APPRÉCIATIONS

071214

Site inintéressant

de Thierry Mahlberg, Tétraplégique

Bonjour,

Je trouve ce site assez inintéressant. Pourquoi? Parce que je trouve vos avis inutiles surtout sur les petites Chinoises n'importe quel enfant adopté, tout un cinéma pour essayer de faire culpabiliser les personnes qui ont adopté un enfant. Si les mères sont assez indignes pour abonner leur enfant surtout si c'est une fille parce que, soi-disant, elle ne rapporte rien, ça ressemble plus à de l'esclavage pour ceux qui ont la chance de naître du sexe masculin. Quelle chance de rester avec sa mère indigne pour pouvoir aller travailler 18 heures par jour!

Je crois aussi que lorsque vous voudriez encore parler de sujets aussi délicats vous devriez vous rendre sur place pour mieux comprendre. En tout cas arrêtez de citer de grands philosophes car vous n'en faites pas parties et ça devient injurieux pour eux. Continuez plutôt la course à pied et les petits repas en famille qui ont l'air assez ringard, exactement à votre image.

Thierry, un enfoirés de tétraplégique qui, enfermé dans son corps ne passe même pas son temps à écrire autant de conneries.

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080102

Bonjour Monsieur Thierry Mahlberg

Je vous remercie de votre appréciation. Quoique peu flatteuse, elle me rappelle Laozi qui, dans son Tao Te King, met en garde contre la tentation de notoriété en nous rappelant que celui qui veut s’élever risque fort de produire l’inverse. Ainsi, quoi que j’écrive, vous avez raison de m’en rappeler le peu de valeur, et doublement raison de me rappeler que je ne fais pas partie des philosophe notoires que j’ose citer. Permettez-moi simplement de dire que, malgré mes maladresses d’écritures, depuis que je m’adonne à la pratique philosophique – en amateur, bien sûr – ce hobby meuble très agréablement mes loisirs et m’apporte une sérénité que je n’ai pu trouver autrement. Ainsi, libre au passant de s’arrêter sur Philo5 pour lire quelques pages ou de passer son chemin s’il juge qu’il a mieux à faire. Je m’interroge seulement sur la cohérence de celui qui, comme vous, perd son temps à lire des choses inintéressantes. Dois-je conclure que vous vous intéressez à ce qui n’est pas intéressant?!

Marcel Proust disait « Chaque lecteur est, quand il lit, le propre lecteur de soi-même. L'ouvrage de l'écrivain n'est qu'une espèce d'instrument optique qu'il offre au lecteur afin de lui permettre de discerner ce que sans ce livre, il n'eut peut être pas vu en soi même. » (À la recherche du temps perdu [143]) Cet illustre écrivain me console donc sur mes propres écrits en me rappelant que ce ne sont pas tant mes textes que vous avez lu, mais bien les vôtres, avec vos propres lunettes et qui vous ont permis de voir en vous-même le manque d’intérêt que vous avez à vos propres yeux, en perdant votre temps à lire des choses qui vous ennuient. Je suis désolé que vous utilisiez mes textes pour vous ennuyer. On choisit de faire ce qu’on veut des lectures avec lesquelles on alimente son esprit. Voyez plutôt la variété d’utilisations possibles pour Philo5 sur la page « Quelques appréciations », et particulièrement celle de Madame Véronique Benoît qui contraste étonnamment alors qu’elle s’est arrêté sur les mêmes textes que vous et m'a écrit la même journée.

Je vais vous confier un secret. Le slogan de Philo5 que l’on trouve sur la page d’accueil est : À quelle source choisissez-vous d’alimenter votre esprit… À première vue, ce simple slogan de marketing suggère de « choisir Philo5 » ; ceci semble bien prétentieux.  Mais celui qui prend le temps d’aller plus loin et lit en profondeur finit par comprendre qu’en définitive, on ne lit jamais que soi-même, on ne s’alimente jamais que de soi-même. Cependant, certaines sources permettent de se lire plus clairement que d’autres. Je vous félicite donc d’avoir choisi Philo5 pour vous lire mais je vous invite à approfondir. Seriez-vous un tétraplégique lumineux et passionnant qui s'ignore? Votre appréciation est un bon début ; continuez. Même si votre corps n’est pas aussi fonctionnel que vous le voudriez, vous avez encore la possibilité d’agir sur votre propre jugement qui à première vue semble intact. Si, pour votre corps, c’est peine perdue (encore que…?), il n’en tient qu’à vous de perfectionner votre esprit, s’entend, l’amener à transformer votre appréciation de la vie en « vie intéressante ». Et si vous enviez ma possibilité de courir, vous penserez bien entendu que je suis mal placé pour vous servir de modèle. Alors consolez-vous en pensant que depuis 8 mois que j’ai subi un accident de travail au dos, mes capacités physiques sont grandement réduites et que je ne peux plus courir ni travailler comme par le passé. Je suis aussi enfermé dans un corps qui me limite et me fait souffrir. La chaise roulante sera ma prochaine étape et, justice ultime, nous finirons un jour tous deux ensemble au cimetière. N’est-ce pas le lot de chacun?

