APPRÉCIATIONS

041210

Je fais appel à vous

de M. Renaud, professeur stagiaire

bonjour

porfesseur stagiaire en lycee professionnel en compatbilité bureautique, pour mon mémoire j'ai choisi le thème de la valorisation de l'élève donner confiance aux elèves . en effet je me suis apercu durant mes 1ers cours que les élèves se sous estimer

je fais appel a vous poru me donner des renseignements des documents des pistes de travail pour parvenir a leur deonner confiance en eux des pistes

en vous remerciant

m renaud

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041212

Bonjour, M. Renaud

Malgré le peu de temps dont vous disposez, je vous remercie de m'avoir écrit un mot. Constatant le nombre de fautes que contient votre courriel visiblement écrit à toute vitesse j'en ai déduit que vous êtes pressé. (Excusez ma critique trop directe. Je sais qu'il ne faut pas dire ce que l'on pense trop brusquement mais j'ai mes faiblesses aussi...) Comme vous voyez, dès le premier abord, je vous démontre une grande confiance en moi-même. Mais quelle serait votre réaction si vos élèves en faisaient autant? Subitement, le rapport de forces serait inversé. J'espère ne pas vous avoir trop brusqué dans cette introduction, vous allez voir où je veux en venir.

            Du point de vue de l'élève, si vous suivez les normes actuelles de l'enseignement, à titre de professeur, vous devrez exiger des travaux auxquels vous attribuerez une note à votre discrétion selon les critères imposés. Ceci vous donnera un ascendant qui établira d'office un rapport de force en votre faveur. Si vos élèves ne sont pas en amour, ou devrais-je dire, passionnés pour votre matière, ils vont donc chercher, non pas à apprendre mais à trouver les mots magiques à coucher sur leur copie pour délier la bourse des points qu'il vous appartient de distribuer ou non. Si j'étais élève, je me demande bien comment, dans une telle situation, je pourrais me sentir rassuré? Autrement dit, comment, dans un tel système, peut-on se sentir valorisé et avoir confiance en soi?

            Transformer ainsi l'instruction en marchandage où le professeur exerce la tyrannie de la notation vous rend la tâche très difficile, je le reconnais. Mais elle n'est pas impossible. Il vous faudra faire preuve d'audace, mais vous avez l'appui de tous les philosophes occidentaux pour vous inspirer et particulièrement de John Dewey. Vous ne manquez donc pas de ressources. Si vous parveniez à faire en sorte que vos élèves agissent leur apprentissage, vous seriez génial. Je pense au film Société des poètes disparus, avec Robin Williams. L'avez-vous vu? Je vous le recommande fortement.

            Vous en ferez ce que vous voudrez mais laissez-moi vous raconter comment mon professeur de philosophie du cégep (Collège d'Enseignement Général et Professionnel) a procédé pour établir un climat de confiance dans une classe de 45 élèves où tous étaient inscrits obligatoirement. La première journée, il nous a expliqué qu'il n'y avait qu'un seul travail à remettre en fin de session sur lequel il mettrait une seule note pour le bulletin final et nous a promis de ne couler personne. Ceci dit, il nous a donné à lire Qu'est-ce que la politique? de Julien Freund et demandé de faire un travail d'au moins deux pages (maximum dix) à remettre en fin de session. Aussi, il nous a dispensé de l'obligation d'assister au cours pour la session. Au cours suivant, il n'y avait plus que douze élèves dans la classe. Trois enthousiastes et 9 incrédules. Les incrédules assistaient au cours par sécurité et restaient plutôt silencieux. Monsieur, je n'ai jamais tant travaillé une matière de toute ma vie... et je la travaille toujours.

            Et pourtant, c'était un DEC technique où la philosophie comptait pour à peu près rien.

            Il s'est établi un tel climat de confiance entre M. Pierre Bégin (notre professeur) et nous trois qu'on a appris à développer notre enthousiasme plutôt que de le réfréner, noyés dans une classe de 45 élèves. Rempli d'un jargon qui ne m'était pas encore familier, je ne passais pas moins de vingt heures par semaines à bûcher la lecture de ce petit livre qui m'obligeait à consulter le dictionnaire au moins trois fois à chaque page. L'épée de Damoclès de la notation retirée, je ne travaillais plus maintenant que par défi gratuit où mon seul salaire était de me démontrer à moi même que, pas plus bête qu'un autre, j'étais capable de percer les mystères fascinants de la philosophie. Dit dans les termes de Dewey, j'étais devenu l'acteur de mon éducation.

            Le problème que vous me présentez me semble un défi si stimulant que je regrette ne pas être à vos côtés pour vous accompagner dans votre travail.

            Ceci dit, sentez-vous à l'aise de m'écrire quand vous voudrez, même si c'est trop rapidement. ;)

À suivre...

Mes plus amicales salutations à vous Maître Renaud.

François Brooks

www.philo5.com