030903

Mème [1]

par François Brooks

Pascal Jouxtel [2] nous explique le mème ainsi :

 

La sélection naturelle se réalise non pas dans l’intérêt des espèces impliquées ni des groupes ni même des individus mais simplement dans l’intérêt des « réplicateurs ». En biologie, les réplicateurs sont les gènes. Le mème est un réplicateur culturel, un élément d’une culture qui peut se transmettre par des moyens non génétiques, notamment par imitation. Le point central du concept de mème est qu’il s’agit d’une information copiée d’une personne à une autre. Les mèmes sont tout ce qui est copié ; ils sont en concurrence entre eux pour l'occupation de notre espace culturel, et de ce fait, ils évoluent. Dans l'histoire de l'homme, les gènes ont répondu en améliorant l’imitation sélective. Ceci a conduit à accroître les capacités cérébrales et le volume du cerveau. Nos volumineux cerveaux sont des dispositifs d’imitation sélective construits par et pour les mèmes, autant que par et pour les gènes. L'hominisation est une co-évolution mème-gène.

 

Le mème (« meme » en anglais) est une notion nouvelle en philo introduite par R. Dawkins en 1976. Elle désigne une idée qui est considérée comme autonome et qui se sert des humains pour se reproduire à la manière d’un virus, qu’il soit biologique ou informatique. Tout comme Skinner considérait l’environnement comme le principal responsable du comportement humain, Dawkins explique, s’appuyant sur le darwinisme, que les mèmes ont davantage d’influence sur nos comportements et nos pensées que le libre arbitre ou notre animalité.

 

De notre point de vue, nous les humains, le plaisir est notre motivation, notre salaire, tout comme l’énergie fournie au cheval par la pomme qui noue avec celui-ci un contrat de transport de graines. Mais du point de vue du mème, c’est le pépin de la pomme qui va se multiplier, c’est le mème qui va se multiplier (ou non) en échange du plaisir qu’il donnera aux humains (ou non).

 

La mémétique a ceci d’intéressant qu’elle déplace le « centre de décision » chez l’humain tout comme Copernic avait déplacé le centre de l’Univers de la Terre au Soleil. Non pas que le mème « décide » de par sa volonté propre, mais, comme démontré par le darwinisme, par son aptitude à se faire copier. La volonté est une illusion propre à l’humain, le mème n’en a que faire. Bien sûr, le soleil nous donne toujours l’impression qu’il tourne autour de la terre tout comme les mèmes que sont nos idées nous laissent toujours croire que c’est nous qui décidons…

 

La question de savoir qui de l’œuf ou de la poule engendre d’abord l’autre sera-t-elle jamais résolue? Cet après-midi, j’ai vu dans la vitrine d’un antiquaire un syntoniseur FM Sony hi-fi en tout point identique à celui qui avait bercé mes découvertes musicales d’adolescent de 15 ans. Je n’ai pas revu cet appareil depuis 33 ans mais, instantanément, une foule de souvenirs se sont activés dans mon esprit. Mais où sont donc ces souvenirs? Contenus dans l’appareil ou dans mon cerveau? Sans l’appareil, jamais je ne me serais souvenu de ceux qui s’y rattachent.

 

Pour mon ami Gilbert Natan, les choses sont bien plus simples : nous sommes des animaux qui agissons sous l’emprise de 5 sensations motrices principales : La peur, la faim et la soif, la fatigue, la colère et le plaisir. Henri Laborit parlait de pulsions et de stress.

 

Sommes-nous des machines à mèmes, des animaux instinctifs ou jouissons-nous d’un libre arbitre? Shakespeare nous dirait à raison qu’il y a plus dans le ciel et sur la terre que dans ces philosophies, mais sans elles, ne nous manquerait-il pas un point de vue important sur notre perspective des choses?

 

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[1] Lire le texte de la brillante conférence de Susan Blackmore intitulée L’évolution des machines mémétiques.

[2] Pascal Jouxtel, président de la Société Francophone de Mémétique et auteur de Comment les Systèmes pondent, anime un site de recherche mémétique La Mèmerie.