense pas comme vous est nécessairement dans l'erreur, doit forcément avoir le cerveau lavé, probablement par les médias — ces organes de désinformation. Vous m'invitez au doute, moi qui se fait constamment reprocher de douter de tout, vous qui véhiculez un discours dont vous dites vous-même qu'il est aligné sur votre appartenance. Il me semble que vous inversez les rôles, M. Brooks.
Votre démonstration sur la manipulation possible de l'information par un média était superflue. Je n'ai peut-être pas fréquenté les mêmes auteurs que vous, mes sources peuvent différer des vôtres, mais je suis tout de même conscient de ce fait. C'est pourquoi je m'approvisionne à diverses sources, plusieurs médias, pour éviter ce piège. Vous ne soutiendrez tout de même pas que La Presse, Le Devoir, TVA et RDI s'entendent avant chaque reportage pour présenter une version fabriquée de la réalité, version savamment orientée pour servir les intérêts de quelque puissance occulte contrôlant tout ? C'est de la science-fiction, ça, M. Brooks. Au nombre des auteurs que vous affectionnez d'afficher, se trouverait-il George Orwell, par hasard ?
Le lavage de cerveau est facile en vase clos, et presque impossible au cœur de la Cité. Les sectes, les chapelles, les sociétés occultes pratiquent toutes le même code : hors de la claste, point de vérité. Sur les dogmes, aucun doute admis. L'accès aux médias est généralement interdit, ou, à défaut, on les discrédite : ce sont là les organes de l'ennemi, tout ce qu'ils disent est faux, il faut se méfier de leur pouvoir insidieux de semer le doute dans les esprits éclairés que nous sommes. Il y en a que la lumière dérange, M. Brooks — tout en se disant éclairés. Il faudrait dire : illuminés. Ils sont facilement reconnaissables à leur aversion pour tout moyen de diffusion de l'information, pour leur propension au confidentiel. Certains syndicats sont de véritables chapelles, vous savez. On peut les reconnaître à leur grande cohésion, leur « solidarité ».
Ainsi, je considère n'avoir aucune leçon à recevoir de vous au rayon de la qualité et de la diversité des sources de renseignement. J'ai fréquenté des journalistes, et ces gens ne correspondent en rien à l'image que vous vous en faites. Ils font de leur mieux, de bonne foi, pour présenter les faits de la façon la plus objective possible. Les plus réalistes parmi eux sont toutefois bien conscients que l'objectivité parfaite demeurera toujours une vue de l'esprit, mais ça ne les empêche pas d'être à des années-lumière du propagandiste servile que vous voudriez voir en chacun d'eux. Si ce que l'ensemble des médias disent est toujours diamétralement opposé à ce que vous pensez, M. Brooks, au lieu de m'inviter au doute, prenez plutôt rendez-vous avec lui. Ça Presse. (s'cusez...)
Quant au libre penseur que je voudrais être, soyez rassuré : lui aussi est bien conscient que la liberté totale est une utopie. Mais au moins, je m'efforce. Première règle : n'admettre aucun pape, gourou, maître à penser ou guide, mais en même temps les consulter tous (ou le plus grand nombre). Deuxième règle : ne m'entraver d'aucune appartenance collective, génératrice de lignes de pensée et de discours alignés. J'apprécie le travail des syndicats, ou de tel parti politique, mais je ne me ferais jamais membre actif, trop jaloux de mon indépendance d'esprit. Troisième et dernière règle : tâcher de rester vigilant, il s'en passe tellement...
Pour finir sur ce sujet ennuyant (moi), je dirais que, des produits médiatiques, je sais différencier les expressions d'opinion des exposés de faits, ce qui est, somme toute, élémentaire. À partir des faits, je construis mon opinion, qui est par conséquent un perpétuel work in progress. Une fois cette opinion faite, je la confronte aux pages éditoriales. Puis-je vous demander de croire (vous devez commencer à vous en apercevoir, anyway) que ces éditoriaux sont alors mieux d'être diablement convaincants pour me faire virer capot, ou pour simplement s'éviter une sévère rebuffade ? Vous voudriez voir en moi une girouette, soumise au premier vent, puis à l'autre. Cela ferait bien votre affaire. Si vous saviez...
