Je n'ose pas imaginer ce que vous ressentez

 Appréciations 

 

Marilyse Viens

2003-09-26

Mère « biologique » ET adoptive

 

Je n'ose pas imaginer
ce que vous ressentez

 

[Suite à la lecture du texte Chinoises à vendre]

Monsieur,

Je n'arrive pas à croire qu'en 2003, une personne soit assez stupide, ignorante, inconsciente et bornée pour écrire des saletés pareilles sur un site que d'autres personnes pourraient accidentellement lire...

De grands enfants qui auraient été adoptés pourraient "tomber" sur ÇA... Comment recevraient-ils la chose ? Lorsque vous vous regardez dans le miroir, je n'ose pas imaginer ce que vous ressentez. J'en serais incapable moi-même, si j'avais écrit de telles vacheries.

Quelle horreur !

Vous ne savez absolument pas de quoi vous parlez...

Je ne prendrai même pas la peine de vous expliquer le respect de l'être humain ni les choses importantes de la vie des parents. À vous lire, il est très clair que vous ne l'êtes pas. Vous n'avez jamais aimé un enfant pour écrire de pareilles méchancetés.

Avant de vous "prononcer" sur un sujet, quel qu'il soit, et aussi avant de vomir sur une réalité humaine que vous ne comprenez pas, prenez donc la peine de vous informer, d'approfondir vos connaissances. Seulement là pourrez-vous vous permettre une opinion. Sinon, taisez-vous donc.

Je ne sais pas ce que vous faites dans la vie et j'avoue que ça ne m'intéresse pas. Mais franchement, les gens qui vous emploient ne savent certainement pas à quel genre de créature insensée ils ont affaire. Je plains les gens qui partagent votre vie, s'il y en a.

Je ne connais pas le site sur lequel vous vous êtes permis un tel dérapage, mais il aurait intérêt à s'appeler VIDANGES.

Une mère "biologique" ET adoptive de 4 enfants

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2003-09-27

Bonjour Madame Mère "biologique" ET adoptive de 4 enfants

Je suis flatté que vous accordiez tant d'importance à mon opinion. Au contraire de tous ceux qui expriment leurs opinions et qui s'y identifient, je suis très conscient que les miennes ne valent pas plus que la portée de mes expériences personnelles et qu'à ce titre, elles peuvent être facilement critiquables. J'ai mon opinion, vous avez la vôtre et chacune reflète un point de vue qui nous emprisonne. Dois-je vous rappeler que nous vivons en démocratie et qu'à ce titre, chacun a le droit de penser et de s'exprimer librement ?

Cependant, que je sache, cette démocratie ne vous permet pas de vous attaquer à ma personne en m'insultant. Quiconque émet une idée peut s'attendre à subir la critique. C'est le jeu de la libre opinion que j'aime jouer volontiers. Mais j'estime que les insultes qui s'adressent à la personne, tout comme la violence, sont les armes du faible et déshonorent ceux qui s'en servent.

Si vous pensez que je suis un être stupide, ignorant et borné, il est inutile de vous attaquer à moi. Les individus stupides, ignorants et bornés sont à plaindre plus qu'à blâmer, on doit les aider en les instruisant, pas en les détruisant. Instruisez-moi.

Si vous réagissez si fortement, c'est que la question vous concerne très intimement. Défendez-vous honorablement que diable ! Il y a une différence importante à faire entre la personne elle-même et ses idées. Les idées peuvent changer. Je vous invite à utiliser toutes les ressources de votre dialectique pour tenter d'influencer ma pensée.

Dans ce premier « round », vous avez perdu une belle occasion de démontrer le bien-fondé de votre point de vue. Cependant, je ne suis peut-être pas le seul que vous rencontrerez, ni maintenant ni dans les années à venir, à avoir cette opinion sur « les petites filles chinoises que des Québécois(es) achètent ». Puisque c'est la situation familiale dans laquelle vous vous êtes mise — c'est ce que je suppose, sinon votre réaction n'aurait sans doute pas été aussi violente — je vous donne ici l'occasion de construire votre argumentation parce que, à mesure que « votre » fille grandira, pensant par elle-même, il y aura toutes les chances qu'elle vous confronte. Lorsque l'occasion se présentera, que lui aurez-vous appris ? À montrer la faiblesse de ses raisonnements en insultant les gens ? À montrer un esprit fermé et dogmatique n'admettant aucune opinion opposée à la sienne ?