Mais sommes-nous pour autant obligés de faire de notre vie un enfer d’ennui? Sartre, qui disait que la France n’avait jamais été aussi libre que sous l’occupation allemande, (pardon Sartre) nous explique que nous sommes condamnés à être libres. La liberté est un état de fait qui s’exerce impitoyablement. À nous de l’exercer honorablement chacun dans notre propre condition. Il vous dirait sans doute que votre état vous rend plus libre que moi. Ainsi donc, votre handicap aidant, vous avez davantage de chance de susciter l’admiration. Les modèles abondent : Terry Fox, Kenny etc., vous les connaissez probablement mieux que moi.

Ceci dit, je reviens justement d’un voyage de 7 semaines an Asie dont deux en Chine (Fuzhou, Beijing, Wuyishan, Hong Kong). Ma compagne est chinoise. J’étais logé chez ma belle-famille (mon beau-père est natif de Fouzhou). Hors des circuits touristiques cadrants, j’ai donc joui d’un point de vue privilégié. Ça n’a pas trop changé mon opinion. J’ai constaté sur place l’esprit mercantile chinois en action ; et je comprends un peu mieux pourquoi il s’est enflammé jusqu’à permettre que ses bébés filles soient vendues comme toute autre marchandise à l’exportation. J’admets que l’adoption puisse être une solution dans certains cas. De nombreux facteurs sont en cause dont l’impossibilité biologique d’engendrer qui prive tristement des parents potentiels d’une progéniture satisfaisante, j’en conviens. Mais un pays qui a interdit l’enrichissement personnel pendant un demi siècle a créé une avidité peu commune. Aussi, je persiste à penser qu’il est immoral de mettre sur le marché de la vente un bébé être humain, et encore plus immoral de se donner bonne conscience en prétendant le faire par philanthropie ; d’autant plus que la Chine est loin d’être le pays pauvre que nous nous plaisons à imaginer pour nous permettre, en toute bonne conscience, de les « aider » en « adoptant » leurs orphelines.

À plusieurs titres, la Chine est beaucoup plus riche que l’occident, et à tout le moins plus riche que le Québec. Sachez que l’on peut tout acheter en Chine : tout ce qui se vend au Canada et plus encore, sauf la pornographie. La mendicité publique est pratiquement inexistante alors qu’à Montréal nous sommes envahis de mendiants fonctionnels. Le « pays pauvre » n’est peut-être pas celui qu’on pense. Le développement économique est tel que le paysage change continuellement. De semaine en semaine les constructions émergent du sol à un rythme stupéfiant alors qu’au Québec, nos viaducs vétustes s’écroulent tant nous peinons à les entretenir alors que nos grands projets collectifs sont terminés depuis le fiasco de notre stade olympique. Ceci est loin de m’avoir convaincu que la Chine, au contraire du Québec, n’aurait pas les moyens de subventionner adéquatement ses orphelinats, ou encore des foyers d’accueils convenables et qu'elle doive recourir au marché de l’offre et de la demande internationale pour couvrir les frais de ses orphelines. Mais je vous accorde volontiers le droit d’émettre vos opinions qui, c’est dommage, sont assez peu étayées. Vous auriez pu, par exemple me dire que dans certaines occasions il se peut qu’un bébé n’ait pas de parents convenables et que l’adoption puisse être une solution valable. Raisonnement irréprochable mais sur lequel j’émettrais quand même une réserve lorsque les parents d’adoption doivent passer par le marché de l’offre et de la demande. Si le tout se réglait pour des montants forfaitaires convenables je n’aurais rien à dire. Mais, ce qu’on ne comprend pas – ou ce qu’on refuse de voir – c’est qu’autour de ce type de misère humaine, on ait trouvé une solution mercantile profitable où le principal concerné – le bébé fille – devient l’objet d’un véritable marché qui fait vivre tous les maillons qui y sont impliqués : services sociaux, médecins experts, compagnies aériennes, sociétés financières (Caisse Populaires) etc. Et la question qui me revient sans cesse est : Si la Chine est devenue un pays riche et puissant, comment se fait-il qu’elle vende ses orphelines à prix d’or au Québec qui est endetté jusqu’au cou et où il est impossible de trouver des orphelins de « bonne qualité » à adopter?