Venons-en à votre dernier message.
Je tiens à rectifier : je n'ai pas dit que les cols bleus devraient céder sur les 4,90 $. Pas à moi de me prononcer là-dessus. J'ai dit que cet enjeu ne justifiait pas le coup de masse que vous avez donné mercredi.
La chose est sans grande signification ici, mais je tiens aussi à vous dire que, contrairement à ce que vous avancez, votre président a accordé hier une courte entrevue à l'émission Aujourd'hui, bulletin télévisé de l'heure du souper à la SRC. Il a toutefois refusé d'être montré à l'écran, et l'entrevue s'est déroulée par téléphone. J'admets d'emblée ne pas comprendre grand-chose à toutes ces subtilités de la stratégie syndicale. Toujours est-il qu'il ne s'est rien dit là qui puisse attirer une grande sympathie du public envers votre cause.
Ce qui m'amène à discuter de ce que vous appelez la manipulation des médias par votre syndicat. L'emploi télévisé de bâtons de toutes factures, ainsi que cette culture de la violence qui caractérise le 301 depuis toujours, seraient, à vous entendre, une bonne manière de vous valoir cette fameuse sympathie du public. Affirmation que, je me dois de vous le dire, je ne considérerai comme véridique qu'après une solide démonstration, que vous avez jusqu'ici fait défaut de me fournir.
Vous dites que le blocage du centre-ville est un moyen de pression anodin. Anodin. Anodin. Je le réécris, ne parvenant pas à y croire. Anodin. Qu'est-ce que ce sera quand ce sera notable ? Ou grave ? Puis-je abuser du contact privilégié que vous m'offrez pour vous demander de me prévenir la veille, pour que je puisse plier bagages et m'enfuir outremer ? La fidélité à votre appartenance vous fait perdre le sens de la mesure, M. Brooks, je le crains. Je ne saurais de façon trop pressante vous convier à un recul, il en va de votre jugement. Je vous rappelle que le conseil des services essentiels a qualifié d'illégal votre moyen de pression anodin, et que la population, exaspérée, l'a condamné à la quasi-unanimité. Le doute, cher ami, le doute. Vous y semblez de plus en plus réfractaire, quand vous allez jusqu'à comparer une entrave causée par des travaux publics au blocage malicieux de toutes les rues pour cause de caprices d'enfants gâtés. Ne serait-ce que par l'ampleur de l'inconvénient, abstraction faite des raisons qui le causent, tout rapprochement est absurde à sa face même. Voyons, voyons ! vous et moi n'avons-nous pas prouvé être plus intelligents que ça ?
J'avoue aussi avoir de la difficulté à suivre votre « raisonnement » quand vous affirmez qu'une entente avec les cols bleus discréditerait le maire de Montréal. Pas évident. Il semble au contraire au naïf que je suis qu'une telle chose, une première dans l'Histoire de cette malheureuse Ville, qui plus est dans le contexte actuel, complexifié par les fusions et les éventuelles défusions, serait de nature à faire un héros de ce pauvre M. Tremblay, devenant le premier maire à pouvoir s'entendre avec les terribles cols bleus, sans drames, catastrophes et tragédies. Non. Rhétorique militante — et paranoïaque — destinée à chauffer les troupes, tout simplement. Ne vous y laissez pas prendre, M. Brooks. Vous êtes plus fin que ça...
Quant à votre péremptoire affirmation à l'effet que nos échanges, si publiés, serviraient votre cause, elle est de la même eau, et ne démontre qu'une chose : vous ne doutez vraiment de rien. Ce qui arrive dans un vase clos.
Votre dernier message, à l'opposé du précédent, était presque parfaitement exempt d'insultes. N'eût été de cette expression méprisante : « petites montées de lait » — que j'aurai l'indulgence d'attribuer à un pareil phénomène au sein (s'cusez) de votre propre personne — on aurait pu croire que le respect que vous professez avec insistance a fini par vous atteindre tout à fait. Bonne nouvelle. (Ah non, c'est vrai : vous m'avez aussi traité de naïf, et avez dit que je vous faisais rire. Mais comme la chose est parfaitement réciproque, je ne peux pas vous en tenir rigueur).