Pour ces raisons, je pense que, dans votre propre intérêt et celui de votre (ou vos) fille(s), vous auriez avantage à gagner de la crédibilité en modifiant votre approche. Une argumentation solide, non destructive servirait mieux votre cause.

Ne connaissant rien d'autre sur moi que mon opinion sur le sujet qui vous pique, vous m'avez maladroitement inventé une situation « critiquable » en prétendant, sans savoir, que je n'ai pas d'enfant et que je suis complètement ignorant sur le sujet. À ce titre, seriez-vous d'opinion à interdire de voter ceux qui, mal informés, n'ont pas suivi attentivement une campagne électorale ? Devrions-nous, comme par le passé, interdire aux enfants d'exprimer leurs opinions ? Et à partir de quel niveau de connaissance sur un sujet donné, devrions-nous octroyer le droit aux gens de parler ? « Vous n'avez rien à dire, vous n'êtes pas un spécialiste. », nous disent pompeusement les initiés. Mais qui a le droit de parler ?

Pire encore, si vous m'interdisiez de parler sans savoir, pourquoi le faites-vous vous-même au paragraphe suivant ? Votre argumentation est tout à fait incohérente et c'est moi que vous traitez d'idiot ? Bon, sous l'emprise de la colère, il faut être solidement constitué pour garder quand même une certaine cohérence dans l'argumentation et, comme tout humain vous avez des faiblesses compréhensibles, je ne vous en tiens pas rigueur. Je me sens moi-même très démuni lorsqu'une critique assaille ma façon de voir les choses.

Pour vous détromper quelque peu :

1. Oui j'ai des enfants, un garçon et une fille. Ce sont mes enfants biologiques. J'aime beaucoup les enfants.

2. J'en connais un peu sur les Chinois puisque ma compagne de vie est une Chinoise née à Taïwan d'un père chinois et d'une mère taïwanaise. Ils sont aussi ma famille. Soit dit en passant, nous vivons très harmonieusement et elle est parfaitement au courant de mon opinion sur le sujet.

3. J'ai visité Taïwan et beaucoup entendu parler de la Chine autant par la famille que par des amis qui y ont vécu ou séjournés.

4. J'ai vu des reportages et entendu des récits de cas qui expliquent le processus de l'adoption internationale. Et pas seulement en Chine. La position de certains pays d'Amérique du Sud a influencé mon opinion.

5. J'ai visionné le film très émouvant de Wayne Wang, Le club de la chance (The Joy Luck Club). Si vous ne l'avez pas déjà vu, courrez le louer, vous allez vous régaler.

Mon expérience, mes idées romantiques et l'information fournie par les médias — dont je suis le premier à reconnaître les faiblesses — m'ont poussé à exprimer mon opinion à partir des questions suivantes :

1. Il en coûte 18 000 $ (on me dit 30 000 $ aujourd'hui) pour adopter une Chinoise. Compte tenu du coût de la vie en Chine, si on cherche véritablement à aider la petite orpheline, n'y aurait-il pas d'autres moyens que de l'arracher à son pays, sa culture et sa mère biologique ? Où va tout l'argent ? Peut-on me présenter une ventilation des frais ?

2. Sachant que l'être humain n'agit jamais contre ses intérêts personnels, ne peut-on pas questionner la prétendue « noblesse » de ceux qui paient un montant aussi important pour devenir parents ? Eva Duarte de Perón n'avait-elle pas raison de dénoncer les pièges de la philanthropie ?

3. Il y a au Québec des enfants qui vivent dans une très grande misère, pourquoi alors ne pas plutôt contribuer à « sauver » nos enfants sans les extraire de leur famille biologique ? Cette prétendue aide à la Chine ne contribue-t-elle pas à importer la misère chez nous ?

4. On a constaté que dans une communauté où il y a trop de garçons sans « filles à marier » les comportements délinquants de ceux-ci augmentaient. Nous savons que dans la culture chinoise, on favorise plutôt la naissance des garçons. Certains ont maintenant les moyens techniques pour choisir le sexe de l'enfant à naître et avortent jusqu'à ce qu'un garçon se présente. Ce sont presque exclusivement des filles que les Chinois vendent à l'étranger. Les adopter, ne contribue-t-il pas à empirer le déséquilibre démographique et la délinquance en Chine ?