Quant au préjugé féministe qui consiste à croire que la Chine voudrait « jeter » ses filles parce qu’elles ne rapportent rien, sachez que l’égalité de la femme est là bas un fait accompli depuis belle lurette. Mao a très vite compris que s’il voulait réussir, il devait les occuper à autre chose que l’enfantement et la famille, et récupérer leur force de travail au profit de la nation. Ceci n’a été appliqué en Occident qu’à partir des années 1970. Savez-vous que nulle part en Occident la femme n’investit moins de temps et d’argent pour séduire? La femme est là-bas l’égale de l’homme : pour la grande majorité, elle s’habille sobrement, proprement, comme l’homme et se passe d'essayer de les affrioler comme ici. Nos féministes peuvent aller se rhabiller avec leurs foisonnement de boutiques, l’Oréal et compagnie. Je vous invite à lire le chapitre XXXI du petit livre des Citations du Président Mao TséToung sur Les femmes, vous en serez étonné. La Révolution ne se serait jamais faite là-bas sans l’immense collaboration de la gente féminine qui lui a apporté son soutien indéfectible dès les tout débuts. Je me demande même si elle n’en a pas été le principal facteur… La Chine n’est plus aux temps féodaux de jadis comme les féministes d’ici voudraient nous le faire croire. Si le communisme s’est installé en Chine par une propagande politique énergique, ne pensez vous pas que le féminisme d’ici n’en a pas fait autant? C’est à mon tour de vous inviter à augmenter votre propre documentation, à gagner de la perspective et à vous soustraire aux lieux communs ambiants. Hors du Québec, le reste du monde n’est plus comme le Québec médiatique se plait à nous le faire imaginer.

Ceci dit, vous avez tout à fait raison de penser que mes avis sont inutiles. Dans un pays où la liberté d’expression fait loi, chacun peut bien dire n’importe quoi, ça ne sert à rien. D’ailleurs, dans la multitude, il faudrait que je sois bien aveugle pour penser que le grain de sable que je suis puisse influencer l’ordre des choses. Et comme vous vous abstenez d’écrire, vous avez sûrement plus de mérite que moi. Mais vous connaissez la boutade : La dictature te dit :« Ferme ta gueule! » la démocratie :« Cause toujours… ». Ici, comme dans tout pays dit « démocratique », l’opinion peut s’exprimer librement sans entrave puisqu’on a compris qu’avec un endoctrinement médiatique soutenu, les capitaux de l’information peuvent influencer le vote à volonté. Pourquoi pensez-vous qu’au Québec le vote d’un juge aurait la même valeur que celui d’un jeune mendiant fonctionnel? Parce qu’aux urnes, ce n’est pas la qualité de l’électeur qui compte, c’est l’influence médiatique globale de la campagne. C’est bien connu : plus un parti politique dispose de capitaux, meilleures seront les chances qu’il soit élu. D’ailleurs, de mois en moins de gens en sont dupes ; le taux de participation aux élections en témoigne. Alors que nous sommes des millions de citoyens, vous êtes-vous déjà demandé pourquoi il y a si peu de gens qui se présentent comme candidats? Si notre pays était véritablement démocratique, n’aurions-nous pas au moins le choix d'une centaine de partis sur les bulletins de vote?