Ce qui m'amène à vous fournir un indice supplémentaire sur ma personne — bien indigne toutefois de la trop généreuse attention que vous lui portez. Sachez alors que, dans une vie largement antérieure, j'ai exercé la noble et difficile profession de chauffeur de taxi. Ah-Ha ! direz-vous. Mais non, ce n'est pas à cause de ça. Je vous l'ai dit : mes idées ne s'inscrivent pas dans une logique collective. La suite des révélations que je vous ferai, si tant est que vous vous montreriez intéressé, le démontrera d'ailleurs de façon encore plus désopilante.
Hé qu'on a du fun !
Au plaisir, M. Brooks. Et transmettez, en même temps que ce texte, mes salutations les plus distinguées à vos oncle et ami, désormais lecteurs assidus de mes diatribes, je n'en doute pas un instant.
Michel Brunelle
---------------------------------------------------
2003-09-20
Bonjour M. Brunelle
J'ai décidé de vous laisser le dernier mot. Je me sens très confortable avec l'idée que je vis dans un monde où tous ne partagent pas ma façon de voir les choses. Je crois qu'il est bien que chacun vive selon sa vérité propre, même si je suis très attaché à la mienne et que mon enthousiasme me pousse à la partager vigoureusement. Je pense que, malgré nos positions respectives, et autant que possible, nous nous sommes compris mutuellement. J'ai éprouvé beaucoup de stimulation intellectuelle à deviser avec vous. Je vous remercie de vous être prêté à cet exercice avec autant de générosité.
Il se peut que notre débat en intéresse d'autres. À cet effet, j'aimerais vous demander si vous voyez un inconvénient à ce que je publie éventuellement notre échange sur mon site Philo5 ? Bien entendu, au contraire des journaux qui trafiquent parfois les textes que certains lecteurs leur font parvenir, je m'engage à ne rien changer.
Je me suis senti flatté de constater de votre part un intérêt certain dans notre échange. Si vous aimez comparer vos idées (ou opinions) aux miennes sur d'autres sujets, vous trouverez tous mes textes à cet index : Textes de François Brooks.
La collection est présentement reliée en six livres disponibles sur ce lien.
À titre d'ami de la sagesse, j'offre aussi des consultations philosophiques, si la chose vous intéresse, consultez le prospectus.
Si jamais vous décidiez de regrouper et publier vos textes sur l'Internet, ne manquez pas de m'en informer. Je me ferai un plaisir d'aller les lire et de mettre dans notre échange publié sur Philo5 un lien vers votre site (si vous le permettez, bien sûr).
Je vous adresse, M. Michel Brunelle, mes salutations les plus distinguées.
François Brooks
---------------------------------------------------
2003-09-20
Bonjour M. Brooks.
Mes sentiments sont partagés. D'une part, je sens que notre échange aurait pu faire d'autres progrès — car il en a fait, selon moi — et que votre départ est attribué, dans votre esprit, à ce que vous considérez sans doute comme mon incapacité à accéder à votre pensée. Je vois aussi que vous vous dites que tout ce qui m'intéresse, c'est d'avoir le dernier mot.
D'autre part, il fallait bien que vous et moi vaquions à d'autres occupations, aussi...
Soit, donc.
Mais je trouve que nos positions ne sont pas si irréconciliables, à la fin, du moins sur quelques points. Vous dites que votre salaire est raisonnable, je ne dis pas le contraire. Malgré les difficultés de votre métier, on voit bien que vous l'aimez profondément et en êtes très fier, que vous ne l'exercez certainement pas par défaut. Je ne peux que vous en donner raison — je n'y ai jamais manqué. Je vous rappellerai la toute première ligne du mien texte que La Presse avait publié, à la source de ce débat : Je ne hais pas les cols bleus. Ce ne sont pas des paroles en l'air, une forme d'élégante entrée en matière. À la lumière de nos échanges, relisez-le, ce texte, si vous voulez bien. Muni de ces précisions supplémentaires, vous ne le verrez peut-être plus comme une attaque contre votre métier. Je l'espère de tout cœur, sinon, je serai resté mal compris.