5. Au Québec, sous Duplessis, on arrachait systématiquement l'enfant « illégitime » à sa mère naturelle pour le donner en adoption à un couple dont les moyens financiers et la « morale » pouvaient leur permettre d'être parents selon les critères de l'époque. Notre attitude complaisante envers l'adoption à l'étranger ne démontre-t-elle pas que nous avons simplement exporté ce problème et que notre mentalité québécoise à ce chapitre est la même que celle qui triomphait durant les années de la Grande Noirceur ?

6. Pour faire taire nos appréhensions à ce sujet, on nous dit toujours que ces filles adoptives ont été abandonnées dans un panier. Dans un pays où la censure de l'information est reconnue, tout comme la proverbiale phobie du Chinois-qui-ne-veut-pas-perdre-la-face, peut-on véritablement croire cette explication simpliste ? Connaissant l'appétit financier des Chinois, l'énorme montant qu'ils exigent pour céder leurs filles à l'adoption ne vient-il pas en contradiction avec l'esprit philanthropique présenté ?

7. Si le 18 000 $ (ou 30 000 $) était donné, mais véritablement donné en toute générosité, à la mère chinoise nécessiteuse, se départirait-elle de sa fille ? Pourquoi une mère chinoise abandonne-t-elle sa fille ? Ne pourrait-on pas aussi adopter la mère en même temps que sa fille ?

8. Si on se permet de fixer un prix sur le « noble » geste de l'adoption, n'est-on pas automatiquement soumis aux lois du marché ? La loi de l'offre et la demande ne régissent-elles pas cette activité économique comme n'importe quelle autre ? Si je ne dispose que de 17 000 $ (ou 29 000 $), il me manque donc 1 000 $ pour « adopter » ma petite Chinoise. Pour quelques dollars manquants, cette petite fille mourra. Et à l'opposé, si cette adoption ne coûtait que 2 000 $, ne pourrions-nous pas « sauver » toutes les petites Chinoises en manque de famille ? En effet, l'argent ne serait alors plus une barrière à l'adoption. Et du coup, les orphelinats chinois se videraient : les petites filles, aussitôt arrivées, seraient aussitôt adoptées. On n'aurait donc peut-être pas besoin de tant d'argent pour financer ces orphelinats.

9. Pour vérifier qu'elles ne sont pas maltraitées, on nous dit que les autorités chinoises prennent régulièrement des nouvelles de ces petites filles adoptées. En contrepartie, avons-nous le droit de savoir comment sont gérées les sommes payées pour les « adopter » ? Quels moyens les Chinois prennent-ils pour enrayer le problème à la source ?

10. Est-ce que l'adoption des petites Chinoises est perçue au Québec comme un problème à enrayer ou comme une bénédiction permettant à des parents en manque d'enfants de régler leur problème de fécondité ou autre ? Et s'il est véritablement perçu comme un problème en Chine, que font les familles adoptives pour essayer d'éliminer ce problème à la source ? Ont-elles sur place des représentants qui cherchent et militent en vue de trouver une solution ?

Plus que tout autre, j'adore le sourire d'une Chinoise et je serais tenté de me l'approprier par tous les moyens possibles sauf que, ces questions me posent un problème. Sans doute que vous vous les êtes posées à vous-même avant d'adopter. Je vous invite à m'exprimer votre position. Je ne demande qu'à changer mon point de vue. Si ça se trouve, j'en adopterais bien une moi-même. Soyez convaincante.

Mais peut-être les avez-vous escamotées et refoulées. Votre surréaction à mes propos est peut-être une réaction d'impuissance et de culpabilité qui choisit d'agresser plutôt que d'avoir la force d'expliquer et de comprendre. L'expérience m'a souvent montré qu'une personne qui se sent coupable (je n'ai pas dit ici qui est coupable) n'a rien d'autre qu'une extrême agressivité à manifester pour se défendre.

Pour vous aider à construire cette argumentation, voici le site sur lequel je publie mes textes d'opinion et mes réflexions personnelles : www.philo5.com. Vous y trouverez de nombreux outils philosophiques qui vous aideront à articuler votre position autrement que par l'injure stérile.

Comme vous pourrez le constater, mes textes n'occupent qu'une partie du site. Vous y trouverez toute la démarche d'une pensée qui cherche à émerger. C'est comme si je mettais mon portefeuille à votre disposition. À vous d'en faire bon usage. Cependant, je vous mets tout de suite en garde contre la tentation d'utiliser les informations personnelles que vous y trouverez pour « me » détruire. Cette approche ne ferait que confirmer votre faiblesse. Je vous suggère plutôt de construire une argumentation positive. Mon opinion personnelle a très peu d'importance. Seule la manière dont vous étayerez et défendrez la vôtre compte. Je disparaîtrai de votre vie aussi rapidement que j'y suis entré. Mais l'opinion qui nous a mis en contact, vous risquez encore de la rencontrer. Comment y ferez-vous face ? Serez-vous toujours aussi désarmée ou aurez-vous choisi de vous défendre honorablement ?