Vous avez aussi raison de dire que je devrais arrêter de citer les philosophes. Je dis souvent moi-même que toute citation est en quelque sorte une injure pour ces grands esprits. Mais en suivant cette logique, plus personne en effet ne devrait plus citer les grands esprits. Alors, quel profit en résulterait-il pour l’humanité s’ils deviendraient méconnus? Peut-être pensez-vous que seulement certaines personnes seraient dignes de citer les grands esprits? Mais dans ce cas, qui donc? Vous? Et qui aurait l’autorité de désigner ces « prêtres »? Encore vous? Et au nom de quels principes? Voyez-vous l’impasse? C’est pour sortir de cette impasse que le long cheminement vers la liberté civile, initié par la Révolution Française, nous a conduit collectivement à accepter le principe de la liberté d’expression du citoyen et la tolérance en vue d’établir un meilleur « vivre ensemble » ; pour se soustraire à la tyrannie. En m’interdisant de citer les philosophes, ne voyez-vous pas que vous engagez le premier pas vers le retour d’un « Ferme ta gueule! » autoritaire dont vous pourriez par ricochet être la deuxième victime, et ainsi de suite, retourner à une dictature qui nous empêcherait tous les deux d’échanger librement?

Je vous sens heurté dans votre appréciation. Et je comprends vos sentiments. Toute rencontre est en quelque sorte la négation de ce que l’on est. Levinas dit que le visage de l’autre éveille en moi le désir de meurtre. Il nous invite à dépasser ce premier sentiment en précisant que c’est aussi ce qui nous interdit de tuer et engage notre responsabilité illimitée envers l’autre. Ainsi, loin de vous faire disparaître, c’est par la différence de nos propos que vous m’amenez à exister et je vous en remercie. Je vous invite donc, comme tout badaud furetant sur Philo5 à ne pas vous arrêter sur vos premiers sentiments, creusez-les et essayez de comprendre plus loin que l’opinion première. Allez là où une réflexion approfondie vous permettra de clarifier ce sentiment obscurément offensant.

Ne pourrions nous pas au contraire nous estimer précisément à cause de nos différences? Ainsi donc, contrairement à vous, je pense que vous devriez plutôt vous approprier les philosophes, essayer de les citer plus adéquatement que moi si vous le pouvez et veiller ainsi à augmenter votre ameublement spirituel. Au début bien sûr, on se sent maladroit. Ensuite l’exercice prend son sens. Nous sommes loin de la perfection, et je suis conscient de mes maladresses, mais citer adéquatement les philosophes est peut-être le travail de toute une vie. N’est-ce pas une occupation bigrement moins ennuyante que de laisser son esprit piloter par la radio, la TV et tous les médias qui nous disent quoi penser et se répètent ad nauseam sur leurs sentiers battus. Les philosophes ne nous imposent rien d’autre que, comme Montaigne, l’Essai. Essayer Montaigne, Platon, Descartes, Kierkegaard, etc. pour voir comment on se sent dans d’autres vêtements, n’est-ce pas une occupation fantastique? Chacun peut se libérer momentanément de ses propres convictions et essayer celles d’un grand penseur, par simple curiosité. Loin de l’ennui que vous décriez, vous vivrez le vertige philosophique, expérience fantastique qui nous mène loin de la pensée commune. Voilà le programme de désennui que je vous propose! Libre à vous d’exercer cette liberté.

Nous vivons dans un monde où certains pensent – comme vous peut-être – que d’autres devraient se taire. Ils pensent en terme de « certains ont raison et d’autres ont tort ; ceux qui ont tort devraient se taire et seul ceux qui ont raison devraient parler. ». Ainsi donc, ils voudraient que leur manière de voir le monde soit la seule qui puisse s’exprimer. Pour ainsi dire, ils ne peuvent tolérer que leurs propres pensées. Cette pensée dichotomique binaire ne mène-t-elle pas nécessairement à un ennui mortel? En effet, quel intérêt y aurait-il à n’écouter que ceux qui pensent comme moi? Je sais ce que je pense ; inutile de l’entendre de l’extérieur, et à plus forte raison si je peux prédire ce qui va se dire. À moins que je recherche la sécurité de la pensée religieuse… Aimez-vous assister à une cérémonie où vous savez d’avance tout ce qui va se dire? Dans ce cas, la philosophie n’est peut-être pas pour vous. Essayez la religion…

Je vous remercie de m’avoir fourni l’occasion de cette réflexion et je vous souhaite mes meilleurs vœux pour l’année 2008 qui commence.

Mes plus cordiales salutations.

François Brooks
www.philo5.com

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