Encore dans votre avant-dernier message, vous disiez : « un citoyen comme (moi), prêt à (vous) arracher les yeux ». Si je vous ai fait une aussi épouvantable impression, M. Brooks, c'est que je m'exprime certainement beaucoup moins bien que vous ne le dites. Ceci est à mille lieues de moi. Cet imbécile qui avait stoppé le moteur de votre camion quand vous étiez dans la nacelle a eu de la chance que je ne soit pas passé par là au même moment. Il aurait pu manger la volée de sa vie.
Restent bien sûr quelques points de divergence, et importants. Sur les actions de votre syndicat, sur les médias. Je n'ajouterai évidemment aucun argument, suite à votre désistement. On peut au moins dire qu'on s'est donné la chance de bien savoir chacun ce que l'autre pense. Quoique... Enfin.
Vous coupez court également à mon jeu de devinettes, qui ne vous intéressait visiblement pas. Aucune réaction quand je vous ai dit avoir été chauffeur de taxi. Je ne me résous pas à croire que vous ne lisiez pas au complet... On pourrait peut-être ouvrir une nouvelle discussion, portant cette fois sur ce métier ? Me semble qu'on aurait du fun...
J'aurais vraiment aimé vous révéler au compte-gouttes que j'ai aussi travaillé pour... La Presse !! Décidément ! C'était entre 1972 et 1975, j'étais à la distribution, en tant qu'aide-camionneur. Je représentais ce groupe lors des négociations de 1974. Il y avait quatorze syndicats au journal, neuf de la FTQ (essentiellement les métiers) et cinq CSN, dont le mien et les journalistes. Certains jours, en caucus des syndicats CSN, c'était à se demander si l'adversaire était le boss ou les FTQ. D'autres fois, les tiraillements s'exerçaient au sein même des CSN. Édifiant. À la fin, tous ceux qui avaient vécu le lock-out de 1971 s'entendaient pour dire que les négociations de 1974 avaient été idylliques en comparaison. Hé bé !
Aujourd'hui, je suis technicien en information au... ministère [supprimé à la demande de M. Brunelle] !!! Je traite les plaintes du public, entre autres. Maudits ouvriers [supprimé à la demande de M. Brunelle], maudits fonctionnaires qui ne font rien, [supprimé à la demande de M. Brunelle], tout ça m'est extrêmement familier, depuis une douzaine d'années. Ben pour dire !
J'espère que vous avez, à lire ça, au moins la moitié du plaisir que j'ai à l'écrire. Si c'est le cas, votre journée est faite. J'espère aussi que ça aura contribué à me rendre moins fantomatique...
Bien entendu que j'accepte — et sans crainte aucune — que vous publiiez nos épîtres réciproques.
Je connaissais déjà votre site — vous auriez dû vous en douter après ma deuxième lettre, au début de laquelle je faisais allusion à l'Art d'avoir toujours raison, de Schopenhauer, avant d'employer cette méthode. Vous êtes même revenu sur cette « coïncidence », comme si de rien n'était. Et c'est sur votre site que je vous ai « redécouvert », après deux ans, d'où ma présence dans votre dernière semaine. Je n'ai cependant pas lu tous vos textes. J'en ai survolé un ou deux, ou quatre, dont celui où vous parliez de Schopenhauer, évidemment. J'ai tout de suite vu qu'il pourrait y avoir là matière à une foule de débats. On verra.
Merci de m'offrir la possibilité de vous proposer de mes textes. On verra là aussi. Comme je trempe dans la polémique, il y a là un potentiel infini d'amicales chicanes.
Je ne sais pas ce que peuvent être des consultation philosophiques. Ça me rappelle mon enfance, où je confondais souvent les mots « psychologie » et « philosophie »... J'aimerais en savoir plus, sans toutefois vous laisser croire que je pourrais être client, du moins, dans un avenir prévisible. C'est un peu au-dessus de mes moyens.
Bonne fin de semaine, M. Brooks. Et à bientôt, je l'espère.
Michel Brunelle
---------------------------------------------------
![]()
Philo5...
... à quelle
source choisissez-vous d'alimenter votre esprit ?