Les opinions, nous n'y sommes pour rien puisqu'elles nous viennent et nous maîtrisent bien avant qu'on ne les ait vues venir. J'aimerais bien avoir des opinions dans lesquelles tout le monde aime se mirer, mais si j'ai les opinions que j'ai, croyez-moi, c'est plutôt à cause de ma situation et mes propres expériences de vie, lesquelles sont, pour la plupart fortuites puisque, comme tout un chacun, j'ai été jeté dans le monde sans avoir demandé la vie que j'ai. Les opinions sont des mèmes dont nous sommes le jouet. Je me garde bien qu'elles fassent obstruction à mon plus grand désir qui est celui d'aimer mon prochain.

Maintenant, que penseriez-vous de moi si cet échange vous avait permis de trouver le discours qui vous aura donné la force de construire une solide argumentation pour défendre votre position face au prochain qui vous avancera les mêmes arguments ? À ce titre, celui qui pense autrement que nous ne mérite-t-il pas tout notre respect d'avoir concouru à bâtir notre propre force de cohésion ? Les autres — ceux qui sont incohérents et ignorants — doit-on seulement leur adresser la parole ? Mais qui est véritablement ignorant et qui peut prétendre véritablement connaître ? Dans nos connaissances et ignorances partielles, nous vivons, pensons et émettons des opinions. Y a-t-il quelque chose là de tellement dramatique ? Vous vous êtes blessée sur la mienne qui peut tout aussi bien surgir de quelqu'un d'autre. Comment choisirez-vous de vous protéger la prochaine fois ?

Si j'ai mis tant d'énergie à répondre à ce message insultant que vous m'avez fait parvenir, c'est que je refuse de voir en vous la personne bête et ignorante que vous projetez sur moi. Je veux vous estimer. Je voudrais par cette réponse appeler le meilleur à sortir de vous et non le pire. La plume exprime la couleur de l'âme. J'aurais plaisir à voir la vôtre sous une couleur moins cruelle.

Je vous remercie de votre critique. Celle-ci m'a fourni l'occasion de préciser ma pensée et, malheureusement pour vous, de raffermir mon point de vue, à moins que vous répondiez à mes questions de façon convaincante. J'attends votre répartie.

Mes plus cordiales salutations.

François Brooks

Il faut étouffer le penchant à l'injure avec plus de soin qu'un incendie. (Héraclite)
Si je diffère de toi, loin de te léser, je t'augmente. (Saint-Exupéry)

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2003-09-27

Monsieur,

Soyez assuré que lorsque je trouverai assez de temps pour m'asseoir devant le clavier et vous répondre je le ferai. C'est dommage que je ne puisse le faire ce matin-même, j'aurais aimé.

Imaginez-vous que j'ai 4 enfants, à part les deux que j'ai achetées 18 000$ chacune, il y en a deux autres qui ne m'ont rien coûté. Une d'elles est multi-handicapée et demande beaucoup d'attention, particulièrement la fin de semaine. Et aussi, elle coûte très cher à entretenir.

Donc, lorsque je serai moins occupée je me ferai un plaisir de vous répondre.

Marilyse Viens

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À ce jour, madame Viens ne m'a pas encore honoré de sa réponse. J'en serais ravi d'autant plus que j'aimerais bien mettre fin à mon ignorance sur le sujet. J'ai travaillé dernièrement pour une femme entrepreneure propriétaire d'une adorable petite Chinoise, et ça n'a pas trop amélioré mon opinion. Mon contrat était suffisamment court pour que je résiste à l'envie de lui dire mes sentiments. Je trouvais particulièrement révoltante sa manière de traiter la petite. Comme un animal de compagnie que l'on prend et repousse quand on a fait le plein d'affection, elle prenait la petite des bras de la nourrice pendant la pause-café et la lui remettait ensuite en clamant à l'enfant qui pleurait : « maman n'a pas le choix, il faut qu'elle retourne travailler ». Ça me fendait le coeur chaque fois. Mais ceci n'a rien à voir, je le reconnais, avec le fait qu'elle ait achetée sa petite Chinoise. Bien des parents biologiques agissent ainsi.
F. B.

Philo5
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